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Restauration de l'oratoire Saint-Antoine

Restauration de l'oratoire Saint-Antoine

L'Association du Quartier des Quenières

Sauvegarder et préserver l'environnement


Chronologie d'une restauration

En 1997, avec quelques riverains motivés, nous décidons de créer l'Association du Quartier des Quenières, qui obtiendra en 2002 l'enterrement des lignes et des réseaux sur une partie de la route des Quenières et du chemin Saint-Martin. Son objet est de préserver tout ce qui compose le patrimoine de ce quartier situé à l'ouest de Tourrettes.


L'oratoire Saint-Antoine: un édifice tombé dans l'oubli

En 1997, l'oratoire Saint-Antoine qui est situé légèrement à l'écart du tracé actuel de la route des Quenières se trouve enfoui dans la végétation et quasiment invisible. C'est un pilier carré rustique de 88 cm de côté et de 1,80 m de haut, en maçonnerie avec un badigeon. On note une niche de forme carrée dissymétrique, devant laquelle pend assez lamentablement un reste de porte en bois grillagé. L'intérieur de la niche est peint à la chaux en bleu marial, comme on le voit dans plusieurs chapelles ou oratoires baroques de l'arrière-pays. Le toit est à deux pentes, recouvert de tuiles plates, surmonté d'une petite croix en fer.

L'oratoire Saint-Antoine figure dans un inventaire dressé par les Amis des Oratoires!

En juillet 1998, une exposition a lieu à Pont-du-Loup organisée par l'Association Au Fil du Temps, et c'est à cette occasion que nous découvrons l'existence de l'Association des Amis des Oratoires, qui a établi un recensement des oratoires des communes du département, et en particulier de Tourrettes-sur-Loup. L'oratoire Saint-Antoine y figure en bonne place. Monsieur Esclamanti, délégué de l'Association pour le secteur, nous donne de précieux renseignements pour la marche à suivre, si nous souhaitons le restaurer.

C'est le déclic pour notre Association, soucieuse de faire revivre cet oratoire, et après différentes rencontres en 2001, puis des visites sur les lieux en 2002 avec le propriétaire du terrain limitrophe, la Municipalité de Tourrettes et les architectes du Service Départemental d'Architecture et du Patrimoine, nous faisons établir un devis. Notre désir est de conserver le caractère rural et simple de cet édifice - c'est ce qui le rend émouvant; tout en respectant son passé et en y associant les Tourrettans:

  • un bas relief représentant Saint Antoine Ermite et son cochon a été réalisé par une habitante du quartier, Colette REMUSAT, sur le modèle d'une oeuvre se trouvant sur la commune de Malaussène dans la moyenne vallée du Var
  • cette sculpture a été cuite dans le four de Paul et Bernadette VIGROUX, potiers du village, qui ont mis leur savoir-faire à notre disposition
  • les travaux de décroûtage de l'enduit, de réfection du toit, de la peinture intérieure et de la pose d'une grille ont été exécutés par Roland ISOARDI, maçon à Tourrettes, qui avait déjà réalisé avec succès la restauration de l'oratoire Saint-Marc et Saint-Michel situé au portail sud du village en juillet 2002.

Historique de l'oratoire Saint-Antoine

L'oratoire des Quenières est construit au bord de l'ancienne voie romaine qui allait de Vence à Grasse en passant par notre village de Tourrettes. Cette voie fut longtemps utilisée pour relier ces deux villes sous le nom de voie royale. Elle traversait les Valettes, longeait le château et passait le Loup au niveau de la Papeterie avant d'atteindre Le Bar.

A quelle date a-t-il été édifié ? Des recherches cartographiques ont été effectuées par Laurence Lautier, chargée de mission à l'Université de Nice, et donnent des résultats très intéressants. C'est sur la carte des Frontières de l'Est de Bourcet d'Arçon (échelle 1/4000e) qui date de 1778, qu'on le trouve représenté sans titulature (voir reproduction ci-dessous). En revanche, il n'est pas représenté sur la carte de Cassini, dessinée également à la fin du XVIIIe siècle, ni sur le cadastre napoléonien. Mais celui-ci avait surtout pour objet de répertorier ce qui avait une valeur marchande: propriétés, habitations, terrains, etc...

L'oratoire étant un symbole de foi sans valeur économique, il est fort possible qu'il n'ait pas été indiqué pour cette raison.

On voit donc que cet édifice, bien que de construction assez sommaire, utilisant des pierres trouvées sur place, remonte au moins au XVIIIe siècle. Jadis, la piété populaire érigeait ces petits édifices appelés pilons en Provence et disséminés aux quatre coins du pays. Ils protégeaient des influences mauvaises, de la peste, des démons, du mal… On les construisait relativement loin des villages, quand justement on ne les voyait plus, pour les protéger. L'oratoire des Quenières est situé à l'ouest, le pilon Saint-Claude sur le chemin de Saint-Martin au nord, Sainte-Madeleine et Sainte-Anne à l'est, Saint-Marc et Saint-Michel au sud. Ainsi Tourrettes était-il protégé dans toutes les directions.

Les tuiles plates qui le recouvraient en 1997 semblent indiquer une restauration entre 1900 et 1950; la niche était orientée à l'origine sur la façade ouest (des traces sont visibles sur le bâti du pilier) et c'est sans doute quand le tracé de la route des Quenières a été modifié pour ménager un croisement plus commode avec la route de Grasse, que la niche a été ouverte sur sa face sud. De cette façon, l'oratoire était parfaitement visible en venant de la vallée du Loup par le chemin des Gours; il se trouvait à la croisée des chemins: à l'ouest vers la Chapelle Saint-Antoine et Grasse et à l'est vers le village de Tourrettes. Le relevé IGN au 1/20 000e, levé en 1901 et révisé en 1931 (voir reproduction ci-dessous), montre l'ancien tracé de la route des Quenières: l'oratoire se trouve effectivement dessus, alors que maintenant il est situé légèrement en retrait par rapport à la route des Quenières actuelle.


Vie et légende de Saint Antoine Ermite ou Saint Antoine le Grand

Il est né en Egypte vers 250 d'une mère ligure (selon la tradition), qui avait épousé un riche négociant égyptien; il est mort à Golzim en 356. Ce grand Saint Père du monachisme a cherché et trouvé Dieu dans la solitude la plus absolue et dans l'ascèse la plus radicale; l'homme se dépouille de tout pour rencontrer au désert son Créateur.

Orphelin à 18 ans, il quitte le monde pour s'installer dans le désert, reculant constamment son lieu de retraite, ce qui n'empêche pas des disciples d'accourir à lui, au point qu'il est amené à jeter les bases du cénobitisme et à fonder à Pispir et à Arsinoé les deux premiers monastères connus. Installé au pied du Mont Golzim, il se rend en 354 à Alexandrie pour combattre les partisans de l'arianisme, une doctrine qui enseigne que la divinité du Christ est secondaire. Là il se lie avec Saint Athanase, qui sera son historien.

La tradition le représente généralement en moine avec une grande barbe; à ses pieds son compagnon familier, un petit cochon, tandis qu'il tient dans sa main un bâton équipé d'une clochette, le Tau. Le Tau est devenu par la suite l'emblème de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Antoine en Viennois créé au Moyen Age.

En Dauphiné, l'ordre de Saint-Antoine fut fondé au XIe siècle pour soigner les malades atteints du mal des Ardents ou feu de Saint-Antoine, qui a fait de grands ravages en Europe du Xe au XIVe siècle; on attibuait à cette maladie épidémique un caractère surnaturel, mais en fait il s'agit d'une intoxication, transmise par l'absorption de grains ou de farine de seigle contaminés par l'ergot de seigle (champignon produisant un organe de fructification en forme d'ergot de coq sur l'épi parasité). Cette maladie se manifeste par des troubles nerveux et psychiques (convulsions) et par des troubles vasculaires pouvant entraîner une gangrène des mains et des pieds. Le feu avec lequel le diable (symbolisé par son cochon) essaya d'attiser en Saint Antoine les passions mauvaises explique probablement qu'on l'invoqua longtemps contre ces graves inflammations.

Proche de nous, une très belle vie de Saint Antoine est peinte à Clans dans une petite chapelle par un artiste anonyme de la fin du XVe siècle, quand le culte de ce Saint était à son apogée. On peut y voir des scènes illustrant les différentes étapes de sa vie devenue légendaire et ses miracles posthumes: sa vocation adolescent, il distribue ses biens aux pauvres et aux malades, il est tenté par le démon dans le désert avec des pièces d'argent, puis par des femmes, il conjure des idoles, un corbeau le nourrit ainsi que Saint Paul dans le désert, Saint Antoine soigne ses frères malades, il fonde un monastère près de la mer Rouge et met en place l'ordre, à sa mort son corps est transporté à Constantinople, des malades sollicitent ses reliques pour obtenir leur guérison, son cochon est dépecé pour obtenir du suif, le suif est appliqué sur les membres des malades.