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Histoires

1960-Tourrettes-sur-seine ou Paris-sur-loup?

anec_dote

Petites histoires des années 1960 ......

J'ai vu fabriquer dans les échoppes d'un vieux village provençal les tissus, les paravents, les écharpes et les bijoux que vous admirez, Madame, aux vitrines du Faubourg Saint-Honoré. Par Pierre Meunier Tourrettes-sur-Loup, étonnant village fortifié contre les Sarrasins aux alentours de l'an 950, abrite dans l'épaisseur de ses murailles millénaires une humanité plus étonnante encore.

Un homme paisible portant calotte et barbiche a installé un musée patriotique dans le beffroi municipal. C'est le père Fraternité, que l'on appelle aussi le frère Paternité quand on veut gentiment, moquer sa charité laïque... Ce barbu hiératique escorté de jeunes beautés filiformes est le disciple de Gandhi et de Vinoba, Lanza del Vasto, qui a planté sa tente à Tourrettes pour écrire une suite au Pèlerinage aux sources... On se retourne sur le passage du curé: n'est-il pas question qu'il aille relever les compteurs pour le compte de France ? Le maire, paraît-il, s'oppose à ce qu'il s'introduise ainsi chez l'habitant et grimpe aux pylônes pour changer les ampoules...

Si les cocktails du Tout-Paris vous sont familiers, peut-être avez-vous assisté à la présentation, chez Pierre Balmain, des Musiques de Soie de Richard Chanlaire. Le voici – Richard Chanlaire – en pantalon de velours et chemise à carreaux, qui regagne son atelier du pas assuré qu'ont les vieux Tourrettans pour tâter la pierre usée du chemin.

Entre la ruelle Esquiche-Coudes et le renfoncement où sommeille la maison du dessinateur humoriste Gus, les disciples du Christ de Montfavet viennent d'ouvrir une permanence. On y donne, est-il écrit sur la porte, des soins aux afligés, alors qu'ailleurs les affligés ont deux f et semblent n'être guère secourus par les Montfavistes...

Un homme range son bois pour l'hiver. Les revues d'art de Londres, d'Amsterdam et de Paris commencent à s'interroger sur ses œuvres. C'est Jean-Pierre van Kraligen, l'un des chefs de file de la jeune sculpture...

Son voisin, Victor Linton, fabrique les bijoux fantaisie qui firent fureur chez Lanvin, Piguet, Hermès, Schiaparelli avant d'orner l'une des plus curieuses maisons de Tourrettes... L'ancien rédacteur en chef d'un hebdomadaire parisien, François Wahl, s'est établi éditeur d'art, entre l'église et la ferronnerie...

Neuf peintres et dessinateurs de toutes nationalités - Franconi, Pazator, Fogel, Jouffrey, Kaiser, Altmann, Forest, Suzanne Boland, J-P Walfard – ont planté un jour leurs chevalets à Tourrettes et n'en sont plus repartis...

Quatre tisserands ont recréé de toute pièce un florissant artisanat rural: Brauen, Julliard, les Walfard et Olga Mietens, créatrice de tissages originaux pour Fath, Dior, Jacques Griffe...

Est-ce parce que Tourrettes-sur-Loup a échappé au snobisme artistique qui s'est emparé de presque tous les autres villages de l'arrière-pays niçois qu'il exerce sa séduction sur tant d'artistes, de toutes régions et de tous pays, qui sont venus s'y fixer, ou plutôt s'y greffer ?

En compagnie de la visiteuse, Parisienne élégante et curieuse, nous allons en faire le tour et nous arrêter – le temps d'une photo – dans quelques-unes des ces succursales inattendues de la Haute Couture parisienne.

 

Un pari a fait de Richard Chanlaire un peintre sur tissus

Les rideaux qui orneront bientôt la salle à manger de Marcel Achard ont été peints ici, dans ce bric-à-brac rustique dont le faux désordre est d'une suprême élégance. Tout comme le débraillé du maître de céans, Richard Chanlaire, prince de la fantaisie, dont on m'a dit qu'il était un marquis authentique. Chanlaire peint sur étoffes depuis un pari qu'il fit, il y a cinq ans, d'habiller pour le soir une dame qui avait oublié son châle. Châles, écharpes, nappes, paravents, rideaux, offrent à l'œil leurs couleurs inédites dues quelquefois à douze heures d'ébullition dans le chlore. Le rouge alors peut devenir du bleu, à moins qu'il ne reste rouge, ou fonce ou s'éclaircisse.

Les paravents sont peints à l'envers, et c'est au travers du tissu que couleurs et motifs prennent leur vraie valeur. Dior, Balmain, Fath, Germain Lecomte ont eu tour à tour du Chanlaire dans leur collection, du Chanlaire fabriqué à Tourrettes bien que le peintre ait à Paris un très bel atelier quai des Grands Augustins. Les sept lignes d'autobus qui passent devant sa porte et les amis trop nombreux lui ont fait choisir le calme de Tourrettes pour travailler quatre à six mois par an.

 

Victor Linton, orfèvre en rhodoïd

Une paire de lunettes, une paire de sabots et une paire de mains n'est pas une mauvaise définition de Victor Horace Linton, fils de H-J. Linton qui fut avec Kirby Beard le roi de l'orfèvrerie britannique. Victor Linton se dit moitié Écossais, moitié Irlandais et moitié Français. Ce n'est pas trop de trois moitiés pour celui qui découvrit et lança en 1933 les applications artistiques du rhodoïd après être sorti de la misère où l'avait laissé la faillite paternelle.

Schiaparelli, Piguet, Hermès, Lanvin s'intéressèrent à ces bijoux nouveaux dont la vogue n'a cessé de croître.

En 1947, Victor Linton décida de s'installer dans ce village ignoré et réussit le tour de force d'acheter deux maisons contiguës pour 23.500 francs. Il est vrai qu'elles béaient sur le ravin et qu'il fallut y faire pour un million de travaux. Mais aujourd'hui, Linton possède la maison la plus pittoresque du village, truffée d'objets d'art et de pièces rares. Au sous-sol, il soumet le rhodoïd au supplice de l'eau bouillante, le façonne à son gré, l'orne et le bronze au four. Bijoux Haute Couture, abat-jour, colifichets, objets d'art, vont ensuite garnir le velours noir de la table d'exposition dans une pièce qui ferait envie aux étalagistes du faubourg Saint-Honoré.

 

Les quatre tisserands de Tourrettes

Le tissage artisanal tel qu'il est pratiqué à Tourrettes-sur-Loup est aussi loin du tissage industriel qu'un plat de Picasso l'est d'un service de faïence. On tisse de petits métrages, improvisant sans cesse et ne refaisant jamais deux fois le même dessin. Les modèles poussent comme des bouquets de fleurs rares. On les admire, on les cueille, puis l'on passe à autre chose.

Quatre tisserands ont réussi, en quelques années, à donner ses lettres de noblesse au tissage tourrettan. Pierre Brauen, qui a apporté de son pays natal, la Suisse, une technique éprouvée, a appris le tissage à Olga Mietens, Française d'origine russe, laquelle l'a appris à son tour au Périgourdin Julliard, tandis que les Walfard – la mère et trois de ses enfants – originaires de Reims, ont appris à tisser à Nice, pendant la guerre.

Les ennemis du tisserand sont la sécheresse et la chaleur. Les Walfard racontent qu'à Nice ils devaient jeter des seaux d'eau sur la laine pour pouvoir la travailler! Les vieilles maisons de Tourrettes conservent toute l'année une température égale et une certaine humidité propice au tissage. C'est peut-être la raison pour laquelle on a pu retrouver dans les caves des vestiges de l'ancien artisanat tourrettan: peignes de bambou et pelotes de lin cultivé jadis à Tourrettes et travaillé dans la vallée, sur les bords du Loup.

Olga Mietens possède à Paris, rue de Sèvres, un second atelier de tissage. Mais elle avoue ne pouvoir travailler qu'à Tourrettes, dans son échoppe qui s'ouvre sous la voûte du beffroi. Si bien qu'elle doit venir à Tourrettes pour préparer les collections destinées à la Haute Couture qu'elle ira ensuite présenter à Paris… Jacques Griffe, Fath, Dior, Molyneux, Jeanne Lafaurie, Jacques Heim ont déjà apposé leur griffe sur les modèles d'Olga Mietens. Cette année Line Vautrin, décoratrice faubourg Saint-Honoré, aura à son tour les tissages d'Olga Mietens en exclusivité pour l'ameublement.

Si les élégantes de Saint-Philippe du Roule venaient un dimanche à la messe à Tourrettes, elles ne seraient pas peu surprises de rencontrer quinze ou vingt paysannes portant des châles aussi beaux que les leurs. Car, à Tourrettes, où il n'existe ni grand couturier ni magasin à prix unique, où acheter un châle si ce n'est chez le tisserand ?

Le métier à tisser du premier tisserand est en exposition dans la salle du rez-de-chaussée du château mairie.

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http://www.lesamisdetourrettessurloup.com/
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