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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-St Martin de la Pelote

Les Lieux sacrés

Eglise

L'église
Le cimetière

Chapelles

La chapelle Sainte-Marie-Madeleine
La chapelle Saint-Antoine
La chapelle Saint-Jean

Saint-Martin de la Pelote

Situation
Vie de Saint Martin
Historique

L’ermitage de Saint-Arnoux
Notre-Dame del Populo

Oratoires

Les oratoires et croix de mission

Chapitre suivant: Le Baou de Tourrettes et le Rocher creux

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Saint-Martin-de-la-Pelote.

    Saint-Martin de Tourrettes est appelé « commanderie » par la tradition tourrettane.
Mais nous savons qu’il n’y avait que quatre « maisons-commanderies » dans les Alpes Maritimes:

  • Nice, Grasse, Biot et Rigaud, au XIII°siècle.

    Est-il possible que Saint-Martin ait pu être une « maison annexe » de l’Ordre du Temple?
On peut penser que ce lieu de Saint-Martin existait avant le Temple, fut réutilisé par celui-ci avec sa chapelle entourée de son cimetière, et des terres où pouvaient être cultivées des céréales telles que blé, avoine, orge ou même les fameuses lentilles de Tourrettes…

Nous avons vu plus haut que, dans l’évêché de Vence, le Temple possédait 40 services à Vence, intra et extra muros, et 6 services à Tourrettes, preuve qu’il y avait des « hommes du Temple » dans notre village. Les ruines de la chapelle montrent les traces d’un édifice à nef unique et étroite, une abside trilobée et un vaste portail au couchant. Un pan de mur conserve une ouverture en meurtrière. Tout ceci fait penser à une construction antérieure au XII° siècle.
    Les seules églises templières, c’est-à-dire construites par les Templiers, furent celles de Saint-Jacques à Grasse, disparue en 1761, de Nice près de la citadelle, de Pierlas et de Saint-Michel -du-Gast à Roquebillière. Mais on sait que les Templiers utilisèrent des églises déjà existantes et parfois même paroissiales.

Sommaire

Situation.

    Du village, la route monte à l’assaut des grands rochers plats du quartier de l’Hermas qui domine Tourrettes. Elle escalade le flanc du Mont Pié-Martin et devient chemin muletier, en direction du plateau des Courmettes, et plus loin, vers Gréolières ou Coursegoules...
    Peu avant le vallon de Pié-Lombard se dresse une ruine entourée de nombreuses maisons neuves. Une villa s’appuie sur le mur immense de l’ancien édifice, la propriété est privée. C’est là que la tradition tourrettane situe la « commanderie ». Qu’en est-il exactement?

Vie de Saint Martin.

    Avant de nous intéresser à l’histoire du lieu, nous pouvons nous demander qui était ce saint Martin que toute la France vénère, puisque près de cinq cents villages et plus de quatre mille églises portent son nom. Tout le monde connaît Martin, ce soldat romain qui trancha son manteau en deux pour en donner une moitié à un pauvre. Il ne pouvait offrir que la part qui lui appartenait, l’autre restant la propriété de l’armée romaine !
     Martin est né en 317, en Pannonie, contrée de l’Europe centrale, située au Sud du Danube, qui avait été soumise par l’empereur Auguste. Enrôlé de force dès l’âge de quinze ans dans l’armée romaine impériale pour une période de vingt-cinq ans, il est soldat alors qu’il rêve d’être moine. Enfin libéré de ses obligations militaires, il se retire du monde, à Ligugé près de Poitiers, où il vit enfin en ermite. Avec quelques disciples, il fonde la première communauté monastique des Gaules. Le peuple de Tours vient l’arracher à la vie contemplative pour le nommer évêque. Les chefs religieux sont alors désignés par autorité populaire. L’Eglise a désormais droit de cité et cherche à se construire au milieu des combats de son époque. Le nouvel évêque invente les tournées pastorales, il sillonne les chemins de son diocèse pour mieux connaître ses ouailles. Il affronte la religion populaire inspirée des rites animistes et du polythéisme romain. Il lutte contre la sorcellerie et transforme en douceur les sites païens en sanctuaires chrétiens.

    Son humilité extrême, sa charité sans limites font de lui un apôtre bien aimé de son peuple.
Il combat les hérésies mais proteste contre les condamnations capitales de l’Empereur. Il protège les faibles et admoneste les puissants. On lui attribue quelques miracles. A sa mort en 397, les fidèles le proclameront saint. C’est pourquoi on lui attribuera deux fêtes : l’une populaire, le 4 juillet, date de son élection à l’épiscopat,  l’autre le 11 novembre, date de sa mort.

Sommaire

Historique.

    L’histoire remonterait à l’époque romaine.
    D’après l’abbé Tisserand - et ce n’est peut-être qu’une hypothèse - les romains auraient construit des postes militaires à des points stratégiques en une ligne de défense élevée, tout le long du front des Baous de la région vençoise: au Broc, à Carros, à Saint-Martin de Vence, à Saint-Martin de Tourrettes ainsi qu’au village lui-même. D’ailleurs ces sites s’étalent le long des voies de communication de l’arrière-pays, de l’est vers l’ouest, du sud vers le nord, vers la route des Alpes...

    La « Pax Romana » a régné sur les trois premiers siècles de l’empire romain. Les autochtones délaissent alors les oppida et s’installent dans les plaines où ils mettent les terres en valeur, avec les cultures du blé, de la vigne et de l’olivier, accompagnées de l’élevage des porcs et des ovins. Les anciennes pistes sont transformées en chaussées pavées, bien construites et entretenues: la Via Julia Augusta traverse la région entre Ligurie et Rhône. De cette voie partent des chemins élargis et bien tracés desservant l’arrière-pays montagneux.
    Le christianisme arrive en Provence au III° siècle de notre ère. Les persécutions, édictées par les empereurs romains Dèce et Valérien, s’abattent sur la région entre 250 et 257. Le sénateur Pons est martyrisé à Cimiez; la persécution de Dioclétien ne fait qu’un martyr à Marseille: le gallo-romain Victor en 303.
    Avec la conversion de l’empereur byzantin Constantin, le christianisme devient religion officielle et obligatoire. Les églises sont alors construites près des villes et dans leurs environs.

    Des nombreux monastères sont édifiés dans les îles méditerranéennes par Théodore à Hyères, Honorat et Caprais à Lérins. En 416, Jean Cassien fonde, près du vieux port de Marseille, l’abbaye  de Saint-Victor sur le tombeau du saint martyr.
     La dévotion mariale se répand en Occident. Les chapelles des “villae”,  ou grands domaines, et les églises des “vici”, ou bourgades, constituent au V° siècle les premières paroisses sous l’autorité des évêques. Nombreuses sont celles qui portent le nom de Notre-Dame. Les églises domaniales sont construites sur un habitat dispersé. Elles portent souvent le nom d’un saint patron qu’elles donnent au quartier qu’elles desservent (selon J.C. Poteur). Saint-Martin de la Pelote est peut-être l’une d’elles. Elle porte le nom de ce saint très vénéré à cette époque.

    Au milieu du VI° siècle, les premiers monastères fondés par les moines de Lérins sortent de terre à La Napoule, au Suquet de Cannes, à Vallauris, à Mougins. Il est  aussi question de Saint-Martin de la Pelote de Tourrettes.

(Selon le Cartulaire de Lérins)

    L’abbaye de Lérins sera  une pépinière d’évêques: on retrouve Honorat et Hilaire à Arles, Maxime et Fauste à Riez, Valérien à Cimiez et Véran à Vence.

*****

    Arrêtons-nous un instant sur ce que signifie ce nom de « Pelote » pour ce prieuré.
   En provençal, « la peloto » signifie la balle, la pelote de fil enroulé comme une balle. Il semble difficile de comprendre ce que la balle vient faire auprès de saint Martin au manteau partagé...
    Un autre mot provençal, « le pelot », désigne une poignée d’argile pétrie en forme de petite balle, mais encore le « hérisson de châtaigne », petite balle entourée de sa bogue épineuse. Y avait-il autrefois des châtaigniers dans ce quartier de Saint-Martin?
    Dans la région d’Arles, « le pelot » était le fermier, le métayer qui dirigeait une  propriété agricole, et, par extension, le maître de cette exploitation, le grand propriétaire terrien. Peut-être existait-il en cet endroit une « villae », grande terre exploitée, auprès de laquelle se serait construite une église desservant le quartier et dédiée au très célèbre saint des temps anciens?
    Il reste une dernière hypothèse: la Pelote de Rolland est une colline de Vence qui domine la combe de Maigré au vallon du Malvan. La « Pelote » désignerait donc une colline arrondie « en forme de balle »...

*****

     Vers l’an 600, le pape Grégoire le Grand fait des réformes qui tentent d’être appliquées par l’abbé Conon et le bénédictin Aygulf  qui sera assassiné par les moines rebelles en 670. (Selon Dailliez). Les paroisses sont alors réorganisées par la réforme grégorienne, les églises de quartier perdent de leur importance et parfois disparaissent au profit de l’église la plus proche du village.

    Du VIII° au X° siècle, les invasions sarrasines dévastent la Provence. En 700 les sarrasins attaquent le monastère fortifié de Lérins et tuent les moines. Grâce au Comte Guillaume, la Provence est libérée des Maures. Le renouveau économique s’accompagne d’une reprise de la ferveur religieuse qui entraîne des réformes dans l’Eglise. Les monastères bénédictins de Provence y participent activement par un approfondissement du savoir intellectuel. De nombreux donateurs offrent des parcelles de terrain ou de l’argent. 


Pierre gravée récente. 

    L’invasion sarrasine a détruit le monastère de Saint-Victor de Marseille. En 1040, a lieu la consécration de la première église de Saint-Victor sur le lieu même de l’ancienne abbaye. Au Malvan, près de Vence, est fondé le prieuré de Notre-Dame des Crottons ou des Grottes, actuellement Notre-Dame des Fleurs. Ce nom de « Crottons » désigne en réalité la cave voûtée, caractéristique du style roman. De nombreux monastères de la région sont offerts à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, dont celui des Crottons, Saint-Etienne de Gattières, Saint-Pierre de Gilette, Notre-Dame de Verdelay à Gréolières, Saint-Antoine de Gourdon et Saint-Martin de la Pelote à Tourrettes. Tandis que l’abbaye de Cimiez est dotée du prieuré de Saint-Pons entre Coursegoules et Gréolières.

En 1307, la foudre tombe sur les Templiers... Nous avons vu que s’il n’y a pas de véritables templiers à Tourrettes, il doit y avoir des « hommes du Temple », peut-être  à Saint-Martin même, endroit éloigné, idéal pour ces hommes de travail et de foi...

    En 1312, selon Tisserand, il y a sept seigneurs à Vence avec l’évêque et le chapitre. Dans l’acte rédigé par le notaire Pierre Charmieu, il est stipulé que « tout le domaine seigneurial appartenant au chapitre, ainsi que ses juridictions, biens, hommes, maisons, servitudes, droits, revenus, droits banaux, pâturages, défrichements, justices, condamnation, ce domaine s’étendant au Malvan, Bastides Saint-Laurent aux Noves, Saint-Martin de la Pelote à Tourrettes, et ceux de Vence, appartiendraient à titre perpétuel et inaliénable à l’évêque et à ses successeurs, à condition que ledit évêque maintiendrait les libertés, franchises, privilèges et immunités de ladite église de Vence et dudit chapitre; qu’il ne céderait jamais cette temporelle ni à un seigneur séculier, ni à un seigneur ecclésiastique, soit en tout soit en partie, pour quelque motif que ce soit ».

    En 1444, le nouvel évêque de Vence, Monseigneur Salvagni, rachète de ses deniers   Notre-Dame des Crottons à   l’abbaye Saint-Victor de Marseille. Il réclame Saint-Martin de la Pelote au seigneur de Tourrettes, Paul, frère successeur d’Antoine I°, qui l’aurait usurpé…
    Proche de la frontière savoyarde, l’évêché de Vence a une importance stratégique, le roi de France y place des prélats dévoués à sa cause. Ainsi, en 1491, le roi Charles VIII y nomme Jean IV de Vesc. Chantre de la Sainte Chapelle à Paris, il est le fils d’un des valets de la chambre royale. Son frère Aymard de Vesc est nommé grand vicaire près de lui tandis que son neveu Pierre de Vesc reçoit en bénéfice le prieuré de Saint-Martin de la Pelote.

*****

    En 1511, Jacques de Villeneuve-Tourrettes, fils d’Honoré, lui-même cinquième fils de Guichard, est moine à l’abbaye Saint-Honorat de Lérins. Avec quelques compagnons, il s’oppose à une réforme du monastère entreprise par l’évêque de Grasse, Augustin Grimaldi, et fonde une succursale de Lérins à Tourrettes. Serait-il venu s’installer à Saint-Martin? Cela n’est pas impossible puisque le prieuré est encore en activité à cette époque.

    Nous le retrouvons à Tourrettes en tant que sacristain, lors de l’élection de Mgr Balthazar de Jarente, évêque de Vence, à la présidence de la Cour des Comptes, le 27 avril 1532. Cette élection est faite par les religieux de Lérins qui n’ont pas accepté la réunion aux Pères du Mont Cassin désirée par Mgr Grimaldi, et se sont retirés à Tourrettes.

    Le procès verbal de cette élection, écrit en bas latin, débute ainsi:
    «  Anno millesimo quingentesimo tricesimo secundo, et die sabbati, vicesima septima mensis aprilis, circa horam vesporum, pontifficatus Sanctissimi in Christo Patris et domini Clémentis, divina providentia pape septimi, anno nono, regenteque christatuumque Provincie et Forcalquerii ac terrarum adjacentium comite feliciter  et longeviter, amen.
    Noverint modernorum in loco de Turretis Vencie, in quo moram continuam facit venerabilis et religiosus vir dominus Jacobus de Villanova, monacus sacri monasterii Sancti Honorati, insule Lirinensis, ordinis sancti Benedicti, et sacrista ejusdem monasterii, in ecclesia parochiali ejusdem loci de Turretis congregati, videlicet dictus dominus Jacobus de Villanova, sacrista, ac venerabiles et religiosi viri domini Albanus Raybaudi... »

 
    «  En l’An Mil cinq cent trente deux et jour du sabbat, vingt-septième du mois d’avril, à l’heure des Vêpres, sous le pontificat du très saint Père et seigneur en Christ  Clément,  septième pape par la divine providence, dans sa neuvième année de règne sur le comté chrétien  de Provence et Forcalquier et terres adjacentes, joie et longévité, amen...
    ...il est certain que,  au lieu de Tourrettes de Vence, où fait retraite le vénérable et religieux homme et seigneur Jacques de Villeneuve, moine du monastère sacré de Saint-Honorat, dans l’île de Lérins, de l’ordre de saint Benoît, et sacristain de ce même monastère, se sont rassemblés, dans l’église paroissiale de ce même lieu de Tourrettes,  ledit seigneur Jacques de Villeneuve, sacristain, et les hommes respectables et religieux  Albin Raybaudi... »  et suit une longue liste des religieux qui accompagnent le sacristain à cette assemblée.

*****

    En 1553, un édit royal exige le dénombrement des chapelles et des églises du diocèse. Sont nommées celles de la Bastide Saint-Laurent et Saint-Martin de Vence dont les prébendes existeront jusqu’à la Révolution. Puis celles de Saint-Paul, des Malvans, de La Colle, de Cagnes, Villeneuve, Saint-Laurent le Puget, la Gaude, Saint-Jeannet, les Valettes, Courmes, Courmettes, Bézaudun, Gréolières Hautes et Basses, les Crottons, Saint-Martin de la Pelote, Notre-Dame (de Verdelay) et Saint-Pons.

    En 1563, le seigneur Honoré II de Tourrettes rachète Saint-Martin de la Pelote à l’évêque de Vence, à son retour du Concile de Trente, tandis que le seigneur de Villeneuve-Thorenc achète le Canadel, prieuré de La Colle-sur-Loup dédié à Notre-Dame de la Visitation. Le prieuré de Saint-Martin avait été donné à la Dorade, ancien monastère de Saint-Véran  proche des bouches du Loup, en 1017, et réuni à la mense épiscopale en 1055. Les Villeneuve-Thorenc l’ayant acquis en partie en 1566, le donneront en héritage aux Villeneuve-Tourrettes.

    En 1606, le nouvel évêque de Vence, Pierre du Vair, visite son diocèse et décide d’y mettre de l’ordre. Il réclame ses fiefs aliénés. Claude de Villeneuve-Tourrettes rend Saint-Martin de la Pelote et le Canadel.

    En 1655, César, seigneur de Tourrettes et de Callian, achète à l’évêque Godeau la portion de juridiction que celui-ci possède à Tourrettes... Est-il encore question de Saint-Martin de la Pelote?

*****

    Nous pouvons constater que le prieuré de Saint-Martin de la Pelote a été actif jusqu’au XVII° siècle, après être passé de mains en mains selon les époques, surtout entre les adversaires qu’étaient les évêques de Vence et les seigneurs de Tourrettes et de Vence. A la Révolution, nous n’en trouvons pas trace dans les listes des Biens des Emigrés saisis par la République. Ce prieuré était-il déjà en ruines?
    Les Guerres de Religion sont peut-être passées par là, puisque les protestants de Vence avaient élu domicile à Saint-Laurent la Bastide, au sommet des Baous. Saint-Martin la Pelote aurait pu être le refuge de ceux de Tourrettes, par son éloignement et son calme en altitude... Propriété du seigneur de Tourrettes au moment où le fils du seigneur, Claude de Villeneuve-Tourrettes, a lui-même embrassé la nouvelle religion, comme l’avaient fait avant lui ses cousins de Vence.


    Par le traité d’Amboise, la reine Catherine de Médicis a autorisé la religion réformée, à condition qu’elle soit pratiquée hors les murs: Saint-Martin de la Pelote pouvait être l’endroit idéal pour le calvinisme reconnu.

    L’Histoire n’a peut-être pas dit son dernier mot…


Vestiges du chœur du prieuré.

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