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L’ermitage de Saint Arnoux.

 


L’ermitage de Saint Arnoux

« Est spirituel celui qui chaque jour entre dans la transformation intérieure. »

(Nils Daum, compagnon de Lanza del Vasto)

Sommaire

Situation et description.

    L’ermitage de Saint Arnoux se trouve au fond des gorges du Loup, dans un endroit sauvage et isolé, au pied de falaises impressionnantes qui dominent le lieu de plusieurs centaines de mètres. Les parois verticales limitent l’espace du pèlerinage et ferment la vallée en amont. Là, trois éléments s’imposent : l’eau, le rocher et l’arbre. Les rocs s’accumulent en énormes chaos au milieu du lit étroit du fleuve. Le bruit assourdissant vient du torrent  qui se jette de rocher en rocher, étouffant le murmure d’une source. Tout ce qui n’est pas pierre est couvert d’arbres et d’arbustes dans un désordre naturel.
    Au cœur de cet endroit cosmique, se trouve une minuscule chapelle d’environ « seize pans sur douze ».

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Histoire de saint Arnoux.

    Arnoux appartenait à la haute aristocratie de son temps.
Avec la chute de la dynastie mérovingienne et la lutte sans merci de deux femmes rivales, Brunehaut et Frédégonde, le royaume des Francs traversait  un siècle de sang, de pillages et de passions haineuses.
    En 582, un pieux ermite italien nommé Etienne, habitait non loin de Nancy. Dès qu’il vit l’enfant, il prédit que celui-ci serait grand devant Dieu et devant les hommes. « Il sera une perle précieuse dans le clergé », avait-il ajouté.
    En 601, son père, Arnoald, prit l’habit de moine au monastère de Saint Martin de Longeville qu’il avait fondé et où il trépassa huit ans après.

    Arnoux avait un esprit fin et discret, une mémoire fidèle. Sa foi était grande, sa charité ardente. A 14 ans, il fut confié à Gondulphe, maire du palais à la cour d’Austrasie, pour être initié aux affaires et à la connaissance des hommes. A la mort du roi Théodebert, il fut investit à son tour de la dignité de maire du palais, à la cour de Clotaire II. Il portait déjà le titre de Duc. Alors, il épousa Doda, une noble étrangère, aussi noble par la pureté de sa vie que par la sainteté de son cœur. Ils eurent deux fils Clodulphe et Anchise, qu’ils élevèrent dans l’apprentissage du désintéressement. Clodulphe deviendra plus tard évêque de Metz, connu sous le nom de saint Clou, tandis qu’Anchise épousera Begga, fille d’un prince germain, Pépin de Landen et sœur de sainte Gertrude de Nivelles. Ils auront un fils, Pépin d’Héristal, qui sera le père de Charles Martel, lui-même père de Pépin le Bref. C’est ainsi que saint Arnoux fut l’ancêtre des rois carolingiens…

    A la cour d’Austrasie, Arnoux avait rencontré Romaric, un ami dont le père, Romulphe, occupait un des premiers rangs du royaume. Les deux amis, purs et sincères, rêvaient de quitter le monde pour se retirer au monastère de Lérins. Les deux hommes aspiraient à la solitude.
Visitant les provinces qu’il administrait, Arnoux parvint à Trèves. En traversant la Moselle, il jeta dans l’eau sa bague en demandant un signe au ciel pour trouver la paix de sa conscience…

    Mais en 610, Pappolus, évêque de Metz, mourut. Le peuple réclamait à grands cris Arnoux comme successeur. L’évêque était alors défenseur de la cité, protecteur des veuves, orphelins, pauvres et paysans. Il prenait part à l’administration, veillait à la garde des registres. Il se trouvait à la tête du municipe comme de la communauté chrétienne, dès avant les Francs et déjà sous les Romains. Les peuples attachaient une grande importance à l’élection de leur évêque qu’ils choisissaient parmi les grands personnages : « Vox populi, vox Dei ». Les élus de Dieu quittaient épouse et enfants pour aller au service du Seigneur. C’est ainsi que furent élus évêques de Metz, Arnoux, puis plus tard son fils Clodulphe.

    De son côté, Doda, sa femme, entra au couvent à Trèves alors capitale impériale. Elle y resta jusqu’à sa mort. On trouve à Innsbruck une statue de « sainte Doda, duchesse de Souabe, épouse de saint Arnoux germain ». Pour sa part, Arnoux décida de faire un séjour à Lérins, célèbre monastère de tout l’Occident chrétien. Les moines y étaient nombreux. Arnoux y arriva en 622, il n’y resta qu’une année, car il n’y trouvait pas assez de solitude. Il chercha l’isolement dans l’arrière-pays. C’est en remontant les gorges sauvages du Loup qu’il trouva l’endroit dont il rêvait. Au fond du torrent, une plate-forme entourée de falaises s’étendait près de l’eau dans un lieu boisé. Après quelques jours de marche, il s’endormit sur un rocher qui prit la forme de son corps : le bon peuple l’appela « berceau de saint Arnoux ». Non loin de là, une source se mit à couler.

    Mais déjà ses fidèles réclamaient leur évêque à Metz. Il repartit vers le Nord. Arrivé dans sa ville, la légende veut qu’on lui servit du poisson tiré de la rivière. Dans les entrailles de la bête se trouvait l’anneau qu’il avait jeté l’année précédente…C’était le signe qu’attendait le prélat qui redoubla de prières, de jeûnes et d’oraisons.

    En 626, l’évêque quitta ses fonctions pour faire retraite dans les Vosges où il mourut en 628. Onze mois après son décès, son cadavre avait une odeur suave dans sa châsse, preuve de sa sainteté.

(Selon l’abbé J.Seytre, 1892)

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Le culte de Saint Arnoux.

    L’ermitage de Saint Arnoux était une chapelle de « romérage », de pèlerinage. Située aux confins du territoire de Tourrettes, elle occupait un lieu « à part », qui demandait une longue marche pour les processions venant du village. Par les chemins muletiers qui étaient ceux des pèlerins d’antan, elle se trouvait à 12 kilomètres environ de Tourrettes, 9 kilomètres du village du Bar, 3 kilomètres de celui de Courmes et 4 kilomètres de celui de Gourdon avec une dénivelée de 300 mètres.  La chapelle fut construite au XIII° siècle par les seigneurs des Valettes, comtes du Bar, afin d’absoudre la malédiction de la danse macabre exposée dans l’église du Bar. En 1867 elle fut détruite par un éboulement. Son propriétaire la fit reconstruire. Sa fête est fixée au 18 Juillet.

    Les chemins y menant étaient pierreux, tortueux et pentus. La longue piste qui venait de Tourrettes passait par la chapelle Saint Antoine et parcourait le piémont des Courmettes par l’actuelle route de Saint Arnoux où furent construites de nombreuses villas vers 1980. Auparavant elle était bordée de part en part de « pilons » religieux qui lui donnèrent le nom de « chemin des oratoires ». Depuis, la voie sacrée a disparu et ses oratoires aussi, bouleversés par les constructions importantes sur les terrains avec vue sur la mer. Le chemin continuait et entrait dans les gorges du Loup en suivant le pied des falaises qui dominent la route actuelle.

    En 1719, l’évêque de Vence se rendit en visite à l’ermitage qu’il atteignit en trois heures à cheval depuis Tourrettes. Il raconte : «  Il y a une dévotion particulière dans cette chapelle. Les malades estropiés s’y rendent des villages voisins pendant l’été. Ils y laissent leur bâton et leurs béquilles et nous en avons trouvé une quantité… Ce qui attire le plus de monde, c’est une fontaine qui est à dix pas de la chapelle, un peu au- dessous, vers la rivière du Loup, où les malades, hommes et femmes, se baignent dans la pensée que cette eau leur fera recouvrer la santé ». Cette promiscuité était choquante à l’époque, les autorités religieuses s’inquiétaient beaucoup de ce détail et auraient préféré que hommes et femmes « ne se jettent pas dans l’eau de cette fontaine, quelquefois en même temps ou du moins à la vue et en présence les uns des autres».

    Les pèlerins de Gourdon descendaient le « chemin du Paradis », non sans mal vu la pente, ils mettaient certainement tout leur espoir en la guérison pour remonter à leur village !
Quant à ceux du Bar ou du Pont du Loup, leur itinéraire longeait le cours d’eau en un sous- bois plaisant, où les jeux d’ombre et de lumière animaient le sentier et atténuaient les ardeurs du soleil. Cependant, il fallait éviter les crues du fleuve qui engloutissaient le sentier après les pluies violentes des demi-saisons.

    Au fond de ces gorges, dans cet endroit éloigné, sauvage et effrayant, le pèlerin se sent porté par sa foi. Le lieu est sacré, il est cosmique. Chacun a l’impression d’être à la limite de ce monde matérialiste, il touche une autre dimension, l’espace céleste où tout est possible à Dieu, où la prière se concrétise, où le miracle devient possible et on l’attend. Or pour qu’il y ait miracle il faut qu’il y ait la foi. Et les miracles eurent lieu, en témoignaient les ex-voto de la chapelle.

    Il fallait se plonger neuf fois de suite dans la source en récitant neuf Pater et neuf Ave, et faire neuf fois le tour de la chapelle en guise de neuvaine.

    Des récits de ces miracles sont évoqués par des personnes âgées du XX° siècle que l’on connaît encore. Ainsi Nanon, une vieille femme qui tenait une auberge non loin de la chapelle, relatait ce qui était arrivé à un pauvre cultivateur étranger qu’elle avait en pension. Cet homme était handicapé par une énorme loupe à la main droite qui envahissait son bras. Après une neuvaine de prières, il plongea son bras dans l’eau de la fontaine miraculeuse. Il se produisit un éclatement de la peau dans l’eau et la main ressortit guérie …et lavée.

    Anne D., une femme du Bar, était atteinte d’hydropisie. Neuf fois elle avait subi une douloureuse opération qui produisait de vingt à trente litres d’eau, mais l’enflure revenait au bout de quelques jours. Avant la dixième opération par un chirurgien de Grasse, elle alla au sanctuaire. Pendant la messe, une évacuation naturelle se fit, l’opération n’était plus nécessaire, en peu de jours l’infirmité disparut. On attendait son décès, elle vécut encore de nombreuses années, jusqu’à quatre-vingt deux ans… Elle croyait à son miracle et y tenait !

    En 1892, Anaïs B., une femme de 55 ans, était devenue aveugle à 23 ans à la suite d’un coup de sang. Rien ne parvenait à la guérir. Elle voulut faire trois pèlerinages à Saint Arnoux, passa les trois nuits en prières. Au moment de l’élévation, ses yeux s’ouvrirent, elle voyait. Ce fut la bousculade, tout le monde chanta le Magnificat, elle lut les cantiques…

    Rose, une pauvresse de Grasse, était affligée d’un goitre énorme qui grossissait et pendait sur sa poitrine. Au sanctuaire, elle suivit la messe et s’en retourna chez elle. Sur le chemin du retour, elle rencontra une connaissance qui ne la reconnut pas : elle n’avait plus de goitre !

    Ces quelques exemples de manifestations sur des personnes connues prouvent qu’il est arrivé quelque chose d’extraordinaire en cet endroit, quelque chose qu’on ne peut expliquer. Mais nul ne peut voir les conversions profondes effectuées en ce lieu.

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Les joyeux pèlerins.

    Au début du XX° siècle, les pèlerins venaient de loin pour passer la journée « à la campagne ». Ils s’inscrivaient à l’avance auprès de leur curé, afin de réserver leur place pour le trajet. De bonne heure le matin, le roulement de lourdes voitures accompagné du tintement des grelots avertissait les passagers de se réunir devant l’église du Cros de Cagnes pour le départ vers Pont du Loup. Là les attendaient deux grands breaks avec leurs conducteurs haut perchés comme dans les films de Western. Ces voitures étaient tirées par quatre beaux et solides chevaux et contenaient une douzaine de voyageurs. Le pèlerinage était annuel, en juillet, mais les fidèles n’y allaient pas que pour la dévotion. Ils avaient préparé leur panier de victuailles qui était bien garni : jambon cru, pan bagnat en hors d’œuvre, puis un assortiment de bonnes choses que chacun partageait avec son voisin.

    C’était un plaisir de s’installer sur l’herbe, d’étendre la nappe pour les couverts tandis que les hommes fabriquaient de petits foyers pour réchauffer la daube ou le lapin dont la bonne odeur attisait les appétits. Ils étaient chargés de déboucher les bouteilles de ce vin sans lequel la vie n’a pas de sens.

    La « mémère Giraud », excellente cuisinière renommée, annonçait fièrement à ses compagnons de voyage : « Ail fa rousti un’ gros poulas,gna per quatré !»  (J’ai fait rôtir un gros poulet, il y en a pour quatre). Après ce bon repas, le café était réchauffé sur le feu et distribué à la ronde pour la digestion. Il restait un peu de temps pour la sieste ou pour taper les boules qu’il ne fallait pas oublier d’emporter !

(D’après Nice Matin Déc. 1978)

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Cantico prouvençaou.

(Sus l’ér francès : nous voulons Dieu)

    1. Gran Sant de nostreis encountrado
    Vengus de luen, tei pélérin
    Fan resouna ta valounado,
    Mé grand ardour, d’aquéou réfrin :

Réfrin :

            Sant Arnous, nostré Péro,
            Viho sus teis enfant
            En toun sécour lou pople espéro
            Prégo per éou lou Tout-Puissant.

   

2. Doù Bar, dé Cagno émai dé Venço,
    Dé Grasso, Tourretto, Mougin,
    Récouren à ta benvoulenço ;
    Deigno escouta tei pélérin.

3. Doù foun dé toun gent ermitage,
    Bénisse nostre empressamen.
    Récébe lou dévot oùmage
    Dé nostrei piétous sentimen

4. Aquéoù cantoun de la Prouvenço
    T’a counsacra tout soun amour,
    Soun respé, sa récouneissenço ;
    A nostrei vu porto sécour.

5. Doù pèd dé toun roucas soùvage,
    Nous pourgéras lei dous benfas.
    Tant ei gran vilo qu’ei vilage,
    Dé l’unioun et dé la pas.

    C’est avec ardeur que les pèlerins de la région chantaient ce cantique à leur protecteur. Leur foi entraînait leur conversion et donc leur guérison : « Faute avouée, à moitié pardonnée ». Dans les rochers et dans le bruissement des eaux du torrent, le cantique montait des cœurs en une prière sincère et pure qui lavait les âmes et réjouissait les esprits. Oui, après cela, tout était différent : chacun retournait chez soi dans un état d’esprit joyeux et plein d’espoir ; la vie devenait plus belle  puisque les pensées étaient renouvelées et les consciences enrichies d’une dimension surnaturelle…

    De nos jours, le sanctuaire est déserté. Il a subi, en ce début du XXI° siècle, des dégradations et du vandalisme inacceptables à notre époque. Des travaux sont en cours pour le restaurer. Nous espérons que nous retrouverons bientôt ce saint pèlerinage dans une nature aux accents sacrés, lieu où tout est sublimé, véritable petit paradis de verdure et de paix.
 

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Bibliographie