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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Préhistoire

Tome I: La Recherche du Temps Perdu

Préhistoire

  1. Introduction
  2. Au flanc de la montagne
  3. Au flanc
  4. La Montagne Mère
  5. Les premiers habitants de la région
  6. Les temps préhistoriques
  7. Les outils préhistoriques
  8. A la découverte de l’abri de Pié-Lombard
  9. Escalade vers la Baume Obscure

  10. Chapitre suivant: La période antique

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1- Introduction

 

Texte : Nicole ANDRISI
Dessins : Jean-Paul ANDRISI

    Je suis entrée à Tourrettes comme dans un livre.
    Les livres d’enfant sont les plus beaux; quand on les ouvre, on ne peut pas rester à « l’extérieur », en spectateur. Il suffit d’enjamber la balustrade pour pénétrer dans le jardin du conte et vivre l’aventure du « dedans ». Alors, comme pour Alice au Pays des Merveilles assise au creux de son arbre, commence le plus beau voyage, celui du rêve devenu réalité.    
    Je cherchais une petite ville dans la région, pour y installer mes bocaux d’apothicaire. Je n’avais encore jamais pris la route venant de Grasse qui longe le flanc des premiers contreforts alpins. Soudain, le village est apparu sur son rocher. Mon coeur n’a fait qu’un bond, j’ai murmuré: « c’est ici ! ».
    Saisissant est le spectacle de Tourrettes, prisonnière de ses deux ravins, qui lui donnent un air de forteresse. Les vieilles maisons serrées au bord du vide s’agrippent au roc et font face au vent du large. Le village ressemble à un vaisseau pétrifié fixant l’étendue marine.
    Située à quelques kilomètres à peine de sa jolie voisine Saint-Paul de Vence, Tourrettes n’en a ni la douceur ni la coquetterie. La renommée de l’une fait beaucoup d’ombre à l’autre. Soeurs jumelles, elles préfèrent s’ignorer pour éviter d’être ennemies. Et puis, de toute façon, elles ne sont pas comparables. Tourrettes, accrochée à la montagne, a des allures de sauvageonne. Le sommet du mont se nomme le Puy de Tourrettes. Ce n’est pas  un ancien volcan, malgré les grandes lauves qui descendent la pente comme de larges coulées de lave. Ces lauves sont des bancs calcaires déposés par la mer primitive. L’origine du mot puy vient du latin podium qui signifie tertre, éminence; il provient des légions romaines qui ont sillonné la Gaule et y ont laissé leurs vestiges. Tourrettes fut donc un campement romain non loin de la « Via Julia Augusta », route qui courait sur la limite septentrionale du territoire massaliote. Les Grecs de Phocée avaient édifié « Massalia », future Marseille, et créé des comptoirs maritimes tout le long du littoral méditerranéen dont ils possédaient un étroit territoire. Les Romains savaient choisir leur site: vue sur la mer et adossé à la montagne qui protège des froidures du Nord. 
    L’Histoire est passée sur Tourrettes comme sur tous les villages de France,  rien ne lui a été épargné, ni les guerres, ni les épidémies, ni les calamités en tous genres : la misère a longtemps habité ici. Chaque pierre, chaque buisson en a gardé la trace. Tout s’inscrit dans un lieu, le bon et le mauvais. Le bonheur et le malheur laissent des signes dans le sol, sur les rochers, même dans l’air pourtant régulièrement balayé par les vents. C’est une marque indélébile comme celle que trace la suie sur les murs d’une vielle masure, ou celle que laissent les cierges et les prières à l’intérieur d’une église ancienne.
    En ouvrant le livre de Tourrettes, j’ai réveillé sa mémoire. Elle m’a confié ses joies et ses peines. Nombreux sont les Tourrettans qui m’ont ouvert leur porte et m’ont fait leurs confidences. J’espère simplement ne pas avoir mal compris leurs propos ni leurs intentions. Ce recueil est une moisson d’histoires individuelles qui ont contribué à l’histoire du village.
    L’écoute de ces braves gens m’a incitée à remonter le temps, vers les origines.
 
    Alors a commencé pour moi la longue quête, le lent voyage de la recherche. De bibliothèques en archives municipales et départementales, de livres anciens en vieux documents, d’encyclopédies en musées, de lectures diverses en lectures spécialisées, de bibliographies en dossiers universitaires… longue fut ma démarche.
    Petite cité provinciale, Tourrettes n’a pas laissé beaucoup de traces dans le temps. Pourtant elle s’est trouvée au centre d’une région où l’Histoire a fait son œuvre. Entre les villes de Grasse, Vence et Antibes, elle a subi les conséquences d’une région frontière où passèrent et repassèrent les armées, amies ou ennemies, tantôt victorieuses, tantôt vaincues, avec les fléaux qu’elles traînaient derrière elles… C’est à l’aide des documents concernant ces cités que j’ai essayé de reconstituer la mémoire de Tourrettes.

    De siècle en siècle, l’Histoire s’est révélée, les pierres se sont mises à parler, le Temps a retrouvé sa trace.
   
    Fermons les yeux et laissons nous entraîner à la recherche du temps perdu et retrouvé.

 

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2. Au flanc de la montagne

La Côte d’Azur est écrasée sous la chaleur de l’été. Le soleil brille de mille feux, la surface mouvante de la mer les réfléchit en mille étoiles ardentes, insoutenables au regard. Les galets de la plage brûlent les corps allongés que l’eau ne rafraîchit plus. Inconsciemment, les yeux cherchent une ombre bienfaisante, vers le nord, où un bosquet de fraîcheur et l’herbe verte de l’hippodrome de Cagnes sur Mer les attirent.
    Au loin, le regard se heurte à l’horizon barré par une chaîne de montagnes où s’adosse l’arrière-pays. Ces premiers soubresauts alpins dominent une riante région de collines douces où le climat est agréable. Là sont nés et ont grandi ces villages où il fait bon vivre et dont la renommée a fait le tour du monde: Saint-Paul de Vence, Biot, Valbonne et d’autres encore de la région grassoise dont la fleur est l’emblème.
    Vers l’Est, les baous aux falaises abruptes couronnent le pays de Vence d’un diadème royal. Le plus beau est celui de Saint-Jeannet que grignote la Cagne, un des rares petits fleuves de la région. Le baou des Noirs et le baou des Blancs sont beaucoup plus modestes et se penchent sur la  ville ancienne de Vence, la Cité des Arts.
    Mais plus à l’Ouest, la montagne s’épaissit, s’alourdit, fait le dos rond comme un gros matou concentre sa force avant l’attaque. Cette masse calcaire est fascinante,  elle  hypnotise ceux qui l’approchent. Son aspect sauvage détient un charme puissant. Ses lignes douces ondulent dans le ciel et dessinent les monts du Puy de Tourrettes et du Pic de Courmettes. De ces sommets qui avoisinent les 1250 mètres d’altitude, la vue domine toute la Côte, de Menton à l’Estérel, par beau temps. Même la Corse peut se voir par temps clair, lorsque le mistral a balayé la brume marine.
    Ces monts portent un front dénudé, mais leurs flancs sont couverts d’une végétation méditerranéenne faite d’épineux, de genêts, de thym et de sarriette, où les bosquets de pins et de chênes escaladent la pente. Vers le sommet du massif, deux épaulements cachent de vastes domaines connus depuis la Préhistoire, car les sources y permettent la vie. Ce sont les domaines du Caire et de Courmettes, lieux chargés d’Histoire.
    Seul,  sur la croupe  éléphantesque,  un arbre se  découpe en ombre chinoise sur la profondeur du ciel. Etrange idée de pousser si loin et tout seul là-haut! En été, il est rond comme une pomme et nargue le monde; en hiver, il devient transparent et le regard le cherche comme un signe dans l’azur: c’est un arbre caduque, il rythme les saisons. Il relie la terre au ciel qu’il semble soutenir de ses bras écartés.

    C’est au pied de cette montagne que s’accroche le village de Tourrettes, sur un rocher dominant deux ravins.
    L’un, le Pascaressa, descend de la ferme du Villars et creuse son lit dans les roches qui affleurent et retiennent les eaux de pluie dans les launes, vasques naturelles, qui ont longtemps servi de lieux de baignade aux enfants du village.
    L’autre, le Cassan, récolte les eaux pluviales du baou de Tourrettes, simple mamelon au-dessus du village, qui domine les roches lisses offrant le spectacle d’une belle cascade après la pluie. Au pied du mont naît la source de Font-Luègne où l’eau semble chaude en hiver et fraîche en été. A cet endroit fut construit le lavoir de la honte;  loin du village, il permettait aux lavandières de laver discrètement le linge souillé des femmes et des accouchées.
    Un peu plus bas, le filet d’eau polit le rocher et creuse le vallon qui donne au village un air de forteresse. Pluies après pluies, l’eau attaque la roche en de grandes marches où se sont installés les moulins. Ceux-ci, construits depuis des siècles, utilisent la force de l’eau des cascatelles pour faire tourner leurs meules.
    Par gros temps, lorsque le ciel se déchaîne et crève ses nuages lourds, la puissance de l’eau est incroyable. Elle décuple et se heurte au rocher du village qu’elle fait vibrer de ses coups de boutoir. Elle emplit le vallon de sa rage et le chant discret du ru se transforme en grondement de colère comparable au passage continu d’un train de marchandise.
Curieuse nature, eau fascinante que l’on contemplerait pendant des heures.

Il faut être poète pour habiter Tourrettes.


Rochers en dos d’éléphant. (d’après Geneviève Martin.)

 

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 La Montagne Mère.

    Le Pic de Courmettes domine le village de ses 1248 mètres. A l’ouest, il surplombe le Loup qui a creusé ses gorges en son flanc. Par son sommet dénudé, ce promontoire rappelle le lointain Fuji-Yama et sa calotte de glace; il s’adosse au Puy de Tourrettes qui le dépasse de quelques dizaines de mètres. Curieusement, ce puy ne se trouve pas sur le territoire de la commune dont il porte le nom.
    La montagne est massive et généreuse. D’origine calcaire, elle absorbe l’eau de pluie dans ses violences de climat méditerranéen; par un système de failles et de galeries souterraines, elle redistribue mystérieusement, selon l’alternance de ses couches calcaires et marneuses, l’eau nécessaire à la vie.
    La montagne n’a pas toujours été là. A l’ère secondaire, l’affaissement du sol hercynien fut envahi par la mer alpine, des sédiments s’accumulèrent en couches épaisses, où furent emprisonnées espèces marines et coquillages. Au Tertiaire, le rapprochement des plaques tectoniques de la Terre souleva le socle ancien, entraînant l’eau vers la Méditerranée, tandis que les sédiments glissaient sur les pentes. En séchant, ils se solidifièrent. Aujourd’hui, des coquillages marins parsèment les roches lisses qui font penser à de grandes coulées de lave grise. Par endroits, l’érosion a fait son oeuvre; elle a raviné les énormes rochers en « dos d’éléphant »,  observés au sud du village.
    De nombreuses sources jaillissent au pied de ce massif montagneux. Elles sont la richesse de cet arrière-pays, elles y permettent la culture. A l’état sauvage y poussent des bois de chênes verts et de pins maritimes qui laissent la place aux genêts et aux épineux, tandis qu’au sommet se dresse la pierre calcaire en un grand chaos. Là se découvrent de nombreux sites anciens qui prouvent la vie de peuplades, dès les temps les plus reculés.


Borie du quartier des Bouirades

Des enceintes de pierres sèches délimitent des aires où se découvrent quelques fonds de cabanes, parfois une citerne; elles font penser à un enclos pastoral, refuge estival de bergers avec leurs troupeaux. Sur le sommet, le sol se creuse en dolines, dans leurs  dépressions s’accumule de la terre meuble où pousse, à l’abri des vents, l’herbe rase que broutent les moutons ; ça et là, une borie arrondit son dôme en insolite igloo de pierre. Ces abris typiquement provençaux n’ont pas d’âge. Ils ont pu être construits par les tribus primitives ou plus tardivement au Moyen Age. Nul n’en connaît l’origine, mais chaque époque s’en est servie, en les restaurant au besoin, grâce à leur géniale conception. Leur forme arrondie permet à l’occupant de disposer d’un espace intérieur suffisant à un homme seul. Le dôme en encorbellement de pierres plates conduit l’eau de pluie vers l’extérieur. Parfois, l’une d’elles, à pente contrastée, dirige un mince filet d’eau  vers un réservoir étroit aménagé à l’intérieur de la hutte. A l’extérieur de la borie, un petit enclos est construit pour protéger le troupeau des prédateurs. 

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Les premiers habitants de la région

Les temps préhistoriques

    Depuis les temps les plus reculés de l’Histoire, l’Homme a laissé sa trace sur la montagne qui domine Tourrettes. Sa situation méridionale permettait à l’homme des cavernes de vivre dans un climat tempéré, à l’abri des rigueurs de l’hiver.
       
    Lorsque les glaciers recouvraient l’Europe, le niveau des océans était inférieur de plus d’une centaine de mètres. Le littoral méditerranéen avait un autre visage. De grandes plaines couvertes d’herbes hautes s’étendaient entre la mer et les massifs des Alpes et de l’Esterel, battus par les flots de nos jours, mettant alors à nu, dans les falaises rocheuses, des grottes aujourd’hui inondées.
    A Menton, les grottes des Baous Roux étaient habitées par les hommes de la Préhistoire. Dans les calanques marseillaises, la découverte récente de la grotte sacrée de Cosquer, à cent vingt mètres sous la mer, nous dévoile, par ses dessins rupestres, les secrets de cette époque.

    La grande plaine du littoral s’étendait sur le relief actuel: les îles de Lérins, d’Hyères et de Marseille n’y étaient que collines boisées; dans les rades de Villefranche, Nice, Antibes et Saint-Tropez s’étendaient de vastes prairies où paissaient des troupeaux de saïgas, antilopes des steppes au nez camus, de chevaux sauvages, de bisons ou de mégacéros, grands cerfs à larges ramures. Dans les eaux fraîches s’ébattaient phoques et pingouins.
    Là, s’étaient installés des peuples de chasseurs et de pêcheurs.

    A la fin de l’ère quaternaire, le climat se réchauffa. Les glaciers reculèrent tandis que s’élevait le niveau des eaux, repoussant toute vie vers l’arrière-pays. Toutefois, le climat s’adoucissait en alternant des périodes sèches et froides ou tempérées et humides. La faune variait selon les époques. Les animaux des régions froides : chamois, rennes, marmottes ou renards bleus, gagnaient les montagnes septentrionales, tandis que s’installaient bouquetins, chevaux, boeufs ou moutons sauvages. Avec le ressac du climat et du niveau des eaux, les espèces animales se succédèrent tandis que l’homme essayait de survivre. Il fut chasseur avant de devenir agriculteur. Au début du septième millénaire, il se mit à domestiquer les moutons sauvages et à se régaler des escargots ramassés dans les endroits humides ou près des sources.

    Au coeur du massif calcaire existe un nouveau continent: le monde souterrain. Les pluies diluviennes sont avalées par le sol fissuré, elles commencent leur long travail obscur. Le creusement et la dissolution de la roche amènent la formation de puits et d’avens qui se prolongent en galeries et s’élargissent en grottes. Parfois, un éboulement provoque l’ouverture d’une excavation vers l’extérieur, tandis que le rocher naturel se creuse en baume.
   
    A Tourrettes, l’abri de Pié-Lombard est accroché à la paroi qui domine de 150 mètres la basse vallée du Loup. Là, furent découverts des outils de pierre et des ossements d’animaux, restes de repas paléolithiques: os de loups et de renards, de lynx ou loups-cerviers et de panthères, de sangliers et d’ours, de cerfs, de chamois et de bouquetins, ainsi que de nombreux rongeurs. Les sédiments où étaient enterrés ces vestiges permettent de les dater du Paléolithique supérieur, soit de 30.000 à 10.000 ans avant notre ère.

 


Crâne de Mégacéros (Musée archéologique de Sassari - Sardaigne)

 

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Les outils préhistoriques.

    Les pierres taillées découvertes en ce lieu nous permettent de reconstituer la vie de ces premiers hominidés. Il s’agit de nombreux outils lithiques dégrossis sans être terminés, en attente d’utilisation. Dans le lit du Loup tout proche, le tailleur de pierre commence par ramasser  de gros  galets dont la rondeur permet de les tenir bien en main. Puis, à l’aide de silex, ces cailloux sont cassés de chaque côté pour obtenir un tranchant  plus ou moins affiné, afin d’en faire un outil coupant. Sur un morceau de silex appelé rognon, l’artisan travaille avec un percuteur en pierre plus dure. Le rognon est dégrossi, taillé pour en faire un biface à beau tranchant. Ces outils de roches variées, silex, obsidienne, verre volcanique brillant et coupant, calcaire dur, basalte ou jaspe, expliquent leurs origines diverses. Ils sont fabriqués ailleurs et amenés en cet endroit, ou bien  ils sont façonnés en  ce lieu à partir d’outils retouchés.
 
Le jaspe du percuteur trouvé à Pié-Lombard provient peut-être des îles Lipari, au large de la Sicile. Ceci laisse rêveur quant aux voyages des hommes néanderthaliens. La journée de marche est alors de vingt cinq kilomètres sans compter les temps de chasse pour le repas et le repos. Cet abri ne doit être qu’un campement de chasseurs de passage ou de ces voyageurs qui parcourent la région pour troquer le silex qu’on ne trouve qu’en petite quantité sur la montagne de Courmettes. Ils échangent leur marchandise: pierres, coquillages, outils et parfois même des femmes.

D’après les travaux des chercheurs effectués à la fin du XX° siècle, vers les années 70, certains éclats sont taillés en triangle pour servir de racloirs, utilisés pour dépecer le gibier tué, le découper, le gratter pour en ôter la peau, scier, écorcher les matières animales , écorcer les matières végétales. Les os sont écrasés, éclatés par un outil non tranchant : le polyèdre, sphère à facettes. Certains de ces outils  peuvent servir de bolas, reliés par deux ou  trois à l’aide de lanières, et utilisés comme arme de jet pour entraver un animal dans sa course. On a déterré des grattoirs à lame en demi-cercle, des lames de pierre emmanchées de bois et fixées par la résine qui servent de « couteau à dos », quelques racloirs dont un en os. Plusieurs burins souvent associés à des racloirs démontrent l’habileté de ces hommes préhistoriques qui savaient fabriquer des outils polyvalents.

 


1-3 Industrie des couches moustérienne

 


6-13 Industrie de l'Epipaléolitique

 


7-8 Abri de Pié-Lombard - Industrie des couches moustériennes

 

Certains de ces outils présentent des encoches et des becs, parfois même des tranchants denticulés faisant office de dents de scie. On a également trouvé un perçoir. Il a même été découvert une incisive d’enfant néanderthalien « oubliée »  là...
    Dans la Baume Obscure, nichée haut dans la colline, sous le plateau des Courmettes, ont été découverts des bifaces que l’on peut dater du Paléolithique moyen, soit de 80.000 à 35.000 ans avant notre ère. A cette époque, l’homme néanderthalien est surtout nomade. Cet abri est utilisé aux différentes époques. Les nombreux objets trouvés nous racontent leur histoire: des grattoirs, des burins, des lames tronquées dont déjà une faucille et un merveilleux percuteur en cristal de roche exposé au Musée niçois de Terra Amata. Des perles discoïdes en calcaire, des fragments de canines de sanglier, des os polis appointés, une crache de cerf, dent inutile censée avoir un pouvoir magique, et des pétoncles percés servent alors à la confection de parures masculines et féminines. Quelques armatures de flèche pistiliforme ou foliacée nous apportent des informations importantes sur la vie de ces chasseurs.
 
    En général, l’homme préhistorique habite des grottes peu profondes. Les abris sous roche ne lui permettent qu’une halte momentanée. La grotte profonde a pour lui  un caractère sacré. Les ténèbres des antres reflètent l’obsession des hommes. Seuls, les sorciers préparés aux mystères de l’ombre peuvent y pénétrer, car affronter les cavernes revient à exorciser l’inconscient. Le monde souterrain a un souffle, une haleine qui suit les voies mystérieuses d’un labyrinthe secret donc dangereux. Pénétrer ce monde clos c’est braver les forces de la nuit, le monde des esprits.

     C’est pourquoi seul le sorcier, après avoir suivi les rites de purification par le jeûne, l’abstinence et les plantes hallucinogènes, peut affronter le monde obscur pour y tracer des dessins d’animaux dont il quémande les faveurs. En faisant ainsi « révéler » la bête, il se met en relation avec son esprit qui est « de l’autre côté de la roche ». Chaque grotte sacrée a son animal fétiche: c’est la grotte du bison, de la panthère ou celle de l’ours que l’on trouve au col de Vence.
    Intermédiaire entre le monde des esprits et celui des hommes, le sorcier est capable d’interpréter les songes, de prédire l’avenir, de guérir les malades à l’aide de rites particuliers.

    Il n’y a pas de grotte sacrée à Tourrettes. Mais à l’occasion de travaux, en 1993, fut découvert un trou profond aussitôt exploré par le Spéléo Club Tourrettan. L’aven de Pascaressa, enfin mis à jour, révéla ses merveilles: un profond puits tapissé de coulées de calcite descend à plus de vingt mètres de profondeur. Sur les parois, une grande ouverture triangulaire s’appuie sur un amoncellement de concrétions en chou-fleur, tandis qu’elle est décorée sur un côté de nombreuses fistuleuses, fines aiguilles calcaires encore appelées macaroni. Cette fenêtre est un passage qui permet d’atteindre une petite salle tapissée de concrétions cristallines et d’ocres flamboyants. Une coulée de calcite étincelle, une monumentale draperie pend du plafond, des stalactites excentriques défient les lois de l’équilibre et gardent le mystère de leur naissance. Un monde minéral fascinant existe sous nos pieds, secret et enchanteur sous nos pas ignorants. Cet aven n’est pas exploitable, mais de savoir qu’il existe nous permet de rêver au monde fantastique des cathédrales souterraines.


Grotte de Pascaressa

 

    Quelques sites insolites existent sur le territoire de Tourrettes, bien connus des enfants du village qui allaient s’y réfugier jadis.

    Dans le vallon du Cassan, près du pont de la Bourgade, s’ouvrent deux petites grottes. Un couloir bas de deux mètres de long environ est franchi en rampant et débouche sur une petite salle. L’une de ces grottes est obscure, sans ouverture; les enfants venaient y jouer aux cartes à la lueur d’une bougie. Ils savaient ne pas y rester longtemps afin d’éviter l’asphyxie. L’autre caverne est dotée d’une cheminée à ciel ouvert qui débouche dans le jardin de la villa construite au-dessus. Ces excavations sont actuellement inaccessibles car inondées.

    Sous le village, des baumes s’échelonnent le long du chemin qui descend dans le vallon de Pascaressa. Elles servaient de cachette aux galopins.
    A l’entrée du village, au-dessus de la route de Grasse, une curieuse construction s’adosse au rocher. C’est une bergerie troglodyte. La façade de la maison ferme l’entrée de la baume où dormaient les brebis...

    Tout le long du chemin de Saint-Martin s’étendent de grandes lauves sous lesquelles se cachent des abris bas où parfois coule un filet d’eau. Certains ont recelé des vestiges préhistoriques qui ont fait l’objet de recherches sérieuses.

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A la découverte de l’abri de Pié-Lombard.

    Après la traversée du plateau de Camassade, planté de chênes et quadrillé de murets entourant d’anciens jardins potagers, le sentier pénètre dans le petit bois et mène à un terre-plein en bordure de falaise. Bien à l’abri des regards, ce lieu cache une décharge publique, honte du XX° siècle, où furent jetés voitures, moteurs, réfrigérateurs et débris de toute sorte. Le site domine la basse vallée du Loup de cent cinquante mètres environ.

    Le chemin de descente démarre un peu plus loin, vers l’intérieur du plateau, sur la droite. Il longe un moment la clôture d’une belle propriété. Le sentier est envahi de ronces et d’arbrisseaux mais son tracé est encore bien visible: murs de soutènement et marches empierrées que les mulets descendaient, au début du XX° siècle, chargés de grains, pour se rendre au moulin à farine près du Loup. Le passage est encore praticable grâce aux chasseurs qui l’empruntent de nos jours; mais il n’a plus la largeur du temps jadis.

    Après plusieurs virages raides et dangereux, il faut quitter le chemin muletier pour s’engager à droite vers une remontée rapide menant au pied d’un à-pic jusqu’alors invisible à nos yeux, qui domine le vallon de Pié-Lombard.

    Au pied de cette roche grise s’ouvre, comme une bouche, un abri dans la falaise. A l’intérieur, la pierre est plus claire, à vif comme une muqueuse. Un profond sillon dans le sol sépare l’entrée du fond du refuge. Ce sillon fut creusé par les fouilles archéologiques entreprises vers 1950 dans la terre meuble du sol. Le trou, de plus de deux mètres de profondeur, reste béant. Il faut l’enjamber pour atteindre l’abri largement ouvert sur l’extérieur. Sur la paroi du fond, les traces d’une ancienne cascade montre le travail de l’eau à une époque indéfinissable. Des plaques de mousse humide trahissent la proximité d’eau souterraine. Du plafond voûté perle une goutte en plusieurs endroits. Pourtant, le sol est sec et confortable. Deux ou trois hommes peuvent s’y tenir, recroquevillés, pour une courte halte.
    Sur la gauche de l’entrée, quelques stalagmites furent arasées afin de faciliter l’accès à un petit couloir qui s’enfonce dans les entrailles de la terre. Seule une personne souple et mince pourrait s’y faufiler.
 
    La remontée du chemin est plus aisée. Elle permet d’admirer le sentier avec ses murs de soutènement parfois renforcés et ses garde-fous en pierre qui évitaient la chute des mulets chargés du précieux grain. Ce chemin est tracé comme les chemins de montagne qui montent à l’assaut des cols étroits: ils zigzaguent d’abord largement tant que l’espace le permet; puis les lacets se resserrent vers le col, souvent passage étroit entre deux rochers. Oui, c’est bien le chemin oublié du moulin à farine qu’empruntaient autrefois les tourrettans  pour porter près du Loup leurs récoltes  de blé.
 

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 Escalade vers la Baume Obscure.

    La Baume Obscure se trouve au pied d’un rocher dominant le Plan de Vens, sur le flanc de la montagne de Courmettes. On y accède par le chemin de Saint- Arnoux, peu après le vallon de Pié-Lombard, près de la chapelle Saint-Antoine. Une mauvaise piste part du chemin goudronné pour escalader la pente. Un sentier s’en détache quand elle change de cap et se dirige vers le quartier de Saint-Martin. Ce sentier poursuit la montée vers un piton rocheux isolé et bien visible. Il faut gagner le sommet du piton pour le contourner et redescendre à travers roches et épineux.

L’ouverture de la grotte est au pied de ce piton, basse et mystérieuse. A l’intérieur, un couloir bas mène à la partie centrale qui donne accès, à droite, à une bulle de quelques mètres, tandis qu’elle s’ouvre à gauche, sur un balcon très sombre à plusieurs recoins. La lumière du jour n’atteint pas cet antre profond. Un triple pilier de stalagmites sépare le balcon de l’entrée. Il parait froid au toucher, une goutte d’eau tombe de temps en temps dans le noir. Une racine grêle pend du plafond et retient l’humidité comme de fines gouttelettes de rosée. Cette grotte fut  habitée, son entrée basse la protégeait de la chaleur ou du froid extérieur.


Bergerie troglodyte de la Baume

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Chapitre suivant: La période antique

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Bibliographie