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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Communications au XVIII°

Le XVIII° siècle - Les voies de communications

  1. la route de Vence à Grasse
  2. le chemin des évêques

  3. Chapitre suivant: Les châteaux

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    Depuis des siècles, les routes sont mauvaises entre Vence et Tourrettes, à cause des charrois de bois provenant de la vallée de l’Estéron et qui s’acheminent vers Toulon pour la construction des vaisseaux de Sa Majesté.
    Chaque commune entretient son réseau, mais les ouvrages importants sont mis en commun.
    C’est ainsi qu’en 1758 est décidée la construction du pont sur la Cagne entre Vence et Saint-Jeannet. Ce pont est indispensable à tous ceux qui empruntent la voie entre Saint-Jeannet et Grasse. Tous les villages doivent participer à cette réalisation, à raison de 4 livres par feu. Le montant total est de 223 livres et 13 sous.
    En 1763, c’est au tour de la construction du pont qui enjambe le Loup aux moulins de Cipières, mieux connu sous le nom de pont de Bramafan. 
    En 1785, des réparations sont faites sur la route entre Vence et Tourrettes. Le ménager Jean-Pierre Matet de Vence est chargé de la réparation de toutes les routes du territoire vençois pour plusieurs années. L’entretien de celui de Tourrettes revient à 36 livres par an. Dans le  rolle, cahier des dépenses journalières, sont consignés le transport des pierres, de la chaux et du sable, et les journées d’hommes et de femmes. Le salaire d’un homme est alors de 7 à 12 sous par jour, celui d’une femme de 3 sous seulement. 

    Les chemins de viguerie ont de 16 à 20 pans de large, ce qui correspond à 5 mètres environ, pour les rouliers.

Sommaire

 

Tracé de la route de Vence à Grasse.

    La route de Grasse quitte Vence par le quartier de la Conque et se dirige vers la fontaine de la Foux. Puis elle plonge dans le vallon du Malvan. Dans la descente, la chapelle Notre-Dame du Bon Voyage est le dernier adieu de la ville adressé au voyageur. Le chemin continue sa course vers le fond du Malvan qu’il franchit sur un vieux pont de pierre. Ensuite la remontée vers Notre-Dame des Crottons s’avère difficile car la pente est raide. Au pied du prieuré des Crottons, nommé actuellement Notre-Dame des Fleurs, un petit oratoire salue le voyageur sur le dernier domaine vençois.  

    Là commence le territoire de Tourrettes. Après le petit pont du vallon Notre-Dame, qui fait la frontière entre Vence et Tourrettes, le chemin reprend sa montée en sous-bois ombragé et après plusieurs virages atteint le plateau de la Madeleine, avec sa chapelle et ses oratoires. La pente douce descend vers le village tourrettan. La « voie royale » enjambe le vallon du Cassan sur un pont romain. L’orientation de ce vieux pont fait penser que cette route devait venir de la Madeleine par les quartiers des Légoires et de la Plantade… La Bourgade accueille alors le nouvel arrivant avec sa chapelle Notre-Dame del Populo et mène au Plan, place centrale devant l’église Saint- Grégoire. Le Plan était au Moyen Age une vaste oliveraie où se réunissaient les édiles pour y tenir conseil, au pied des remparts de la cité. Pour faire ce trajet en calèche, il faut plus d’une heure au XVIII° siècle. De nos jours les routes goudronnées et tracées en ligne droite permettent aux automobilistes de le faire en dix minutes.     Autrefois, la notion du temps était différente: quand on partait en voyage, il fallait savoir prendre son temps. 

    Le 11 Août 1730, Madeleine Sophie de Simiane, Marquise de Vence et arrière petite fille de la Marquise de Sévigné, rend visite à sa parente à Bar-sur-Loup. Elle fait halte chez son cousin Joseph César de Tourrettes dont la femme Elisabeth ne peut avoir d’enfant. Les chemins sont très mauvais, défoncés par les charrois et les intempéries. D’ailleurs, seul l’évêque a un carrosse dont il ne peut se servir qu’après avoir fait réparer les routes... Dans une lettre qu’elle écrit à sa mère, Madame de Simiane, elle raconte son aventure en plein mois d’août:
    « Je partis donc, Madame, jeudi passé à 6 heures pour aller coucher à Tourrette. L’évêque de Vence était avec nous. Nous arrivâmes à 7h30. On joua à quadrille, on soupa, on se coucha et il ne se passa rien de remarquable. Le lendemain à la même heure le soir, nous montâmes à cheval pour aller au Bar. Si on pouvait vous dépeindre les chemins, ce serait un  plaisir. Mais je suis votre servante, je ne suis pas faite pour vous dire de si vilaines choses ». 

     Au siècle suivant, A.L. Millin fait le trajet entre Vence et Grasse, il écrit:
    «  A  peine a-t-on quitté Vence que le chemin devient impraticable; il faut sans cesse monter et descendre: la route a été taillée avec des degrés comme ceux d’un escalier… »
    En outre, il avoue qu’il faut une journée entière pour aller de Nice à Grasse par Cagnes et Vence. 

    Continuons le voyage avec la Marquise de Vence: le lendemain, la noble dame part du Plan par la voie royale qui passe devant la chapelle Saint-Jean et après le vallon de Pascaressa escalade les rochers plats qui dessinent la croupe de l’Hermas, en face du village. La route continue à travers champs d’oliviers et de labours dominant toute la Côte dans un vaste panorama. Elle traverse le vallon de Pié-Lombard et plonge dans les restanques des Valettes en un tracé charmant mais tortueux, en suivant chaque pli de terrain, en s’appliquant à contourner chaque bosse, minutieusement, sans lésiner sur les efforts, dans un mouvement de montagnes russes, éreintant pour les dos qui ne connaissent pas encore les pneumatiques aux roues de leur attelage. Là, les sabots des chevaux martelant le sol, les roues cerclées de fer ne ratent aucune pierre du chemin et rajoutent à la fatigue du trajet… Mais la marquise est à cheval.

     Lorsque les voyageurs arrivent devant le gracieux château des Valettes, proche de la chapelle Saint-Pierre, et maison de campagne des Comtes du Bar, la descente est presque finie: il ne reste que deux virages pour atteindre près du vieux moulin le petit pont médiéval qui enjambe le Loup. Là commence le territoire du Bar, près de sa chapelle Saint-Jean. Mais nos amis ne sont pas encore arrivés. Il leur reste la remontée du vallon de l’Escure, le raccourci en provençal, qui les mène au pied des remparts du Bar. 

    La suite ne manque pas de piquant et mérite qu’on la raconte:
    « Tout ce que vous en saurez, Madame, c’est qu’une heure avant d’arriver au château on commence à compter les escaliers qui, bien comptés par moi, font justement le nombre de 302.
    Quand j’eus donc tout monté j’arrive dans une cour où se trouvent Mme la Marquise de Grasse, Madame la Comtesse du Bar sa belle-fille, M. le Comte que vous connaissez, son fils, et leur nièce.
    On tombe de son cheval, on se prosterne et on fait fort civilement quatre révérences à chacun.
    Après quoi on demande des nouvelles de Mme la Comtesse du Bar, la belle-mère. On nous dit qu’elle s’est cassé la jambe.
    D’abord la tristesse s’empare de ceux qui entendent une si triste nouvelle, et de ceux qui la disent...
    On entre par une salle de plain-pied car, Madame, les escaliers qu’on a montés sont dans le chemin.
    Cette salle a 200 ou 300 pieds de circonférence. Deux chandelles l’éclairent lugubrement dans le fond et entre les deux chandelles on trouve Mme du Bar la belle-mère qui fait avec les mains toutes les politesses qu’on peut souhaiter.
    Je m’assieds auprès d’elle sur une chaise de même date que la tapisserie qui lui fut donnée par un de ses ancêtres il y a cinq cents ans et dont elle a refusé 20.000 écus ». 

    Il est vrai que cette tapisserie, provenant de Bergame et représentant les travaux d’Hercule, avait été acquise en 1573 par Claude de Grasse, à Taulane, marchand pour 112 écus. Elle avait « 28 aulnes sur 13 », soit 33mètres sur 15, et était souvent citée dans les testaments de la famille pour gager dots, legs ou dettes. Une véritable antiquité!...La marquise poursuit:
    «  Je me crus au moins assise jusqu’à souper. Point du tout. Un moment après il arriva les deux dames que j’avais laissées dans la cour, accompagnées de quatre demoiselles de famille.
Autres quatre révérences à chacune. Comptez s’il vous plaît combien cela fait et vous verrez que je ne me reposai pas longtemps.
    Quand tout cela fut fini on soupa en maigre très bien et avec beaucoup de politesse et de cérémonies.
    Après souper je demandai bien humblement de m’aller coucher.
    On me mena, Madame, dans une chambre tout de suite un peu plus grande que la salle et semée partout de roses et de jasmins. Le coeur me manqua mais ce n’est rien que cela. Je crus que j’allais sortir de là et que c’était encore une salle: j’allai me fourrer dans la cheminée croyant que ce fût ma chambre. On se moqua un peu de moi et on me tira de cette terrible cheminée.
    Je me laissai donc conduire, voyant bien que je n’y entendais rien, et après un quart d’heure de chemin je me trouvai auprès de mon lit, où, avec une chaise, je montai dessus et m’endormis.
    Le lendemain  ce fut la même chose et le soir à la même heure  je redescendis mes escaliers et m’en revins où je suis.
    Voilà, Madame, mon voyage, mais comme c’est chez des personnes parentes de toute la famille et même amies, je vous demande le secret, mais bien sérieusement, ma chère maman ».
 

    Vers Grasse, le chemin continue sa montée vers le col de Pré du Lac, immense pré où s’accumulent les eaux de pluie: tantôt pré, tantôt lac, l’endroit était alors désert. De nos jours, un immense parc à voitures, entouré de magasins a poussé sur les champignons et les primevères. C’est la rançon du progrès...
    Une fois le col passé, le chemin monte encore un peu avant de plonger avec audace vers le village de Magagnosc où la très belle basilique rougit au soleil comme une jeune épousée...
    Oui, autrefois les chemins étaient difficiles et longs; il ne fallait pas être pressés. Seuls les porteurs de messages éperonnaient leurs chevaux mais devaient changer de montures à l’étape.

Sommaire

 

Le chemin des évêques.


    On nomme ainsi le chemin qui conduit de Tourrettes à Coursegoules car c’est le tracé obligatoire qu’utilisent les évêques en visite pastorale dans les différentes paroisses de leur évêché.
Ces prélats ne peuvent se rendre dans cette direction qu’à cheval car le chemin  quitte la voie royale au niveau du pilon  de Saint-Claude, il n’est plus qu’un chemin muletier. Il escalade la montagne par le quartier Saint-Martin et continue à travers taillis et épineux vers le domaine de Courmettes qu’il atteint après une heure de montée pénible.

    Sur le plateau de Courmettes, la voie s’élargit et prend la direction de la vallée du Loup qu’elle remonte en altitude en contournant le pic de Courmettes. Elle passe un épaulement et descend vers les terres en terrasse suspendues au-dessus des gorges. Avant de plonger en contrebas, une borie se dresse sur la crête, au pied d’un chêne vert. Une minuscule entrée donne accès à une chambre circulaire, très petite car un homme n’y peut dormir que la tête sur ses genoux. Cette borie a un dôme peu accentué et est entourée d’un enclos de pierres et de rochers, abri du troupeau. La voie empierrée continue sa route vers les étangs marneux qu’elle évite en se serrant contre la falaise.
 
    A la bifurcation qui rejoint l’ancien village de Courmes, se dressait le “chêne de Madame”, halte préférée de la Comtesse du lieu lors de ses promenades à cheval. Surtout ne le cherchez pas car il s’est effondré dans les années 1970. Pourtant la curiosité m’a poussée dans les ronces et j’ai retrouvé l’ancêtre gisant, les membres brisés, dans le fouillis des épineux. Madame peut dormir tranquille, le chêne même terrassé est toujours là...

    Mais au XVIII° siècle, le voyageur qui se rend à Coursegoules n’est pas encore arrivé. Il doit continuer le chemin dont les bornes kilométriques indiquent encore aujourd’hui la distance à parcourir avant Coursegoules: 20 Kms, 19 Kms... la série s’égrène comme un chapelet dont le voyageur a intérêt à se munir pour se protéger des mauvaises rencontres: hommes en maraude, soldats déserteurs, détrousseurs de grands chemins, sans parler des bêtes sauvages affamées, loups, chiens errants, sangliers surpris avec leurs petits… A tous ces dangers s’ajoute parfois celui du temps, lorsque menace l’orage ou que s’abat la pluie torrentielle. Un évêque en fit les frais et dut s’abriter dans une grange pour y passer la nuit...
     Il lui faut encore traverser le plateau de Saint- Barnabé, poursuivre par-delà les collines de Pey Subert le chemin des processions utilisé par les pénitents aux fêtes de la Saint-Barnabé. Alors, au dernier virage se révèle dans un rayon de soleil le village de Coursegoules lové au pied du Mont Viriou. La haute plaine de la Cagne accueille, près de sa source, le voyageur d’un sourire rassurant...

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Bibliographie