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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Eglise

Les Lieux sacrés

Localisation des lieux sacrés

L'église

Généralités
A l’ombre du clocher
Historique
Visite de l’église actuelle
Le chœur
La nef
Les chapelles latérales
Visite du clocher
Les pierres de réemploi

Chapitre suivant: Le cimetière, les chapelles et oratoires

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Généralités

« Tout territoire est sacré car susceptible d’être protégé par des forces divines ».

    Harassés par le labeur quotidien, écrasés par les taxes et impôts en tout genre, malmenés par les aléas du temps qui détruisait les récoltes d’une façon soudaine, les pauvres gens s’en remettaient aux grâces divines. Leurs prières étaient ferventes et variées. Conscients de leur misère intellectuelle, de leur pauvreté matérielle et de leurs faiblesses humaines, ils se mettaient sous la protection du ciel et de ses saints capables d’intercéder pour eux et de les aider.
    C’est ainsi qu’existait, dans chaque commune, un espace sacré constitué d’un « monde du dedans » et d’un « monde du dehors », selon l’expression de Marie-Hélène Froeschlé.
    Le « monde du dedans », c’était l’église construite au village, proche des habitations, où se célébraient les offices et les prières, tout au long de l’année. Jadis la foi était grande et aidait à vivre le quotidien. Le clergé était puissant et imposait une religion stricte à la pratique obligatoire. Dans cette église se déroulèrent des cultes particuliers et variés selon les époques et les modes…
    Le « monde du dehors », c’était les chapelles éparpillées sur le territoire, dédiées la plupart du temps aux saints protecteurs et antipesteux. Leur rôle était de constituer un « cercle de défense » sacré, sous la protection de saints thérapeutes choisis pour leur exemple ou leurs bienfaits. Ces chapelles étaient construites à l’entrée et à la sortie du terroir, près des routes qui menaient au village.
    Il existait un cercle de protection éloigné dont le rôle était d’arrêter les premières attaques des épidémies  et des grands fléaux : ce sont les chapelles tourrettanes de sainte Madeleine, vers Vence, et de saint Pierre, vers le village voisin de Bar sur Loup.  De même,  un cercle de protection proche était constitué des chapelles de saint Jean et de Notre Dame del Populo, aux portes de la cité.
    La chapelle saint Antoine, construite sur des terres agricoles, était considérée plus particulièrement pour la protection des ouvriers travaillant aux champs. Le site de saint  Arnoux, dans les gorges du Loup, était surtout un lieu de pèlerinage.

A l’ombre du clocher.

« Toute église a une âme… même celle qui est désaffectée garde trace de son ancien culte »

    (Mgr. Jacques Perrier – Visiter une église)

     L’église de Tourrettes se trouve sur la place du village actuel. Son orientation Est-Ouest est traditionnelle des églises catholiques, au chœur situé vers le Levant, vers Jérusalem la cité sainte de la Résurrection. 
    Autrefois, le voyageur venant de Vence arrivait par la rue de la Bourgade, ancienne « voie royale ». Il pouvait apercevoir, depuis les moulins du Cassan, le village bâti sur son rocher, à l’à-pic de la falaise et dominé par le château fortifié du seigneur du lieu. Le clocher de l’église, plus modeste que la tour du château, semblait accepter la domination seigneuriale locale.
    Si l’église est au centre du village de nos jours, elle se trouvait autrefois « extra muros » de la cité fortifiée.
    L’histoire de cette église se lit sur ses murs. 

    Le mur Sud est le seul vestige de l’ancienne église. Il montre le style roman de ce premier édifice: les pierres taillées, rectangulaires ou carrées, forment des rangées d’égale hauteur horizontalement. Elles s’appuient sur les pierres inférieures en les chevauchant par le milieu sur les joints, ce qui permet une meilleure stabilisation, construction caractéristique de l’art roman.


Cadran solaire

    Les deux fenêtres actuellement bouchées, sont petites et étroites, en plein cintre et haut perchées. Elles sont ébrasées vers l’extérieur.

   L’ancienne porte, murée, en plein cintre également, est de dimensions modestes. Au-dessus de cette porte, un rang de pierres en saillie, taillées en biseau, forme un larmier qui permettait d’éviter le ruissellement des eaux de pluie sur le mur. Au-dessous du larmier, deux corbeaux,  consoles creusées sur leur face supérieure, devaient porter un vélum enroulé, protégé par le larmier. Ce vélum pouvait être déroulé les jours de fête en un auvent de toile soutenu par deux hallebardes appuyées au  sol.
    Une partie de ce mur fut avalée par la construction d’une chapelle latérale. Au début du XX° siècle, fut apposé en haut de cette façade Sud un cadran solaire annonçant : « Ce n’est pas aux cadrans humains que sonne l’heure de la Justice. »

 

Sommaire

Historique.

 


Autel romain dédié à Mercure

Essayons de reconstituer l’histoire de l’église.

Dans la période antique, les autochtones mêlaient sacré et profane. Les bois étaient sacrés, la nature était leur temple. Leurs dieux les protégeaient, ils avaient leurs rites particuliers.

On a trouvé un autel romain dédié au   dieu Mercure. Il devait se trouver ailleurs, près d’une route, ou sous un abri, dans un temple. Il n’y avait pas encore de village, sinon un éventuel camp celto ligure, sur  chacune des deux falaises qui se font face de part et d’autre du vallon du Cassan. Un de ces deux camps avaient peut-être été reconstruit ou fortifié à la façon romaine. Ou éventuellement, un ou plusieurs domaines agricoles, les « villae » romaines, s’étaient-elles étendues sur le grand territoire de Tourrettes ?

    Au moment des invasions wisigothes du V° siècle, Véran était évêque de Vence. Il a fait construire des chapelles dans les grands domaines et des églises « hors les murs » dans les bourgades, premières paroisses rurales. Il ne semble pas y avoir eu un  lieu de culte au cœur du village groupé sur le rocher. Le seul emplacement possible pour l’édification d’une église était à la sortie du village, au « Plan » (grande place actuelle), cité dans les écrits du XI° siècle comme étant une « oliveraie ». C’est donc là que fut construite la première église du village. 

    Des pierres en réemploi, dans le mur Sud de l’église actuelle, sont sculptées de symboles chrétiens des premiers temps : le poisson, la colombe, des dessins géométriques en forme d’arêtes de poisson ou de labyrinthe… D’autres pierres sculptées, comme celle aux olives dressées, appelées « olivulae », sont réutilisées dans les murs du village, plus précisément au Courtil, près de l’ancien four communal. Ces pierres pourraient provenir de sépultures mérovingiennes, d’un ornement d’autel ou d’un monument chrétien entre les V° et  XI° siècles. 

    L’invasion des Lombards au VI° siècle ruina Vence et peut-être ses alentours. Plus tard, ce sera le fait des Sarrasins. 

    Il est probable que l’église fut alors reconstruite au XII° siècle : c’est le moment où apparaît l’art roman en Europe. Il est caractérisé par la voûte en plein cintre. L’église avait alors une seule nef dont la longueur nous est donnée actuellement par le mur vestige au Sud. Des fenêtres étroites et haut perchées étaient ébrasées vers l’extérieur, pour mieux canaliser la lumière. Ces petites ouvertures protégeaient de la chaleur de l’été et de la froidure de l’hiver. La porte basse et en plein cintre donnait au midi sur le cimetière qui devait être clos. Devant cette porte, une nette démarcation en pierres bien alignées, tracée sur le sol du Scourédoun, délimitait l’ancien seuil, encore visible avant les derniers travaux. Le clocher adjacent à la nef  était une tour de guet dont la porte, actuellement murée, s’ouvrait sur le cimetière. La tour devait être coiffée d’un toit à pente unique vers le midi, pour l’écoulement de l’eau de pluie. Le clocher n’était guère plus élevé que le toit de l’édifice. Les tours de guet étaient bâties au X° siècle, pour faire face à la menace des « razzias » sarrasines. Non seulement elles servaient d’observatoire, avec des feux allumés au sommet pour signaler le danger, mais encore elles permettaient d’abriter dans leurs murs la population menacée. Ce fut le rôle des donjons, au XIII° siècle, accolés aux châteaux seigneuriaux… 

    L’abside romane était en arc de cercle, coiffé d’un cul-de-four. De nos jours, le départ de cette ancienne abside se remarque derrière le clocher, à l’extérieur, dans son angle Sud-Est. 


Reconstitution de l’église primitive

 

    Au XVI° siècle, l’augmentation de la population nécessitait l’agrandissement de l’église. Le style roman fut abandonné. Depuis le XIII° siècle, l’art gothique avait fait son chemin dans le Nord de la France, sans parvenir à atteindre la Provence orientale. Toutefois, les arcs en plein cintre devinrent des arcs brisés donnant plus de hauteur à l’édifice. La voûte d’arête était préférée à la voûte en berceau. Chaque arête pouvait être renforcée par un « boudin » s’appuyant sur une console d’angle de chaque côté d’un pilastre contre le mur latéral. Ainsi les murs recevaient moins les fortes poussées des arcs en plein cintre, ce qui  permettait l’ouverture plus grande des fenêtres, pour laisser passer la lumière. Le mur Sud fut rehaussé. La nef donnait une plus grande impression d’espace. La porte fut déplacée sur la façade Ouest et s’ouvrit sur la belle oliveraie. 

    De nos jours, l’encadrement de cette porte, en arc légèrement surbaissé, est constitué de belles pierres taillées et sculptées d’une triple moulure. La pierre de claveau du centre porte la date de 1551. 

    Les visites pastorales des évêques nous font connaître l’état des églises et nous les décrivent à chaque époque.

 

Différents plans de l’église de Tourrettes au cours des siècles. (Selon M.H. Froeschlé-Chopart


 1603  1699 1906
1. Autel St Antoine 1. Autel Ste Anne 1. Autel Ste Anne
2. Autel St Jean 2. Autel St Joseph 2. Autel St Joseph
3. Maître autel 3. Maître autel 3. Autel des Ames du Purgatoire
4. Autel St Pierre 4. Autel du Rosaire 4. Maître autel
  5. Autel St Antoine 5. Autel du Sacré Cœur
     6. Autel du Rosaire
     7. Autel de St Antoine

    

    En 1603, il y avait quatre autels dans l’église de Tourrettes. Le maître-autel dans le chœur était surmonté d’un grand tableau représentant Saint Grégoire le Grand, titulaire de l’église, assis sur le trône de Saint Pierre. 
    De part et d’autre de la nef, les autels de Saint Pierre à droite, et de Saint Jean à gauche, rappelaient les chapelles  réparties sur le territoire et dédiées aux saints de l’Ecriture, les compagnons du Christ. Il en était de même pour l’autel de Saint Antoine situé au fond de la nef, à gauche de la porte d’entrée. Ces chapelles rurales devaient donc être déjà construites, à cette époque.
    De nos jours, les chapelles Saint Jean et Saint Antoine existent toujours, celle de Saint Pierre a disparu soit au Moyen Age avec la désertion de l’habitat dispersé qu’elle desservait, soit à la Révolution. 

    La visite pastorale de 1699 décrit l’église avec des transformations importantes. L’autel de Saint Pierre a été remplacé par celui de Saint Antoine, surmonté d’un triptyque longtemps attribué à l’école de Bréa. Saint Jean à son tour fut détrôné par Saint Etienne (1661), puis par Sainte Anne. Un tableau au-dessus de cet autel rappelait ces trois personnages titulaires successifs. En haut de la nef, près du chœur, deux chapelles latérales furent construites, donnant à l’église la forme d’une croix latine : ce sont les chapelles du Rosaire à droite en 1645, et celle de Saint Joseph à gauche, en 1648, selon les pierres gravées scellées dans les murs extérieurs.
    En 1906, deux autres autels supplémentaires étaient situés dans les chapelles latérales : l’autel du Sacré Cœur dans la chapelle du Rosaire, et celui du Purgatoire dans la chapelle de Saint Joseph. 

    C’est en 1861 que l’abside fut transformée et agrandie. L’abside romane était devenue trop petite pour cette église plusieurs fois remaniée. A l’extérieur, elle prit la forme d’un pentagone percé d’un fenestron qui donnait derrière l’autel. A l’intérieur, le chœur fut couvert d’une voûte octopartite en voûte d’ogive : huit arcs en plein cintre se terminent par une clé de voûte ronde. Chacun de ces arcs formant boudin repose sur une console de la même façon que les arcs de la voûte d’arête de la nef.


Intérieur de l’église au début du XX° siècle.

    D’après une carte postale ancienne, on peut constater que l’église était obscure et encombrée. Par beau temps, le soleil étalait les couleurs des vitraux sur le vieux dallage usé. Mais la nef était sombre et même sinistre quand le ciel se couvrait. Les quelques lueurs tremblotantes des chandelles, allumées au pied des statues, ajoutaient à l’angoisse du silence, dès qu’on pénétrait dans ce lieu sacré. La voûte noircie par les années et l’humidité, accentuaient cette impression d’écrasement de la créature dans la maison de son Créateur. Seul un grand lustre à pendeloques en verre et à bougies (remplacées plus tard par des ampoules électriques) pendait du plafond et éclairait chichement les fidèles rassemblés pour les offices, devant un maître-autel largement illuminé par les cierges.

    Autrefois, le bon peuple aimait retrouver ses repères dans cette maison sainte où les messes étaient obligatoires, sous peine de promesse d’enfer. Les murs étaient surchargés de statues de saints, chacun voulant la meilleure place. On y trouvait Jeanne d’Arc, la petite sainte salvatrice des manuels d’Histoire de France, sainte Anne enseignant la jeune Vierge Marie, le brave curé d’Ars et sa soutane, que le diable avait torturé sa vie durant. La petite Thérèse de Lisieux, les bras chargés de roses dont elle fit une pluie à sa mort, est inlassablement la préférée des gens simples, puisqu’elle avait promis de « passer son ciel à faire du bien sur la Terre ». Saint Antoine de Padoue est toujours celui qui aide les étourdis à retrouver les objets perdus. Lentement au cours des siècles, mais patiemment, il a pris la place de l’autre saint Antoine, celui du désert, l’ermite au cochon, l’ancêtre dont le buste doré a trouvé une noble place dans une niche du chœur, à gauche derrière l’autel. Un pape doré, avec tiare et crosse, resplendissait sur sa console : c’est Grégoire le Grand, le saint patron de cette église… Une statue de l’Enfant Jésus a totalement disparu de l’église, peut-être volée comme le Jésus en cire de la crèche, poupon grandeur nature.
    A l’angle de la chapelle saint Joseph, une belle chaire en bois sombre était accrochée au mur, à gauche de la nef. De cette place élevée, au-dessus de l’assistance, le prédicateur pouvait se faire entendre de ses ouailles, au temps où la sonorisation n’existait pas. Depuis, cette chaire a perdu sa couronne et a été posée sur le dallage noir et blanc du chœur.
    Les anciens autels étaient toujours là, recouverts de nappes bordées de dentelles ou brodées à la main, surmontés de retables plus ou moins défraîchis, de statuettes, de vases de fleurs, et de chandeliers. Ceux de saint Antoine et de sainte Anne se faisaient face. Ils occupaient les bas-côtés de la nef et les encombraient. Vers les années soixante-dix, ils ont été réduits à leur plus simple expression : ne reste d’eux que leur dossier surmonté de leur retable correspondant.
    Dans le chœur, le maître-autel imposant était couvert d’un dais doré protégeant une statue de la Vierge. Contre le mur du fond, une immense tenture sombre était décorée de fanions accrochés à la voûte.
 

Sommaire

Visite de l’église actuelle.

    Notre époque a imposé son goût de clarté et de simplification en repeignant les murs et les voûtes en blanc et en supprimant nombre d’ex-voto, de tableaux et de statuettes sans grande valeur que les siècles avaient entassés. Les plus belles œuvres sont ainsi mises en valeur. Dès l’entrée, l’église donne une impression d’espace bien distribué. 

    Le chœur, agrandi au XIX° siècle, est éclairé par deux grandes fenêtres placées en hauteur et un fenestron ouvert. Le long de cette abside à huit pans, s’alignent des stalles en bois rustiques mais d’un travail soigné. Elles entourent le maître-autel en marbre rose du XVIII° siècle. Au-dessus de l’autel, un beau crucifix du XVIII° siècle était autrefois accroché sur le mur, en face de la chaire. Aujourd’hui, il domine une statue de la Vierge Marie, imposante par sa taille, posée sur la partie haute de l’autel. Elle porte l’Enfant Jésus sur son bras gauche et le présente à l’assistance. Sa robe de couleur bois de rose rappelle sa condition humaine, son manteau de couleur bleu nuit est parsemé de fleurs dorées, roses mystiques, comme elle est invoquée dans les anciennes litanies.
 Ce manteau symbolise le ciel descendu sur ses épaules pour la protéger dans sa mission éternelle de Mère du Christ et Mère de l’Humanité…

     Depuis Vatican II, l’autel a été dédoublé: la partie avant a été placée au centre du chœur afin de pouvoir célébrer les offices face à l’assemblée des fidèles. La chaire en bois du XVIII°, où se font actuellement les lectures des Epîtres et de l’Evangile, est posée sur le sol dallé noir et blanc (symbolisant la complémentarité des deux principes contraires : la nuit, le jour – le positif, le négatif – le bien, le mal – le ciel, la terre…). Elle est surmontée d’un ange apocalyptique annonçant la Bonne Nouvelle avec son  olifant.
    Derrière l’autel est scellé l’autel païen, pierre gravée par deux frères légionnaires romains, Rufinus et Nicephore Coelius,  de passage en ce lieu, au III° siècle de notre ère, et relatant le vœu fait par leur père…au dieu Mercure. 

    Au-dessus des stalles, des niches abritent des reliquaires : le buste doré du XVI° siècle de saint Antoine l’Ermite, le buste vétuste en bois dédoré du XVIII° de saint Grégoire le Grand  à gauche, puis les reliquaires de saint Fauste du XV° et de saint Louis de Gonzague du XVII° à droite. Ces reliques étaient alors données aux églises méritantes, celles qui avaient beaucoup de baptêmes, de messes qui amenaient  de l’argent : sorte de bons points de bonne conduite… Elles étaient vénérées par les fidèles qui réclamaient leur intercession.
    Le buste de saint Grégoire fut donné à la paroisse par le seigneur de Villeneuve-Tourrettes par acte notarié du 10 mars 1755. Il se trouvait auparavant dans la chapelle privée du château du seigneur. Il fut dédoré à la Révolution.
    Saint Louis de Gonzague était le fils aîné d’un noble de Mantoue au XVI° siècle. Il fut élevé à la façon de la noblesse de l’époque : apprendre à tuer et avoir des amis dans les cours étrangères. Il séjournait chez les Médicis à Parme, Turin et Florence, et à Madrid chez le roi d’Espagne. Sa vie était toute tracée. Mais les Gonzague vivaient en tyrans, dans la débauche, noyaient les révoltes de leurs sujets dans le sang, assassinaient leurs ennemis et étaient eux-mêmes assassinés. Devenu adolescent, Louis fit vœu de pénitence. Il abdiqua ses droits à dix-sept ans, en faveur de son frère et entra en religion. Il avait choisi l’Ordre des Jésuites afin de s’éloigner des honneurs et ne pas devenir prélat. Il désirait être envoyé en mission en pays lointains. Trois ans après son ordination, il mourait de la peste en soignant les malades. Bel exemple d’abnégation et de dévouement, Louis de Gonzague nous rappelle François d’Assise qui avait abandonné la richesse pour la pauvreté.
    Il y  eut plusieurs saints Fauste qui furent des évêques, mais celui de Tourrettes n’est pas coiffé de la mitre, il est vêtu à la romaine et porte la couronne de laurier des martyrs. Selon le martyrologe chrétien, saint Fauste, saint Macaire et d’autres chrétiens furent décapités à Alexandrie, durant les persécutions de Decius, au III° siècle.
    Depuis quelques années, une nouvelle venue a pris place dans la dernière niche : c’est sainte Gertrude, venue du Nord et offerte par une âme pieuse. A part la Vierge Marie, aucune femme n’avait encore trouvé place dans le chœur, c’est chose faite ! Sainte Gertrude fut une grande sainte saxonne du XIII° siècle. Elle fut recueillie à l’âge de cinq ans par les moniales de l’abbaye d’Helfta en Saxe, elle y passa toute sa vie, emplie de visions, d’extases, de communications célestes, de grandes souffrances et de joies parfaites. Elle a laissé de nombreux ouvrages religieux où sont mêlées prières, méditations sur la nature, l’amour, la mort, les croyances chrétiennes et la vie monastique. Elle est un des plus grands noms de la littérature mystique. 

    A droite dans le choeur, la belle boiserie sombre est du XV° siècle. Elle a sept panneaux qui relatent la vie de la Vierge et l’enfance du Christ. Ce retable se trouvait autrefois dans la chapelle Notre Dame del Populo, située dans la rue de la Bourgade, chapelle qui appartenait au seigneur du lieu. Ce joyau a été très abîmé par une tentative de vol au début du XXI° siècle. Le voleur a scié plusieurs panneaux qu’il a dérobés. Cette boiserie est surmontée d’une représentation du Père Eternel bénissant le monde ; il est entouré de deux angelots en bois sombre, eux aussi disparus dans le cambriolage.
    Une table de communion ferme l’accès au chœur. Elle est décorée d’une belle ferronnerie du XVIII° siècle.

 


Triptyque de Saint Antoine

    La nef, dès l’entrée, donne une impression d’espace. Il existait autrefois une hiérarchie à l’intérieur de l’église, concernant la disposition des autels et des statues : le côté de l’Evangile à gauche et celui de l’Epître à droite. Au XVI° siècle, la Vierge Marie et les Evangélistes étaient placés du côté de l’Evangile, côté noble de la nef. Ils passaient avant les saints des premiers jours et les saints protecteurs. Les saints antipesteux, comme Saint Antoine, étaient dépassés par les cultes de la Vierge et de Sainte Anne. Au sommet de cette hiérarchie se trouvait le maître-autel. Mais cette distinction n’a plus cours de nos jours, il n’y a plus de préséance de culte. (Selon M.H. Froeschlé-Chopard)

   L’autel de saint Antoine le Grand, à gauche, est réduit à son dossier. Il est surmonté par le triptyque longtemps attribué à l’école de Bréa du XV°. Le village en a été très fier, jusqu ‘au jour où sa restauration nous a appris que c’était un tableau tardif, en très mauvais état, peint sur bois à la façon du XVI° siècle. Le personnage central, saint Antoine l’Ermite, est entouré de deux saints protecteurs : à gauche, un évêque avec mitre et crosse, c’est saint Claude, évêque de Besançon ; à droite, un jeune homme vêtu d’un manteau rouge tient à la main droite la palme du martyre, c’est saint Pancrace. Ces trois personnages sont séparés par des colonnettes qui délimitent trois espaces formant chapelles. En haut et au centre apparaît Dieu le Père tenant la sphère terrestre dans sa main gauche. Tout en haut, un médaillon présente le saint ermite avec son cochon…

    La présence de saint Claude rappelle l’oratoire du chemin de l’Hermas. Dans la croyance populaire, saint Claude protégeait les infirmes et les « stropiats », fortifiait les « mal venus ». Il ressuscitait aussi les enfants morts sans baptême pour les arracher à l’éternité des limbes. D’ailleurs claudius en latin signifie celui qui claudique, le boiteux. 

    Quant à saint Pancrace, il était un jeune orphelin romain confié à l’un de ses oncles, Denis, chrétien sous l’empereur Valérien. Le jeune homme fut arrêté, il refusa de sacrifier aux idoles et eut la tête tranchée, en 348, sous l’empereur Dioclétien.

    C’est en 1544, au mois de mai, après des pluies diluviennes sur la Provence, que le chapitre de Vence fit le vœu de célébrer la fête de  saint Pancrace, si les récoltes étaient épargnées. Cette fête fut donc rendue obligatoire dans tout le diocèse. Le chapitre envoya Hugolin de Grimaldi à Rome, auprès du pape Paul IV, afin de recevoir les bulles d’indulgence et les reliques. Celles-ci arrivèrent à Vence le 23 décembre 1545. Ceci explique peut-être la présence de ce saint dans notre église. (d’après Daillez)

*****

    Depuis quelques temps, des modifications sont intervenues dans l’église, remisant saint Antoine de Padoue qui se tenait près de l’autel de son homonyme. Il tenait dans ses bras un enfant qu’il aurait ressuscité, selon la légende dorée. C’était un homme très érudit, qui parlait toutes les langues, dit-on. Il était né à Lisbonne à la fin du XII° siècle dans une famille de la petite bourgeoisie. Un de ses oncles, chanoine, avait remarqué sa mémoire prodigieuse, son ardeur au travail et sa vie intérieure intense. Le jeune homme fit ses études à l’école cathédrale de Lisbonne et  devint chanoine régulier de sa paroisse. Il voulait vivre en ermite dans une grotte, mais ses talents oratoires et sa science théologique en firent un prédicateur très demandé. Reconnu par saint François d’Assise, il prêcha en pays lombard où il combattit les cathares avec son érudition, en France et à Padoue où il mourut à 36 ans. A Montpellier, il multiplia les miracles : bilocation, recouvrement d’objets volés, comme son précieux manuscrit emporté par un frère indélicat…ce qui fera de lui l’intercesseur pour retrouver les objets perdus. Il fut nommé responsable de plusieurs couvents à Limoges et accumula les miracles à Brive où un hôte, qui le surveillait, le vit portant l’Enfant Jésus dans ses bras. Toutes les statues du saint le montre ainsi depuis des siècles…

    Non loin de là, en remontant la nef, se trouve le reliquaire de saint Grégoire le Grand, le saint patron de l’église de Tourrettes. Ce pape du VI° siècle, né à Rome, avait renoncé au monde et consacré sa fortune à fonder des monastères et des écoles. Devenu pape malgré lui, car il rêvait d’évangéliser l’Angleterre, il utilisa ses talents d’administrateur et de diplomate pour remettre de l’ordre dans l’Eglise d’Occident et s’imposer comme un véritable souverain du Patrimoine de Saint Pierre en créant les Etats de l’Eglise. Il  réforma les chants d’Eglise, il est à l’origine du chant grégorien.
    Puis, on trouve une châsse en verre, récemment remisée pour restauration, qui contient les reliques de sainte Félicité : un crâne est posé sur un coussin et entouré de bijoux simples offerts par les fidèles exaucés dans leurs prières. Au temps de Marc-Aurèle, les chrétiens furent accusés d’être à l’origine de toutes sortes de calamités publiques : le Tibre inondait Rome, le Nil n’inondait pas les campagnes, la famine, la guerre, la peste… Tout était prétexte pour martyriser les chrétiens afin d’apaiser leurs dieux. Félicité avait sept fils qui furent arrêtés avec elle : ils s’appelaient Janvier, Félix, Philippe, Sylvain, Alexandre, Vital et Martial. Chacun de ses fils fut tué devant elle,  puis elle fut exécutée.

    Du côté gauche de la nef, l’autel de sainte Anne fait face à celui de saint Antoine. Son dossier est surmonté d’un retable du XVII°, encadrant un tableau de la sainte enseignant sa fille Marie. Sainte Anne, Saint Joachim et Sainte Marie symbolisent la Sainte Famille.
    Près de cet autel se trouve le reliquaire doré de saint Joseph, tenant l’Enfant Dieu par la main. 
    De l’autre côté de cet autel la statue dorée de la Vierge fait pendant à celle de saint Joseph et rappelle le culte de la Sainte Famille représentée par le retable. Elle tend les mains vers l’assistance, comme la Vierge de la Médaille Miraculeuse.

    En 1830, la Vierge apparaît à Paris, rue du Bac, à la religieuse Catherine Labouré, et lui confie le dessin d’une médaille permettant de « recevoir de grandes grâces ». La Sainte Vierge y est représentée debout sur un globe terrestre : elle est notre Mère du ciel mais aussi la Reine de la Terre et de tout l’Univers. Elle écrase sous son pied le serpent, symbole du mal. De ses mains sortent des rayons de lumière représentant les grâces qu’elle déverse sur le monde, telles des aides spirituelles pour bien mener sa vie, avec droiture et confiance.  

 


Dalle funéraire

    Le dallage de pierre de la nef est d’origine, usé par le temps et les semelles à clous des anciens tourrettans. On y trouve les dalles funéraires de sept personnages, sans doute les seigneurs de Tourrettes ou leur famille, et éventuels notables du lieu. Les blasons sculptés sont très effacés, ils ne permettent pas de savoir qui fut enseveli en ce lieu. Une dalle porte la date de 1622 et les initiales du défunt.

    Près de la porte d’entrée, un remarquable bénitier du XVIII° siècle est taillé dans la pierre calcaire des belles carrières de la Sine.
    Le long du mur, de chaque côté de la nef, se trouvent deux anciens confessionnaux en bois sombre, de facture simple mais belle. Ils sont surmontés d’une sculpture en bois représentant les clés de Saint Pierre. Ils rappellent le temps où il était obligatoire d’aller « à confesse », plusieurs fois par an, surtout avant les principales fêtes religieuses, afin de se mettre en règle avec sa conscience : « Faute avouée, à moitié pardonnée » disait-on en ce temps-là. Quelques prières de pénitence permettaient d’être totalement délivrés de ses péchés, avant de les recommencer et de s’en accuser à nouveau. Les braves gens obéissaient scrupuleusement à la règle, c’est ainsi que les pauvres curés, comme le curé d’Ars, passaient une partie de leur temps à écouter les paroissiens raconter leurs problèmes : ils étaient les psychanalystes de leur époque !

     La grotte de Lourdes a pris la place de l’ancien autel Saint Antoine, sous la tribune, dans l’angle Nord-Ouest. Une construction de rocailles abrite une statue de la Vierge aux pieds de laquelle Bernadette prie à genoux. Cette jeune bergère ne savait pas lire, elle ne parlait même pas français... C’est à une simple enfant de Lourdes que la Sainte Vierge apparut pour confier son message de prières et de pénitence... Elle nous incite à retrouver l’essentiel, en quittant la facilité de nos erreurs humaines qui nous éloignent du divin. A Lourdes, la Vierge a fait jaillir une source et invité les hommes à venir y boire et se laver. Depuis, des milliers de malades y viennent chaque année afin d’être « guéris » de leurs misères, physiques ou morales. Exaucés, ils s’en retournent transformés.

    Les chapelles latérales furent édifiées au XVII° siècle. Des pierres gravées scellées dans les murs extérieurs mentionnent les dates de 1645, pour la chapelle du Rosaire au Sud  et 1648 pour celle de Saint Joseph au Nord.
     Au cours du XVII° siècle sont construits de nouveaux autels qui transforment l’intérieur de l’église. Des dévotions nouvelles, introduites par la Contre-réforme vers 1550, ont proliféré : les cultes du Purgatoire, du Rosaire et de Saint Joseph se hissent aux premiers rangs. Ces nouveaux autels s’ajoutent aux anciens.

    Le culte  du Rosaire remonte au XVI° siècle. Dans la chapelle du Rosaire, l’autel est surmonté d’un beau retable doré du XVII° siècle, encadrant un grand tableau représentant la Vierge à l’Enfant donnant le chapelet à Saint Dominique et Sainte Catherine de Sienne. Les quinze petits panneaux qui entourent le sujet central relatent les quinze mystères du Rosaire ; ils servaient de catéchisme en images au peuple analphabète et s’adressaient directement aux âmes simples, leur permettant de ressentir intérieurement des forces nouvelles qui les ouvraient à des dimensions insoupçonnées. Le langage de l’image est mieux adapté au cœur et à l’esprit.

    L’autel du Sacré Cœur n’est érigé qu’au XIX° siècle, après la tourmente révolutionnaire. Le culte du Sacré Cœur fut instauré après les apparitions du Christ à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, en 1673. Elle vivait au couvent de la Visitation à Paray le Monial. Un tableau la représente à genoux devant le Seigneur, qui lui montre son cœur, symbole de son amour pour les hommes. Pourtant ce culte ne fut rendu officiel qu’après la bulle du pape Clément XIII, en 1765, soit soixante quinze ans après la mort de la sainte.

    Dans l’angle de cette chapelle et du chœur, une curieuse pierre est scellée dans le pilier. Appelée « gueule de lion sculptée » au XIII° siècle, elle fut récupérée sur le sol tourrettan, en 1960. C’est au fronton de la façade Ouest de l’église  qu’elle formait modillon  d’angle, sous la corniche rampante droite. Elle esquisse un visage humain au front duquel deux fentes laissent supposer l’emplacement de deux cornes. Peut-être provenait-elle d’un culte païen ?

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Statue de Marie Madeleine

    Arrêtons-nous quelques instants sur la statue de Marie Madeleine qui est imposante, presque grandeur nature. Son style sulpicien n’en fait pas une œuvre d’art, mais sa taille et sa réalité nous la rendent très proche. Sa présence ici nous évoque la chapelle rurale qui lui est dédiée. Elle est la patronne du village.
    La sainte est vêtue d’une robe claire, son manteau de pourpre rappelle son passé de « femme libérée ». La pourpre et l’écarlate symbolisaient la Babylone de l’Ancien Testament, ville des idolâtres et des débauchés, qui persécuta le peuple hébreu.  
    Elle tient dans ses bras une croix de bois sur laquelle elle repose sa tête aux longs cheveux. Cette croix est l’objet de son adoration, souvenir de la mort honteuse de l’Homme Dieu qu’elle a tant aimé.
    Pécheresse, elle l’était. Mais sa rencontre avec Jésus l’a transformée. Elle qui aimait les hommes dans sa chair, brûla d’amour pour cet Homme, intouchable, pur, divin. Pendant trois ans, elle l’a suivi sur les routes de Galilée et de Judée, elle s’est attachée à ses pas, subjuguée, éblouie, saisie par le lumineux visage. Elle, qui avait donné son corps, apprit à donner son cœur, car l’amour est don.
      Dieu est bien plus présent dans la détresse que dans la joie, car le manque crée la faille où Dieu peut se manifester. Celui qui est fort est éloigné de Dieu, il est forteresse imprenable aux amis comme aux ennemis. Celui qui est faible est accessible à tous.
    Les yeux rougis, perdue dans ses pensées, elle a renoncé aux plaisirs du monde. Marie Madeleine pleure. Ses pleurs arrosent les pieds du Bien-Aimé et la lavent de ses souillures. Elle se sait pardonnée et ne l’en aime que davantage, si c’est possible, non plus dans sa chair mais dans son cœur. Cet amour l’attire toujours plus haut, toujours plus haut vers les sphères célestes où il n’y a plus d’attirance charnelle, mais une infinie tendresse, un amour transfiguré, pureté et transparence acquises.
     Témoin de la vie exceptionnelle du Christ, de sa Passion et de sa Crucifixion, elle pleure son amour souffrant et mourant sous la haine des hommes, lui, l’Homme qui a semé l’Amour sur les routes de Palestine. Folie des hommes qui ne savent pas aimer.
    A ses pieds, le crâne rappelle Gethsémani, ce « pressoir à olives », ce Mont des Oliviers où Jésus passa sa dernière nuit d’homme en prières. Elle médite les heures du Golgotha, qui signifie « le Crâne ».

    Marie Madeleine est toujours représentée avec son flacon de parfum. Dans toutes les églises et chapelles du monde, cet attribut permet de la reconnaître. En Orient, l’onguent était précieux. L’or vert des oliviers était utilisé dans la cuisine et pour fabriquer des baumes. Des plantes aromatiques étaient mises à macérer dans l’huile d’olive : fleurs d’oranger, feuilles de laurier ou d’eucalyptus, pétales de roses, graines de coriandre ou de girofle entraient dans la composition des baumes qui servaient à enduire les corps et les visages. Produits de beauté ou onguents médicamenteux, ils étaient d’utilisation courante.

    « Tout est pur aux purs ». Jésus a aimé en Marie Madeleine cet amour jusqu’au bout de soi, cette tendresse à l’excès, ce don de soi total. Il l’a choisie comme témoin de sa Résurrection au matin de Pâques. Ce choix a fait d’elle l’Initiée, l’Apôtre des Apôtres. Si Jésus ressuscité se laisse toucher par Thomas l’incrédule, par le « Noli me tangere » (Ne me touche pas), il empêche de Marie Madeleine le contact, comme une dernière tentation : il est plus facile de résister à Satan au désert qu’aux larmes et caresses d’une femme éplorée, car « ce qui retient l’âme à ce monde, c’est la tendresse », affirme Jacqueline Kelen.

 

    Dans ses trente trois années passées à la Sainte Baume, Marie Madeleine n’a pas fait pénitence, elle était déjà pardonnée depuis longtemps. Ces longues années de silence et de ferveur, elle les a passées avec son Bien-Aimé, en extase, union accomplie dans la Présence de Celui qu’elle a aimé jusqu’à l’oubli de soi. Noble exemple de cet amour fidèle et pur pour le Christ, Marie Madeleine est pour les femmes et les jeunes filles de Provence en général et de Tourrettes en particulier, l’image de l’éternelle amoureuse pardonnée et sanctifiée…

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    La chapelle de Saint Joseph, au Nord,  fut construite trois ans après celle du Rosaire. L’autel principal est surmonté d’un beau retable doré du XVII° siècle relatant la mort de saint Joseph, patron de la « bonne mort ». Jésus est au centre, il indique le Père Eternel à son père nourricier. Marie est présente mais discrète, en retrait. Par sa « bonne mort », Joseph montrait la récompense d’une vie exemplaire. Le bout de la route sur terre se faisait en présence de la famille réunie dans un grand élan d’espérance. La mort était la hantise des gens du XVIII° siècle : ils s’empressaient de donner des legs en forme de « chapellenies », œuvres régies par les « chapelles »,  ou de fondations testamentaires de messes pour le repos de leur âme. Le prêtre confessait le mourant avant de lui administrer l’extrême-onction. Depuis l’époque carolingienne, ce « dernier sacrement » consistait en une onction d’huile sainte sur diverses parties du corps, dont le signe de crois sur les paumes des mains, onctions suivies de prières adaptées. Une veillée de prières était organisée pour accompagner l’âme du défunt. Le temps réglementaire de 48 heures n’était pas toujours respecté avant les funérailles et l’inhumation. Mais la « sépulture ecclésiastique » devait être méritée.

   L’Eglise écartait certaines personnes jugées indignes de l’inhumation en terre chrétienne : les infidèles, les hérétiques, les excommuniés, les pécheurs notoires, les criminels…Les cadavres étaient alors enterrés dans un terrain non béni, à l’extérieur du cimetière, en fosse commune. Car le cimetière était le lieu où les croyants reposaient en attente de la résurrection. Toutefois, l’Eglise devenait indulgente en cas de signe de repentance.

    « La vraie mort, ce n’est pas de mourir, c’est d’arrêter d’espérer. La vraie vie, c’est de continuer à vivre devant la mort. » 

(Jacques Ollès, dans le journal Azur Informations).

    L’autel du Purgatoire est curieusement placé, car invisible pour l’assistance. Avec le souci de symétrie caractéristique du XVII° siècle, il se trouvait placé comme l’autel du Sacré Cœur de la chapelle du Rosaire, de l’autre côté de la nef,  bien en vue des fidèles. Mais avec la mise en place du chauffage de l’église dans les années 1960, il a été déplacé. Ce fut un moindre mal puisque cette dévotion généralisée vers 1700, était tombée dans l’oubli. C’est en 1699 que cet autel fut érigé par Monseigneur Crillon, évêque de Vence. Monseigneur Bourchenu, son successeur, en parle lors d’une visite pastorale à Tourrettes, et le décrit en bonne place en haut de la nef. Il n’en reste que son dossier et son retable en bois décrépi. Un  tableau présente une Crucifixion. Au pied de la Croix, les âmes du Purgatoire en prières attendent leur délivrance. Cet autel des  Ames du Purgatoire remplaçait celui des autels de la Passion ou des Cinq Plaies. Une dévotion en chasse une autre… Le nom situé au bas du tableau est celui du donateur ; celui de l’artiste est au verso. Des symboles maçonniques sont reproduits sur le retable offert par une famille de notables.

 


Cuve baptismale de 1700.

    La cuve baptismale, taillée dans un bloc calcaire de la Sine, porte la date de 1700. Son dôme, retrouvé au fond des combles dans un piètre état, fut réparé et peint à l’œuf à la façon des icônes, par un artiste de Tourrettes, René Carrère, dans les années 70.
    Ce dôme est décoré sur chacune de ses quatre faces avec un évènement majeur de la vie chrétienne :

  • le Baptême du Christ, à partir duquel sa mission terrestre a commencé. 
  • La Résurrection des Morts.  Le Christ glorieux, au visage rayonnant la joie, tire les morts de leur tombeau. L’icône est traditionnellement entourée d’éléments décoratifs très byzantins, orthodoxes, avec beaucoup de dorures.
  • A la Crucifixion, la croix est un tau, le Christ est au centre, Jean et Marie au pied de la Croix. C’est là qu’ils furent unis spirituellement en tant que mère et fils, et avec eux l’humanité toute entière.  
  • A la Pentecôte, le Christ a disparu physiquement de la Terre. Il envoie son Esprit sous forme de langues de feu. Sur le panneau, Saint Grégoire est représenté entouré du collège des Apôtres.

 

Sommaire

Visite du clocher.

    Une porte très étroite s’ouvre dans l’église vers l’ancien donjon, dont on aperçoit à l’Ouest l’ancienne porte voûtée qui donnait sur la placette du Scourédoun. 
    Au fur et à mesure de la montée se dessine dans les pierres l’histoire de cette tour : quelques meurtrières permettaient la surveillance de la rue de la Bourgade, une ancienne échauguette est encastrée dans les combles de l’église actuelle. Cette tour primitive n’avait que deux étages, puisque la tourelle vestige reste en dessous du toit actuel.
    La partie la plus récente aboutit sous le toit du clocher pyramidal, en un petit local ouvert aux quatre vents. Trois cloches ont pris place dans les ouvertures.
    Celle du Nord n’a plus sa cloche, rendue à la chapelle Saint Jean lors de sa reconstruction en 1959.
    Au Sud, la cloche fondue à Toulon en 1820, fut fêlée dans la liesse intempestive de l’annonce de l’armistice du 11 novembre 1918.
    A l’Ouest, la plus grosse cloche dédiée à saint Grégoire le Grand, domine la place du village de ses 262,5 kg et fait retentir sa voix de basse lors les fêtes dominicales. Cette cloche porte trois bandes d’inscription circulaires superposées sur sa robe :
    « CETTE CLOCHE DEDIEE AU GRAND S. GREGOIRE PATRON DE CETTE PAROISSE, REFONDUE EN 78 JOSEPH-CESAR DE VILLENEUVE SEIGNEUR E MARQUIES DE CE LIEU DE TOURRETTES JEAN JULIEN CHANOINE CRESP CURE  SOUS LE CONSULAT DE ANDRE BREZES PIERRE GAZAGNAIRES Pr. »

    Cette inscription permet de dater la cloche de 1778. Gravées selon le procédé de la « taille en épargne », ces lignes sont enserrées entre deux filets en relief. Au dessous du filet inférieur, des guirlandes de style XVIII° siècle soulignent ces filets. Le bas de la cloche est décoré d’une croix en relief dressée entre deux anges à genoux (selon E.Sézerb). Sur la face interne de la cloche, une hostie auréolée de gloire porte le trigramme IHS surmonté de la croix : soit JESUS HOMINUM SALVATOR. (Jésus Sauveur des Hommes).

    A l’Est, la petite cloche de 90 kg est la plus ancienne de la région, dans sa robe vert-de-gris     due à sa composition : un alliage de cuivre et d’étain auquel fut ajouté de la marcassite d’argent, caractéristique du XV° siècle. On pensait que cette cloche appartenait à la maison templière, mais cet ordre a disparu en 1311. Peut-être a-t-elle été fabriquée pour   l’église de Saint Martin, récupérée soit par la paroisse, soit par le seigneur…

    Cette cloche est appelée « la Tourrettane ». Dans le haut du vase, elle porte une inscription gravée au burin : « VOX DOMINI SONA (T) », ce qu’on peut traduire par « Voix du Seigneur, appelle » ou encore « La Voix du Seigneur appelle » selon la présence ou non du T. En effet, chaque lettre gravée est sise à l’intérieur d’un carré garni de délicates enluminures de style gothique. Une étude fut faite par M. Sénéquier et relatée par le Docteur P. Mougins de Roquefort en date du 9 décembre 1883. Le T en question se trouve accolé au dernier A, dans le même carré sans savoir s’il représente une fioriture supplémentaire ou un gain de place. Une croix trilobée à branches égales ferme le cercle de l’inscription. Les lettres sont décorées d’épis, de palmes ou de rameaux d’arbre. Curieusement, les lettres arrondies sont formées par les contorsions d’un animal fabuleux, sorte d’anguille avec des ailettes au dos et sur la tête, qui tient au bout de ses longues pattes les épis et rameaux du décor. Ce style dénote une période de transition.

D’après un éminent archéologue:


Legende de l'image

    « On trouve parfois, mais exceptionnellement, aux quinzième et seizième siècles, des caractères fleuris qui ont un tout autre aspect que ceux des inscriptions précédentes. Des caractères semblables ont été employés sur certains vases en métal et sur des cloches ; mais… on peut les considérer comme exceptionnels. Il est souvent très difficile de trouver un sens à ces inscriptions, peut-être parce que les lettres sont entremêlées avec de simples ornements… A dater du XVI° siècle, les cloches sont décorées de filets d’ornements, de rinceaux, de fleurs, de lis, d’armoiries, de petits bas-reliefs représentant (des sujets religieux).
Les inscriptions, façonnées au moyen de filets de cire, appliqués dans les moules pour chaque cloche, pendant les treizième et quatorzième siècles, sont faites, à partir du quinzième, au moyen de caractères de plomb ou de bois, servant à imprimer chaque lettre sur une petite plaque de cire que l’on appliquait sur le modèle avant de faire le creux ; par suite de ce procédé, les lettres se trouvent inscrites, chacune dans une petite tablette plus ou moins décorée… »


Lettres gravées sur la « Tourrettane »

    C’est ainsi que la cloche de notre village, « par sa légende dont elle fait sa ceinture », est «  une curiosité ancienne, rare et même exceptionnelle, à cause de son style ornementé ».

     Le clocher du village, dont le toit est en pierres, est surmonté du coq gaulois, perché au sommet d’une croix de fer forgé. Dans la nuit du 30 janvier 1986, un violent orage et une forte tempête de vent ont décapité le campanile et fait tomber le volatile et sa croix sur une voiture en stationnement. C’est alors qu’on a pu lire la date gravée sur l’animal, 1617. Cet accident providentiel pour notre recherche, fit toutefois un malheureux : le propriétaire de la voiture endommagée ! (D’après Marie .Magdeleine Lammli)

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    Parfois, le sonneur de cloches était une femme, la « campanère ». Elle sonnait l’Angélus le matin, à midi et le soir, avec la grande cloche et la petite : tin tan, tin tan. C’était trois coups pour la petite, trois coups pour la grande, encore trois coups pour la petite et ainsi de suite en alternance, tout en priant des Ave et des Pater. Elle sonnait les messes du dimanches, une heure avant, puis un quart d’heure avant et trois coups avec la grande cloche pour le début de la messe. Les mariages, les baptêmes, les enterrements et les annonces de décès avec trois coups pour un homme et deux coups pour une femme. Les enfants se hâtaient de courir dans le village en criant : « le premier de la messe… Le deuxième de la messe… », ce qui permettait aux mamans de terminer les préparatifs du repas avant de se préparer pour la messe… Il n’y a pas si longtemps, la campanère sonnait pour éloigner les orages de grêle si redoutés pour les récoltes ; mais la malheureuse recevait des insultes si la grêle tombait quand même ! Elle faisait aussi office de sacristine en s’occupant de l’église : la fleurir, la balayer, entretenir les aubes du curé et des enfants de chœur, préparer les burettes et les objets de piété, allumer le chauffage l’hiver, ranger les ornements liturgiques. Chaque jour elle priait devant la statue de la Vierge et se chargeait des prières et des cierges de ceux qui ne pouvaient pas venir et le lui demandaient…

    Puis ce fut le tour des enfants de chœur qui rivalisaient de prouesses en tirant sur la corde des cloches. De nos jours, la sonnerie est électrisée depuis les années 1990. Le charme s’est envolé avec le progrès…

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Pierres sculptées en réemploi 

Les arêtes de poisson

Le poisson

La colombe

Les « olivulae »

Le labyrinthe

 

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Chapitre suivant: Le cimetière, les chapelles et oratoires

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Bibliographie