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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-La Révolution

Au temps de la Révolution

  1. Généralités
  2. Le conflit des Malvans
  3. Le camp fédératif de Châteauneuf
  4. Le « brave » docteur Guillotin

  5. Chapitre suivant: Lieux sacrés: Eglise, chapelles et oratoires

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Généralités.

    Le « grand hyver » de 1788 à 1789 fait geler les oliviers, les orangers, et toutes les cultures sont anéanties. Le blé manque, les boulangers n’ont plus de pain. Sur le bord des routes, on relève des cadavres d’êtres humains, la bouche remplie d’herbe en guise de nourriture. Le pain se fait rare et cher, le peuple a faim...

    14 Juillet 1789: le canon tonne à Paris, la prise de la Bastille est le point de départ de la Révolution qui va mettre la France à feu et à sang. L’heure de la fin de  l’Ancien Régime a sonné. Le peuple écrasé d’impôts a une revanche à prendre contre l’aristocratie hautaine et la bourgeoisie dont la fierté s’accroît avec le pouvoir acquis. L’une comme l’autre  sont accrochées à leurs prérogatives et luttent contre le clergé puissant. Votée dans la nuit du 4 Août, la loi sur l’Abolition des Privilèges va bouleverser les cartes. La Déclaration des Droits de l’homme rend tous les citoyens libres et égaux en droit.
    Vence abrite alors 2.550 habitants en ville et 65 aux alentours. Ce sont surtout des travailleurs de la terre. Les ménagers sont les propriétaires qui exploitent eux-mêmes leurs terres, aidés  plus ou moins de travailleurs qui ne possèdent que la force de leurs bras. Ils partent le matin  de bonne heure « travailler la campagne » avec l’âne ou le mulet. Ils prennent sur place le repas que leur apporte leur femme ou  un de leurs enfants. A la forte chaleur de l’été, ils font la sieste au « cabanon » et rentrent tard en ville après une journée fatigante. C’est le rythme  de vie de toute la région provençale. Quant aux classes aisées, elles vivent de leurs terres exploitées par des fermiers ou de rentes éventuelles de leurs propriétés. Instruites, elles constituent la classe des « apparents » qui gèrent les affaires de la commune.

    Quand éclate à Paris le tonnerre de la Révolution, le pays vençois ne se soulève pas tout de suite ; il  accueille avec calme les évènements parisiens. Ses principales préoccupations concernent la vie quotidienne difficile. Toutefois l’élection des députés à l’Assemblée Nationale provoque des remous et commence à agiter toute la Provence.

    Pendant l’été 1789, la Grande Peur traverse la France et  par Gap, Digne et Castellane atteint le pays vençois via Roquestéron, Bouyon, Saint-Jeannet et Vence avant d’arriver à Antibes. Une troupe de 5.000 hommes armés dévaste les villages, pillant et brûlant tout sur son passage. Saint-Jeannet organise « une garde bourgeoise, composée de tous les habitants en état de porter des armes, divisée par compagnies de cinquante hommes chargés de veiller alternativement à la garde et à la sûreté publique » (Selon Malaussène). Tous les villages avoisinants mettent en place  une surveillance de nuit et la formation d’une milice nationale constituée de tous les chefs de famille: c’est le cas de Cagnes, Tourrettes, la Gaude, Saint-Jeannet, Coursegoules et Gattières. Tout le monde est sur le qui-vive.
 

Sommaire

Le conflit des Malvans.

     Par la loi du 14 Décembre 1789, il est décrété que chaque communauté doit avoir « un corps municipal »  élu par « des citoyens actifs », d’au moins 25 ans et payant une contribution directe d’une valeur d’au moins trois journées de travail. Cette loi d’organisation municipale pose quelques problèmes dans son application, sans toutefois toucher au territoire des communautés. Le cas des Malvans réveille une vieille querelle entre vençois et tourrettans. Au XII° siècle, la communauté des Malvans était un fief confié par le Comte de Provence au seigneur Pierre de Malvans, et situé entre les territoires de Vence et de Tourrettes. Elle devait son nom à la rivière qui la traverse et s’étendait des bois de la Sine jusqu’aux quartiers des Noves, de l’Ormée et du Garbier. Elle englobait le prieuré des Crottons (aujourd’hui Notre-Dame des Fleurs) et la chapelle Saint-Raphaël. La peste de 1348 en avait fait un territoire déserté qui avait gardé son existence juridique, puisque ses terrains étaient toujours cultivés. Mais ces terrains se partageaient entre vençois et tourrettans qui voulaient défendre leurs droits respectifs.
    En 1760, la ville de Vence avait acquit du roi les droits de haute, moyenne et basse justice et devenait ainsi « Dame des Malvans ». Mais ce territoire des Malvans relevait de la viguerie de Saint-Paul alors que Vence faisait partie de celle de Grasse: la ville de Vence ne pouvait plus exercer   son autorité. En février 1790, la municipalité de Vence décide que la communauté des Malvans sera représentée par les propriétaires vençois, bien que ceux-ci n’y résident pas. Les tourrettans se sentent lésés, mais le « livre-terrier», registre des terres et redevances dues, montre que les propriétaires tourrettans ne représentent que la sixième partie des biens vençois, et de plus, ces terrains concernent des sols « médiocres, penchants et hardeux » (en pente et pierreux). En outre,  il leur est interdit de faire paître du « menu bétail », moutons et chèvres, sous peine de 300 livres d’amende et de confiscation des  bêtes... Leur reste cependant « le droit de paître ou faire paître gratuitement les bestiaux de labour »   (Selon Castellan).
    Cette « compascuité », ou « droit de parcours », est le droit réciproque des communes d’envoyer paître leur bétail sur les terres de « vaines pâture », après les récoltes, quand les terres sont vides. Mais les terres proposées sont souvent des terres stériles ou non cultivées. Ce sont les troupeaux d’avérage, de chèvres et de moutons qui sont les plus aptes à un tel régime. Leur engrais enrichit la terre, leur viande approvisionne les boucheries, leur laine et leur lait est utile à tous. Mais les chèvres, désignées comme « les vaches du pauvre », font beaucoup de dégâts sur les bois destinés à la construction: il faut les mener à la corde le long des chemins et des bordures, et en limiter le cheptel...
    Une fois de plus, Tourrettes doit s’incliner devant sa grande voisine rivale.

Sommaire

Le camp fédératif de Châteauneuf.

    En Juin 1790, l’Assemblée de Brignoles décide de former un camp de Gardes Nationaux de Provence. La fête de la Fédération est fixée au 20 Juin à Châteauneuf-de-Grasse. Y sont conviés tous les Gardes Nationaux de la région, entre Siagne et Var. Vence y envoie vingt-cinq hommes, un capitaine, un lieutenant, un adjudant et un porte-drapeau. Les troupes fédérales se regroupent au Plan où est célébrée une messe sur un autel de bois. L’échange du serment fédératif a lieu selon le texte adopté par Brignoles. La chaleur et le vin font monter les tensions déjà existantes entre les gens d’Antibes et ceux de Grasse. Une bataille rangée éclate entre les deux villes. On relève quelques blessés dont le capitaine aide-major de la garde d’Antibes, un certain André Masséna, qui a reçu un coup de sabre porté par Courmes, perruquier à Grasse. L’affaire remonte jusqu’à Paris.

(Selon Castellan) 

 *****


    En Octobre 1790, l’Etat ordonne la suppression des évêchés. Celui de Vence est acquis par la commune pour 14.000 livres assignats. Il est réquisitionné pour les troupes françaises se rendant en Italie. Un conflit éclate entre Vence et Saint-Paul, soixante soldats du régiment des Ardennes sont envoyés à Tourrettes pour défendre Vence. Pillages, brigandages et massacres par vengeances personnelles mettent les villages voisins en effervescence. L’Etat réclame les cloches des églises afin de  récupérer le bronze pour la fabrication des canons;  les trésors ecclésiastiques d’or et d’argent sont envoyés à la fonte.
    
    A Vence, la succession des bataillons de l’Hérault, du Rhône et des Bouches-du-Rhône amène le vandalisme. La ville ferme ses portes pour la nuit, tandis que les soldats pris de boisson brûlent les statues en bois du Calvaire en un feu de joie. Ils reçoivent le nom de « Brulo Boun Diou », les Brûle Bon Dieu! La misère est extrême, tout manque: le blé, le pain, l’avoine. Le typhus fait ses ravages. Le château des Villeneuve de Tourrettes est transformé en hôpital militaire.

*****

    Les idées nouvelles enthousiasment les élus qui se sentent libérés du carcan de l’Ancien Régime. Avec l’abolition des privilèges, chaque ville y va de ses discours grandiloquents au cours d’assemblées festives.
    A Vence, le président Chabert, du Club Patriotique, harangue les nouveaux officiers municipaux, le 30 novembre 1791:
    «  La crainte de vous faire des ennemis, la mort même ne doivent pas vous intimider, marchez la loi d’une main et le glaive de la justice de l’autre... »
    Tandis que le maire d’Antibes se déchaîne dans son discours du 14 juillet 1792:
    « Lorsque les despotes étrangers se coalisent pour nous asservir, il faut resserrer les liens de la fraternité... ne nous laissons plus asservir, qu’une mort glorieuse plutôt termine notre carrière, que nos tyrans ne règnent plus que sur des cadavres et des ruines... La liberté ou la mort, voilà notre cri de ralliement... »
    A Vence, le maire Béranger plante « un arbre de la Liberté », le 10 mars 1794 et y va de son discours:
    « Citoyens, nous avons planté cet arbre afin qu’il fleurisse sous l’égide de la Constitution et qu’il soit une image vivante de la Liberté... Arbre fortuné et chéri, ..., puisses-tu pousser de profondes racines, élever ta tête jusqu’aux cieux et nous voir bientôt sous ton ombrage chanter les bienfaits inouïs, les miracles de la Révolution et accueillir les doux fruits de la République!... »

*****

    Le 19 décembre 1790 est institué le serment de fidélité à la « Constitution Civile du Clergé ». Tous les prêtres qui refusent de s’y soumettre et qui sont restés sur le territoire français sont dénoncés, arrêtés, emprisonnés et condamnés à mort. Ce serment s’énonce ainsi:
    « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m’a été confiée, d’être fidèle à la Nation et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le Roi ».

    Dès que les lois de répression et de persécution sont appliquées, les nobles et beaucoup de membres du clergé se sentent menacés et s’enfuient. Nombreux sont ceux qui arrivent à Nice, pays sarde tout proche. Tous ceux qui partent sont considérés comme des ennemis irréductibles, quel que soit leur statut. Les lois se durcissent par rapport à ces « transfuges » que l’on considère comme de dangereux traîtres. En septembre 1792 est décidée la confiscation puis la vente des biens des émigrés. Le peuple se dispute ces biens arrachés aux anciens seigneurs et notables enviés depuis si longtemps. Le mois suivant, on décrète que tout émigré pris les armes à la main sera exécuté. Puis suit le bannissement à perpétuité des exilés et la peine de mort à ceux qui reviennent clandestinement. Ce qui arrivera au prêtre Mars de Vence.

    Les émigrés arrêtés sont enfermés à la prison de Grasse où est installée depuis peu la guillotine. En effet, le siège du Directoire du département du Var avait été fixé à Toulon par le décret du 11 Septembre 1790. Mais Toulon restait royaliste de coeur et faisait sa contre-révolution en proclamant Louis XVII avec l’appui des anglais et des espagnols, contre la remise des forts, de la rade, de l’arsenal et des bateaux pour « hypothèque de cet emprunt » par acte notarié. Cette insurrection toulonnaise entraîne le transfert de l’administration du Var à Grasse. Les administrateurs s’installent dans la « maison nationale dépendant de  l’émigré Pontevès » sur le  boulevard du Jeu-de-Ballon. Trois ans plus tard, les troupes françaises libèreront Toulon, où Barras, qui avait déjà voté la mort du roi, n’hésitera pas à massacrer huit cents toulonnais. Après la tuerie, il s’écriera: « Que ceux qui vivent encore se relèvent, la République leur pardonne »,  et l’impitoyable député du Var fera  tirer sur les malheureux survivants. « L’infâme Toulon, l’exécrable Toulon » s’appellera  désormais  le « Port de la Montagne ».  C’est encore à Toulon que Barras remarquera un tout jeune officier  nommé Bonaparte, qui deviendra général de brigade et commandant de l’Armée d’Italie avec quartier général à Nice, et qui n’hésitera pas à renverser son protecteur  lors du fameux coup d’Etat du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799)... Toutes les villes fêteront cette libération toulonnaise autour d’autels de la Patrie dressés sur les places.

    A Paris, Danton fait voter le Tribunal Révolutionnaire en 1793, véritable tribunal sans appel et sans recours au tribunal de cassation, pour juger « les traîtres, conspirateurs et contre-révolutionnaires, les ennemis du Peuple ». La peine de mort est exécutée dans les plus brefs délais, toute défense est supprimée: « Tout citoyen a le droit de saisir et de traduire devant les magistrats les conspirateurs et les contre-révolutionnaires. Il est tenu de les dénoncer dès qu’il les connaît ».  Les dénonciateurs appelés « observateurs » sont remerciés par un salaire. C’est la porte ouverte à toute dénonciation.
 
    Le tribunal révolutionnaire de Grasse s’établit dans l’église du couvent des Dominicains, aujourd’hui disparue. Des prisons s’improvisent partout: la chapelle Saint-Martin des Pénitents noirs, le Séminaire, l’ancienne Maison Commune, l’hôpital de la Charité, « la vieille geôle » ou évêché, et enfin la Torre de la Carce, dite la Tour, vieille prison du XIV° siècle, avec ses doubles étages de cachots souterrains près de la « Porte des Fainéants », démolie en 1884. Ces geôles  détiennent jusqu’à cinq cents prisonniers, dans des conditions épouvantables. Humidité et odeurs pestilentielles rendent malades les détenus. Ces lieux deviennent de vrais tripots  où se jouent de grosses sommes d’argent, et où les incarcérés  sont parfois « rackettés » par leur geôlier! Ainsi le pauvre prêtre vençois, Jacques Mars, est redevable après sa mort auprès de son geôlier qui adresse une réclamation au directoire du district de Grasse, le 29 frimaire an II (19 décembre 1793), ainsi qu’il l’explique :
    «  Citoyen Charles Jean, gardien de la maison d’arrêt, a l’honneur de vous faire observer que le dénommé Jacques Mars, prêtre, a été mis en arrestation le 11 octobre 1793. Je lui avais remis ma chambre moyennant la somme de 40 sols par jour. Il est resté en détention 77 jours. Il me doit la somme de 134 livres plus la  nourriture de 15 jours, à raison de 3 livres, ce qui fait en tout la somme de 179 livres, sans préjudice de la nourriture de son domestique et de sa servante... J’espère, citoyens administrateurs, que vous trouverez mes demandes aussi justes que légitimes, et que vous voudrez bien les prendre en considération. Je suis en attendant votre concitoyen. Signé Jean ». (Selon Mgr Ghirardi) Le geôlier récupérera les vêtements et le mobilier du prêtre pour couvrir les frais de son prisonnier et de sa servante Mariane Lions.

Le « brave »  Docteur Guillotin.

    La guillotine arrivée à Nice était inutilisée. Elle est prêtée à Grasse en décembre 1793 et installée sur la place du Clavecin, actuellement square Fragonard. Le « brave » Docteur Guillotin était effaré de voir avec quelle barbarie les condamnés étaient décapités à la hache, parfois en plusieurs fois. Pris de compassion, il mit au point une « machine à décapiter » dont le tranchant évitait la souffrance par une mort immédiate, « qui tombe comme la foudre. La tête roule, le sang jaillit, l’homme n’est plus ». Le pauvre médecin  ne pouvait imaginer l’usage que la Révolution ferait de son oeuvre! La première victime sera un mouton vivant qui servira de cobaye pour l’engin de mort. Mais le malheureux docteur ne sera pas remercié car, montré du doigt et abandonné de ses clients, il ne retrouvera sa notoriété qu’en 1804 avec sa place de Professeur.
    Pendant un an, le sang coulera sur la place du Clavecin grâce au « rasoir national »: soit en tout trente victimes dont un maréchal-ferrant de vingt-deux ans, un modeste cordonnier de Grasse,  six prêtres dont le pauvre vençois Jacques Mars, âgé et presque aveugle, quatre fonctionnaires, cinq bourgeois, un médecin, un avocat, un négociant et une religieuse, soeur Blaise, alias Mademoiselle Théodore de Pontevès; et ceci à une telle allure que la lame se trouvera émoussée au bout d’un mois et demi seulement. Plutôt que d’envoyer l’objet à Nice pour le faire aiguiser, Marseille enverra  une guillotine de rechange... Au diable  l’avarice!... Au  bourreau nommé « le vengeur du peuple » est accordé  un logement prévu pour un sergent de ville, au-dessus de la Porte du Cours.
    Quelques mois après, la guillotine est transportée à Saint-Paul de Vence dont le nom a été changé en Paul-du-Var, chef-lieu de district et siège d’un tribunal civil et criminel. Pour ce faire, l’accusateur public réclame « la fourniture d’une charrette pour le transport de la guillotine à Paul-du-Var »... (Selon Mgr Ghirardi)

*****

    Après le culte de la déesse Raison, établi le 20 brumaire an II (10 novembre 1793), celui de l’Etre Suprême essaie de supplanter le culte catholique en 1794. Mais de nombreux fidèles continuent à suivre des offices clandestins célébrés par des prêtres réfractaires, revenus  au pays incognito, après leur fuite à l’étranger. Joseph Ollivier, curé d’Opio, est ainsi surpris  en pleine messe et arrêté par Honoré Maximin Isnard à la tête des fusiliers de la Garde Nationale grassoise. La ville de Grasse honorera ce girondin en donnant son nom à une de ses rues.
    Dès 1795, l’ex-évêque de Vence, Monseigneur Pisani, réfugié à Rome, charge l’abbé Blacas, vençois devenu vicaire à la Gaude, de retourner au pays pour y accomplir, dans le secret, le maintien du catholicisme. Le brave prêtre, déguisé en paysan, organise donc chez les bons paroissiens de nombreuses célébrations, une instruction religieuse de la jeunesse et un réseau de prêtres clandestins. Il doit agir « avec la simplicité de la colombe et la prudence du serpent... » Après le Concordat, il continue son ministère itinérant dans le diocèse de Vence.

*****

    Le sort des émigrés n’est guère enviable. Dès l’été 1789, nombreux sont ceux qui envahissent Nice encore sarde. Les bruits courent que les savoyards vont envahir le pays avec l’aide des émigrés. Dans les villes, les édiles se désolent de leur manque d’armes et de munitions. Le maire de Vence réclame à Antibes des fusils ou des baïonnettes et si possible « les tambours laissés par le régiment corse » ! La nouvelle de la concentration de troupes à Nice affole les municipalités. Le maire d’Antibes, Reille, écrit au Directoire du Var pour préciser « notre garnison est des plus faibles, nos remparts sont presque sans canons et la place a très peu de munitions... Nous mourrons s’il le faut, mais nous mourrons libres »... Quand on pense qu’Antibes est alors la place forte de la région!

    Le triste sire de Tourrettes s’est enfui dès les premiers jours, mais il a été reconnu à Vintimille et assassiné sur place.

    Le sort s’acharne tout particulièrement sur le clergé en fuite. Certains prêtres sont complètement dépouillés en mer par des pirates. D’autres sont secourus par des habitants de Cannes et menés sous bonne garde à la frontière varoise. Tandis qu’à Antibes, le peuple réclame qu’on lui donne les deux prêtres récupérés après la tempête et mis à l’abri dans les prisons de la ville. Les volontaires marseillais qui casernent à Antibes, excitent les voyous de bas étage et se ruent ensemble sur les prisons, enfoncent les portes, se saisissent des malheureux, les traînent dans la rue, les hachent à coups de sabre et les pendent à un arbre aux portes de la ville, avant que la Garde Nationale n’ait le temps de réagir. Plusieurs personnes s’évanouissent en voyant ces malheureux tirés à terre et criant miséricorde. Une femme en meurt de frayeur... Après ces horreurs, le maire fait afficher cette déclaration: « Citoyens, la patrie est en danger... les ennemis de la chose publique cherchent à tromper le peuple. Enfants de la patrie, citoyens-soldats, soldats-citoyens, déposez vos haines, et que notre arrivée soit un jour de triomphe pour la ville et pour les citoyens d’Antibes ».... Les citoyens affolés retrouvent leur calme, se réjouissent de cette proclamation et illuminent la ville, le soir, en signe de réjouissance.... (Selon Tisserand)


 

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Bibliographie