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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Château Villeneuve

Tourrettes en ses châteaux-4

    Le château des Villeneuve
  1. Description
  2. Historique
  3. Le double mariage seigneurial
  4. Donation du reliquaire de Saint Grégoire
  5. Inventaire du château des Villeneuve de Tourrettes
  6. Sous la Révolution
  7. A la recherche du souterrain du château
  8. Restauration du château des Villeneuve
  9. Tout en images
  10. Galerie photos

  11. Chapitre suivant: Au temps de la Révolution

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Description.

    Le château des Villeneuve se trouve au cœur du village sur une place qui a longtemps porté son nom, puis en a souvent changé depuis : c’est la place du château ou la petite place de l’ancien temps. Fin XVIII° siècle, elle prit le nom de place Mirabeau, en souvenir du comte provençal, grand orateur à l’Assemblée Constituante, puis le XX° siècle le détrôna pour honorer un des enfants du pays devenu maire de Tourrettes. Ainsi en est-il du nom des lieux qui évoluent en fonction de la mode des siècles…
 
    Le château est une grande bâtisse provençale aux nombreuses et hautes fenêtres. Elle englobe une tour ancienne qui fut certainement tour de guet à l’origine. Une vieille porte d’accès est devenue fenêtre : située à neuf mètres au dessus de la cour, elle était la seule ouverture pour entrer dans le donjon, au moyen d’un escalier-levis ou d’un système léger permettant l’accès d’une façon provisoire.  Cette tour fut plus ou moins haute selon les époques. Son toit vétuste a été tronqué lors des derniers travaux et aménagé en terrasse crénelée.

    Le vieux porche ouvre sur la cour intérieure, séparée de la place par un mur d’enceinte. Au centre de la cour fut placée une fontaine avec jet d’eau vers les années 1970.  La porte d’entrée donne sur un hall vaste au fond duquel s’élève un escalier majestueux dont les balustres sont de fidèles copies des balustres originales du XVII° siècle. Cet escalier conduit aux paliers des étages en une cage spacieuse et  très sonore, où sont amplifiés les cris et les rires des enfants de la maison. Lors de la restauration de l’édifice, les pièces du premier étage situées au dessus de l’entrée, furent abattues afin de libérer l’espace et mettre ainsi l’escalier en valeur. Un immense lustre hollandais en étain éclaire l’ensemble; sur les murs, des appliques du même style complètent l’éclairage. Au sol, le vieux dallage de pierre est massif et imposant. Une trappe rappelle la présence d’une citerne sous la cour qui  recueillait les eaux de pluie.
    Au rez-de-chaussée, une salle voûtée s’ouvre sur le patio et sur la place. Elle a son histoire.
    L’escalier dessert les trois étages où de grandes pièces ont remplacé les étroites chambres du château seigneurial. Dans ce castel, chaque étage a aussi son histoire que nous allons essayer de reconstituer…

 

Sommaire

Historique.

    Nous avons vu que vers l’an mille, par suite de l’insécurité généralisée, les seigneurs regroupent les habitations autour d’un castrum, sur un site élevé et fortifié. C’est l’édification du premier château fort, château de guerre, avec un donjon dont la porte, située à neuf mètres du sol, est inaccessible pour l’envahisseur. Peu à peu, ce donjon s’entoure des communs nécessaires à la vie de « gens d’armes » et de leur intendance. Ce castrum est déjà important au XIII° siècle, puisqu’il est cité parmi les nombreuses places fortes de la région.

    En 1378, lors du Grand Schisme, la reine Jeanne veut récompenser les fidèles chevaliers qui luttent pour sa cause, elle offre à Guichard de Villeneuve, dit le Bâtard, le château de Tourrettes avec sa seigneurie, que le Bâtard a défendu avec l’énergie d’un lion. A sa mort, son fils Antoine hérite du domaine; en 1437, il fait reconstruire le château à la mode de son siècle, dans le goût du faste et de la splendeur des seigneurs de cette époque…

    Là se succèdent les descendants de la dynastie Villeneuve-Tourrettes. Au cours des siècles, le grand escalier retentira des cris d’enfants ou des larmes de leur mort prématurée. Car il y a beaucoup de naissances dans ce grand château  et beaucoup de décès en bas âge : chaque génération enterre des nourrissons, des petits enfants, des adolescents, de jeunes femmes en couches, dans la tristesse d’une vie trop tôt arrachée.
 

   Mais il y a aussi de grandes réjouissances. Les registres de l’Eglise, nous informent du mariage de la « Damoiselle Charlotte de Villeneuve, fille à feu Messire Sipion de Villeneuve, seigneur de Tourrettes, Caire, Mauvans, Caignes et de feue Dame Lucresse de Grimaldi d’Antibes, dame dudit Tourrettes », avec Messire Louis Victor de Montolieu, chevalier de l’Ordre de Saint Louis, lieutenant d’une des galères du roy… Ce mariage est célébré le 15 août 1706, par Monseigneur Crillon, évêque et seigneur temporel de Vence, du Broc, Bézaudin, l’Olive (près du Broc), seigneur de Saint-Cézaire et Abbé du Monastère royal, en présence de Messire Elzéar de Grimaldy, abbé de Clausonne, de Messire Nicolas Dhermitte, seigneur de Fuveau, de Charles de Villeneuve, chevalier de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem et de Messire Albert de Durand, seigneur de Sartoux dont les signatures ci-contre…

  Cette jeune Charlotte était née en mai 1682 et ondoyée le jour même. Son baptême avait eu lieu cinq ans plus tard. Son parrain était Messire Charles de Grimaldy d’Antibes, chevalier marquis de Cagnes et sa marraine Francon de Villeneuve, sa soeur aînée de huit ans. Cette soeur sera enterrée, à seize ans, « dans la tombe de ses ancêtres, située dans l’église paroissiale, le 19 janvier 1691 en présence de ses parents et plus apparents du lieu ». Il est intéressant de connaître les personnes qui furent inhumées dans les caveaux seigneuriaux de l’église dont l’usure a effacé les noms sur les dalles mortuaires.

    Au XVII° siècle, les bourgeois tourrettans ont l’habitude de choisir le seigneur du lieu, sa femme ou ses enfants comme parrain et marraine de leurs enfants auxquels ils donnent le même prénom. C’est ainsi que nous retrouvons de nombreux nourrissons appelés César Joseph,  Scipion Joseph, Lucrèce, Françoise, Charlotte. Après la disparition de sa soeur aînée, Charlotte va être sollicitée à son tour, pour être la marraine de nombreux enfants qui porteront son nom. Cette jeune épousée mourra à trente ans…

    En 1679 a lieu le baptême de « noble Joseph Caesar de Villeneufve de Torrettes, fils de noble messire Scipion de Villeneufve du Caire et de dame noble Lucresse de Grimaldy d’Antibes, baptisé le 18 juillet, jour de sa naissance. Le parrin est noble césar de Villeneufve, seigneur de Tourrettes (son grand-père) et la marrine Françoise de Villeneufve, dame d’Auribeau (sa grand-tante) ». Dès l’âge de trois ans, cet enfant sera parrain de nouveaux baptisés et prendra ainsi du service seigneurial…


    En 1684, est cité en tant que parrain d’enfants de notables, « Charley de Villeneufve, chevalier de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem ». L’année suivante, en 1688 et en 1708, ce « Charles de Villeneufve, chevalier de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem » est à nouveau cité comme parrain dans la commune : ce Charles est frère cadet du seigneur Scipion, il séjourne donc un certain temps dans ce château. Il signe le « Chevalier de Tourrettes ».
 
    Penchons-nous un moment sur la descendance des seigneurs de Villeneuve Tourrettes. Nous constatons que :
    Au XVI° siècle, Claude, le seigneur réformé, marié à Marguerite de Renaud, dame de Callian, a quatre garçons et une fille, dont deux chevaliers de Malte.
    Au XVII° siècle, Annibal et Françoise de Villeneuve Thorenc ont huit enfants, dont quatre garçons (deux sont chevaliers de Malte) et quatre filles.
    César et Françoise de Blacas ont à leur tour huit enfants : cinq garçons (dont trois sont chevaliers de Malte) et trois filles.
    Scipion et Lucrèce de Grimaldi d’Antibes ont trois enfants : un garçon et deux filles.
    Au XVIII° siècle, Joseph César et Elisabeth de Villeneuve Thorenc n’ont pas d’enfants. Les enfants naturels de Joseph sont élevés au château du Caire.

    Le 24 juillet 1694,  est enterré à l’âge de quatre-vingt sept ans « le noble César de Villeneuve, seigneur de ce lieu, dans la tombe de ses ancêtres » dans l’église paroissiale.
Son fils Joseph César n’aura pas la chance d’avoir un enfant de sa femme et cousine Elisabeth de Villeneuve-Thorenc, Dame de Saint-Jeannet et de la Gaude. La véritable descendance des Villeneuve-Tourrettes va s’arrêter là. Mais le noble César a un fils et une fille naturels, qu’il va reconnaître pour continuer la lignée. Ce sera la seconde branche bâtarde avec Scipion Joseph qui épousera sa cousine Marie Anne de Raimond, fille du seigneur d’Eoulx et Villeneuve par sa mère… L’histoire peut continuer…

    Scipion Joseph, reconnu par son père et marié à Marie Anne de Raimond d’Eoulx lui donne neuf enfants : sept garçons et deux filles.
    Joseph César II avec son épouse Claire Véronique Charlotte de Grasse du Bar ont un garçon et deux filles, avant que ne sonne le glas de la Révolution…

    Dans ce grand château vivent donc de nombreuses personnes, tant seigneurs que domestiques, sans compter les aïeules veuves, les oncles et tantes revenus dans la demeure familiale…

***** 

En 1758, c’est le mariage de Marie Ursule qui est fêté à Tourrettes dans le château familial. « L’an mil sept cens cinquante huit et le vingt quatrième juillet mariage a été célébré en face de notre mère la Ste église par moi curé perpétuel soussigné après deux publications des bans faites à la messe paroissiale le st jour de dimanche tant en cette paroisse qu’en celle de l’église cathédrale et paroissiale de la ville de Grasse ainsi qu’il appert par le certificat donné par messire Chéry curé de ladite cathédrale en datte du dixneuvième du courant, les parties contractantes ayant obtenu dispense de deux bans de monseigneur l’évêque de Grasse le quinzième du courant, et d’un ban de messire Guévasse vicaire général et official de monseigneur l’évêque de Vence du vingt deuxième aussy du mois courant sans avoir découvert aucun empêchement canonique ny civil : entre messire Jean Paul du Puget seigneur baron de Châteauneuf Clermont Thorenc et autres lieux, fils de feu messire Loüis de Puget conseiller du roy et son sénéchal au Siège et …de la ville de Grasse et de feüe dame Clère de Puget d’une part, et de noble demoiselle Marie Ursule de Villeneuve fille de messire Scipion Joseph de Villeneuve chevalier et de dame Marie de Raymond d’Eoulx seigneur et dame de Tourrettes, le Caire, Saint-Jeannet, le Canadel et autres lieux, d’autre part, présens et soussignés avec les autres parens et témoins cy après nommés »

Sommaire


Le double mariage seigneurial.

    Nous avons vu qu’en 1777 le seigneur de Tourrettes marie le même jour son fils et sa fille. Quelques temps auparavant, il avait fait parvenir aux consuls une lettre les avertissant de ce double mariage, missive dans laquelle il exprimait le désir de voir la municipalité  rendre à cette occasion l’hommage dû à lui-même et à son fils. Le registre des mariages de l’église paroissiale nous renseigne sur les cérémonies religieuses avec une courtoisie surprenante sur ces grands qui aiment le faste avant tout.

    « L’an mil sept cens septante sept et le troisième jour du mois de juin après avoir été publié dimanche dernier premier jour du mois au prône de la messe de paroisse un ban du futur mariage entre très haut et très puissant seigneur Joseph Guichard Romée de Villeneuve chevalier Seigneur Marquis de Torretes et du Caire, fils du très haut et très puissant Seigneur Joseph Caesar de Villeneuve Marquis de Torretes baron de Saint Jeanet la Gaude Trigans Seigneur de Cormetes, la Male et du Canadel, coseigneur de Courmes et de très haute et très puissante dame Madame Clère Véronique Charlotte de Grasse du Bar des Princes et Comtes d’Antibes son épouse de la paroisse de Torretes d’une part, et très noble et très illustre demoiselle Mademoiselle Magdeleine  Alexandrine Julie de Villeneuve de Vence, fille de feu très haut et très puissant Jean Alexandre Romée de Villeneuve Chevalier Seigneur Comte de Vence Marquis de la Garde Audemar, baron de Gréolières hautes et basses, seigneur du Puget treize dames, bastide Saint Laurens,…, Maréchal des camps et armées du roy, et de très haute et très puissante dame Madame Angélique Louise de la Rochefoucauld de Surgères sa veuve de la paroisse de cette ville de Vence d’autre part, les parties ayant obtenu dispense de deux autres bans et semblable publication ayant été faite par messire Savornin curé de la paroisse de Torretes, ainsi qu’il nous l’a certifié sans qu’il y ait eu  aucun empêchement, monsieur l’abbé de Bardonnanche vicaire général du diocèse d’Aix après avoir tiré le consentement mutuel des parties par paroles de présent et après avoir observé toutes les formalités et cérémonies prescrites, leur a donné la bénédiction nuptiale en présence du très haut et très puissant Seigneur Joseph César de Villeneuve, père dudit Joseph Guichard Romée de Villeneuve et de très haute et très puissante dame Madame Angélique  Louise de la Rochefoucauld de Surgères mère de ladite demoiselle Magdeleine Alexandrine Julie  de Vence, des très hauts et très puissants Seigneurs Pierre Marie de Grasse du Bar, des Princes et Comtes d’Antibes, Chevaliers de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, … Henri Elzéar de Rochechouart vicomte, … enseigne de vaisseaux du roy, Pierre Joseph de Constantin de Châteauneuf officier au régiment de Nice au service du Roy de Sardaigne et Jean Paul de Lombard de Gordon officier de cavalerie, témoins soussignés avec les messieurs curés de Vence et de Torretes qui ont donné leur consentement ».

   Après le mariage du fils du seigneur de Tourrettes suit celui de la fille dudit seigneur, où l’on apprend les qualifications du futur gendre « le très illustrissime seigneur  le seigneur Pierre Joseph de Constantin de Châteauneuf, officier au régiment de Nice au servie du Roy de Sardaigne, fils du très illustrissime seigneur, le seigneur Barthélémy de Constantin, seigneur en partie du lieu de Châteauneuf dans la contrée de Nice et de la très illustrissime dame Madame Marie Rose de Chabaud son épouse de la paroisse de Nice, avec la très noble et très illustrissime demoiselle Mademoiselle Marie Rosaline Elisabeth Charlotte de Villeneuve de Torretes, fille du très haut et très puissant seigneur, etc… etc…Le susdit mariage a été célébré par messire de Bardonnanche, vicaire général du diocèse d’Aix, du consentement de messire Joseph Savornin, curé de Torretes dans l’église cathédrale et paroissiale de Vence, en présence des très illustrissimes seigneurs Barthélémy de Constantin de Châteauneuf, père dudit messire Pierre Joseph de Constantin de Châteauneuf et de très haut et très puissant  seigneur messire Joseph César de Villeneuve, père de la demoiselle et de Madame Clère Véronique Charlotte  de Grasse du Bar sa mère et des très illustrissimes seigneurs Joseph Emmanuel de Galaan seigneur en partie du lieu de Châteauneuf et Alexandre de Constantin écuyer du lieu du Broc et très hauts et très puissants seigneurs Pierre Marie de Grasse du Bar des comtes et princes d’Antibes chevalier de l’ordre de Malte, lieutenant des vaisseaux du Roy et Jean Paul de Lombard de Gordon officier de cavalerie ».
 

 

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Donation du reliquaire de Saint Grégoire.

    Parmi les nombreuses pièces du château, l’une d’elles avait été choisie au second étage pour être la chapelle des châtelains. Dans cet oratoire, se trouvait en 1755 un reliquaire en bois doré de Saint Grégoire le Grand, patron de l’église paroissiale, commandé par les seigneurs du lieu et en attente d’être donné à la paroisse. Les registres de Maître Mallet, Notaire Royal, nous précisent cet acte :

    «  L’an mil sept cens cinquante cinq et le dix jour du mois de mars, après-midi, sous le règne glorieux de Louis quinze Empereur des François, connu soit que Messire Sipion Joseph de Villeneuve et Dame Marie de Raymond d’Eaux, seigneur et dame du présent lieu de Tourrettes, le Caire, Mauvans, Saint Janet, le Canadel et autres lieux, pour la plus grande gloire de Dieu, par un principe de dévotion, de piété, et pour le zèle qu’ils ont pour les habitants de ce lieu de Tourrettes, eussent obtenu de Sa Sainteté une relique de Saint Grégoire le Grand, avec la permission de la faire exposer à la vénération des fidèles dans tel lieu qu’il leur plaira comme il est porté par ladite bulle renfermée dans la châsse ci après dénommée, et ayant ledit Seigneur et la Dame de Tourrettes fait part de ladite permission à feu Monseigneur Jean Baptiste Surian, Evêque de Vence, avec prière d’y donner son agrément, ce qu’il aurait accordé par son mandement joint à susdite bulle, portant aussi permission de bénir ladite relique qui avait été enchâssée dans un buste représentant la figure du Saint, et qu’il fait exécuter le jour de sa fête, en l’année mil sept cens cinquante deux, et comme il n’y avait point de lieu décent dans l’église paroissiale pour déposer ladite relique, on l’aurait rapportée depuis lors dans la chapelle du château où elle a été conservée avec vénération, mais ayant depuis peu ledit seigneur et Dame de Tourrettes fait construire une niche convenable dans ladite église et dans le presbytère, du côté oriental vis-à-vis de celle de Saint Fauste, ils auraient déclaré au Sieur Jean Baptiste Giraud, prêtre et vicaire perpétuel de la paroisse de ce lieu, qu’en suite de ladite bulle et de la permission accordée par ledit seigneur, Evêque de Vence, leur intention était de donner ladite sainte relique à la paroisse de Tourrettes, et de la déposer dans ladite niche afin qu’elle puisse être plus commodément honorée et révérée du peuple, à quoi ledit Sieur Vicaire adhérent aurait donné son consentement à ce que lesdits Seigneur et Dame de Tourrettes suivissent leurs pieuses intentions, et pour apporter plus d’ordre en ce qui regarde le service du Seigneur, il a été convenu entre les parties ce qui suit :
 
    A cette cause, par devant nous Notaire Royal de ce lieu de Tourrettes, et témoins soussignés constitués en leurs personnes, ledit Messire Cipion de Villeneuve et Dame Marie de Raymond d’Eaux, Seigneur et Dame de ce lieu d’une part,et ledit Messire Jean Baptiste Giraud d’autre part, lesquels de leur gré ont convenu que demain mardy onze du courant, veille de la fête de Saint Grégoire le Grand, à l’heure la plus commode audit seigneur Vicaire, ce dernier viendra avec ses segondaires desservant ladite paroisse, à la chapelle du château seigneurial prendre ladite relique qu’ils conduiront processionnellement à l’église paroissiale de ce lieu, pour être logée dans la niche à cet effet, et la conserver perpétuellement pour y être honorée du peuple et portée  processionnellement chaque année, au jour de sa fête et aux endroits par où la procession a coutume de passer et non autrement.
    Il a encore été convenu entre les parties que les offrandes qui seront faites ledit jour et dans le cours de l’année audit saint seront recueillies par les recteurs de la confrérie de Saint Grégoire pour être employées par eux et tous les autres qu’il appartiendra aux dépenses qu’il conviendra de faire pour l’honneur de la sainte relique ou employées aux oeuvres de charité convenues par le bureau de ladite confrérie, auxquelles offrandes ledit sieur vicaire renonce pour lui et ses successeurs – en cas qu’il peut y avoir droit en faveur dudit saint –
    Il a été en plus convenu que les recteurs amovibles ne pourront l’être qu’une année. Que ledit seigneur et les sieurs seigneurs de ce lieu ou tels autres proposés de leur part seront les premiers recteurs. Le sieur vicaire et ses successeurs vicaires ou leurs proposés, les seconds, et que lesdits deux premiers recteurs perpétuels avec les trois recteurs amovibles seront pris et choisis par les recteurs anciens, et que les recteurs  modernes, sur la présentation des anciens, seront approuvés par ledit seigneur et ses successeurs seigneurs du lieu, et qu’un des trois recteurs, le plus capable, sera élu par le Bureau pour exercer la charge de Trésorier de ladite confrérie, que le Trésorier rendra son compte à la fin de l’année par-devant ledit Bureau, le tout ainsi convenu de pacte exprès,sans quoi ladite relique n’aurait pas été donnée ni remise à ladite église, par lesdits seigneur et dame de Tourrettes, et afin  que ce soit chose établie et à jamais permanente, pour la plus grande gloire de Dieu et le bien des habitants, les parties ont pris acte que nous leur avons concédé.
    Fait et publié audit Tourrettes, dans le château seigneurial, en présence de messire André Brezès, lieutenant de juge, sieurs Gaspard Consolat et Joseph Mallet consuls, et Thomas Curel trésorier, tous de la communauté de ce lieu, témoins requis et signés avec les parties et autres principaux habitants.

Signé :  

Villeneuve St Janet,    Villeneuve Tourrettes,     Raymond Tourrettes,
Giraud vicaire,    Mallet, Brezès, G. Consolat, Curel, Geoffroy, P. Geoffroy recteur,
Gazagnaire, Spitalier, Isnard, Merle, Isnard, F. Isnard, Mercurin, Isnard, Brezès, C. Mallet, Aubanel, L. Merle, JC.Isnard

Et nous Notaire Royal de ce lieu de Tourrettes soussigné

Malet notaire.

    C’est donc à l’occasion de cette donation qu’est créée la confrérie du saint pape Grégoire et précisé les droits et devoirs des divers membres de celle-ci. Mais cinquante ans après, la Révolution française va souffler sur les régions de France et renverser les cartes…
 

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Inventaire du château des Villeneuve de Tourrettes.

    Cet inventaire est fait « le onze du mois de may de l’an mil sept cens quattre vingt douze » par un commissaire nommé par le directoire du département du Var dans le district de Saint Paul du Var, conformément à la loi relative aux biens des Emigrés du 8 avril 1792. L’homme de loi est accompagné de deux officiers municipaux dont le maire du village pour procéder à l’état des lieux. Ce dernier nous renseigne sur la disposition des pièces dans la grande bâtisse et du mobilier qui la garnit.
    Ainsi dès l’entrée, le vestibule est décoré de quatre mauvais tableaux ; une chambre est attenante à la cuisine, une autre proche contient une cuve d’office en bois.
    Au premier étage, de mauvaises casseroles et des pots vides meublent une cuisine ; dans l’office et les chambres, des tables et caisses en bois de pin, « une brazière de cuivre avec son couvert pezant onze livres », quelques marmites en cuivre, trois écuelles d’étain, quatorze jarres contiennent cent rups d’huile, une caisse en bois renferme du linge de maison usagé, sont le domaine des gens de cuisine.

    Plus loin, le  « salon à manger » possède une table en bois de pin, deux petites tables en marbre à pieds dorés et un buffet en bois de noyer avec de la vaisselle en faïence blanche.
Le « salon de compagnie », où un canapé est garni de toile de « pane », est décoré de deux tableaux de « paizage » au-dessus des portes, d’une tapisserie « d’octolisse »  brodée et une de taffetas vert sur la cheminée. Dans la grande salle, la cheminée est surmontée de sa tapisserie verte, elle contient deux « échenés » (chenets) doubles. Deux tables et deux encoignures en bois de noyer, contenant un mauvais jeu de dames, forment le mobilier. La grande chambre attenante à l’antichambre présente une couchette en bois de noyer avec de mauvaises paillasses et sa literie, une table de nuit, une chaise percée en bois avec son pot et son couvercle en faïence, un bidet et une baignoire en faïence, une table en noyer à pieds de biche et tiroir, une commode en noyer avec son dessus en marbre. Se succèdent des chambres petites ou plus grandes avec chacune son matelas ou sa couche, sa table avec tiroir, sa table de nuit avec pot de faïence, son bidet, sa cuvette et sa chaise percée couverte… Ce n’est pas un mobilier de riche seigneur, mais les meubles semblent assez élégants dans leur simplicité. Près de la grande chambre, un « entrechaut » sert de salle pour le valet avec son petit matelas et une clochette pour le service.
    
    Dans le cabinet de travail, la cheminée est surmontée d’un miroir à cadre doré, une petite table en noyer, à pieds de biche et tiroir, et une table fermée en bois d’olivier avec un couvert en marbre et quatre tiroirs fermés à clé doit servir de bureau. Cinq fauteuils tapissés de maroquin rouge et quatre chaises paillées complètent le mobilier. La pièce est décorée de neuf estampes vitrées à cadre doré d’inspiration mythologique. Le plus surprenant reste à venir : un petit appartement sert d’archives dans lequel se trouvent deux statues en piédestal et de nombreux livres traitant  de religion, de philosophie, d’histoire, le dictionnaire universel des usages en latin, de l’art militaire, du droit canonique, des privilèges des papes, empereurs, rois et princes de la chrétienté, des ouvrages sur les coutumes de Provence, sur l’art de monter à cheval, sur la ville de Rome, le mercure armorial, sur le traité du point d’honneur, des essais sur les maladies, sur l’histoire galante. Suivent des mémoires et lettres contre la commune de Tourrettes sur le procès de la rivière, pour le « pro modo jugerum », pour le canal de la fontaine du village, concernant les tailles, la peine du ban, contre le chapitre de Vence… Nous sommes dans le domaine du seigneur, homme très cultivé et très documenté sur ses droits. Suit une bibliothèque très complète avec des livres d’histoire, de poésie, de vies d’hommes illustres, des campagnes de Louis XV, des droits seigneuriaux, de dictionnaires des femmes célèbres, des insectes, des merveilles, de grammaires françaises et italiennes… sans oublier les nombreux procès contre les Maisons de Cagnes, de Grasse, de Callian, de Montauroux, de Saint Jeannet et de la Gaude etc… etc… Homme de goût, être cultivé, le seigneur de Tourrettes était un homme de procès, en lutte perpétuelle avec tout le monde, ce qui explique la haine de ses sujets et sa triste fin.
 
    Mais la visite n’est pas finie. Au deuxième étage,  à gauche de la chapelle, une jolie chambre très féminine est meublée d’une cheminée avec glace dorée, une couchette en noyer, des fauteuils et une bergère en taffetas vert, une tapisserie « d’octolisse » brodée. Un petit cabinet attenant est décoré d’estampes, de sièges paillés et d’un jeu de trictrac. Un autre cabinet suit avec sa bibliothèque en bois blanc, une garde-robe et sa chaise percée, son bidet et sa baignoire en faïence et pour finir un petit « entrechaut » avec un métier de broderie en bois communique avec une pièce de l’étage inférieur par un petit escalier dérobé. Nous sommes certainement dans le domaine de la
châtelaine. Ce bel appartement jouxte la chapelle garnie de deux fauteuils et quatre chaises paillées. Au dessus de l’autel, un tableau de Saint Joseph, trois chandeliers en laiton et un petit crucifix accompagnent une petite vierge en marbre;  deux clochettes et deux vases sont placés sur une nappe blanche. Dans une niche se trouve un Saint Enfant Jésus. Sous l’autel, l’armoire aux reliques contient quelques petits tableaux et une croix vitrée avec reliques. Deux prie-Dieu fermés conservent des médicaments oubliés…

    De l’autre côté de la chapelle s’échelonnent d’autres chambres avec leur mobilier, leur chaise percée, leur pot et cuvette de toilette. On y découvre de petites cardes pour peigner le coton, des pièces de toile, un mortier de marbre avec pilon, des lampes en laiton, des dévidoirs, des fers à repasser et des toupins en terre, de petites chocolatières en cuivre ou en fer blanc… Le personnel dort non loin des maîtres afin de pouvoir être rapidement sur place en cas de besoin.
    
    Le troisième étage semble être un étage de travail. On y trouve des casiers à musique, des corbeilles en osier, des toupins en terre, des écheveaux de « philoselle », des «cayers » de musique. Une enfilade de chambres appelées « capuchines » sont décorées de tapisseries et tableaux à cadres dorés et nanties de leur garde-robe, salon de toilette, avec cuvette, cruche et pot de chambre, confort de l’époque… Une pièce est appelée « garde meuble » du pigeonnier ; elle contient un coffre vide, des corbeilles emplies de cocons, trois barriques en bois vides, trois pots à eau en faïence, deux pots de chambre et un coffre de cuir vide. Un coffre en bois renferme trois petites balances avec leurs poids.  Elle donne accès à la chambre du pigeonnier avec deux paravents de porte, un lit en noyer, trois chaises et une table de bois ; cette pièce s’ouvre sur le galetas où se trouvent 66 claies de cannes avec montants pour vers à soie, quelques corbeilles plates pour ces vers et une échelle double. Curieusement, une autre chambre contiguë est meublée de vingt-cinq chaises paillées : il semble que ce soit la pièce du «travail en commun ». Au-dessous de cette pièce, se trouve la chambre à « lescive » à quatre crémaillères, puis le grenier à blé avec crible en bois à quatre pieds, en fil de «réchaut ».
    Au rez-de-chaussée, le magasin à huile présente 42 jarres à huile de 30 rups chacune, onze urnes  d’huile de 24 rups l’une, un  grand alambic en cuivre et un petit, des corbeilles en bois et en osier et des chambres adjacentes plus modestes pour le personnel.
    Dans la cave, trois cuves de 3, de 60 et de 80 charges de raisins sont pleines ; une seconde cave contient neuf tonneaux de huit charges…Il n’est pas question du souterrain.

    Cette longue visite nous permet de reconstituer la vie dans ce vaste château aux nombreuses chambres dont le mobilier nous renseigne sur la place de l’occupant et sa situation sociale : maître et maîtresse de maison, enfants, valets et servantes, cuisinières et hommes de peine…
    Le pigeonnier est au sommet de la tour, sous le toit. Les vers à soie sont élevés sous les combles et occupent de nombreuses personnes. Les escaliers dérobés permettent de passer d’un étage à un autre sans traverser toutes les pièces en enfilade. Le mobilier est plaisant mais reste modeste. Le seigneur des lieux avait peut-être de bonnes raisons pour réclamer d’être payé par ceux qui lui devaient de l’argent, afin de maintenir un train de maison suffisant pour nourrir une si grande famille avec serviteurs…
 

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Sous la Révolution.

    Le seigneur Joseph César assassiné dans sa fuite, la famille dispersée, le château va être occupé par la Garde Nationale du district, puis par le 2° Bataillon des Volontaires du Var dont le capitaine instructeur est un certain André Masséna, futur prince d’Essling et duc de Rivoli, pour défendre la frontière du Var. La tradition tourrettane se souvient du passage de Masséna dans ses murs sans que nous en ayons trouvé une autre preuve, et pourtant… De nos jours, Marie M. affirme que sa maison a appartenu à ce grand homme : impossible de le prouver ! La guerre déclarée contre l’Autriche va entraîner les armées françaises à guerroyer dans les montagnes de l’arrière-pays niçois. Le château de Tourrettes va devenir un hôpital de guerre où seront soignés les blessés militaires rapatriés.

       Les archives de l’hôpital relatent les décès des militaires blessés en soins à Tourrettes, au mois de nivôse an III. L’écriture est indécise, l’orthographe imprécise montre le niveau intellectuel peu élevé de l’officier public chargé des écritures de l’état civil du village. Vu le peu de moyens pour soigner les malades de cette époque, les blessés décèdent rapidement dans les trois ou quatre jours. Ces soldats sont originaires du département ou bien ils viennent de Lyon, du Puy de Dôme ou de l’Isère. Ceux qui résident dans le château sont en convalescence. Ils s’occupent en dessinant au fusain sur les murs des paliers des « graffiti » révolutionnaires qui ont disparus depuis mais dont on conserve les images. La restauration du château ne s’est pas faite sans l’avis des Beaux Arts qui n’ont malheureusement pas reconnu l’intérêt de ce patrimoine…

 

 

Les graffitis révolutionnaires
de l’escalier du château

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A la recherche du souterrain du château.

    En 1942, de jeunes tourrettans, poussés par la curiosité ou par l’ennui, décidèrent de rechercher le souterrain mythique dans le château qui menaçait ruines. Ils s’engagèrent dans la salle du rez-de-chaussée qui servait de sellerie à l’un des propriétaires de l’antique demeure. Le long du mur de gauche, sur le sol, un panneau, fait de planches disjointes, dissimulait un trou carré au centre duquel se devinait une trappe en bois à deux volets s’ouvrant comme des persiennes.  Cette ouverture donnait accès à un caveau à voûte basse et bien faite, on ne pouvait s’y tenir debout. Deux bancs de pierre se faisaient face et permettaient aux galopins de jouer aux cartes à la lueur d’une bougie…
    Au sol, une dalle de pierre de deux mètres carrés était munie d’une barre centrale, actionnée par crémaillère, dont le système un peu rouillé n’avait pas servi depuis plus d’un siècle. Cette dalle était entourée d’une rigole.

    Les jeunes décidèrent un jour de tenter l’aventure ; ils se munirent d’une barre à mine et, à l’aide d’une encoche dans la pierre, parvinrent à soulever la dalle de quinze centimètres environ. A travers la fente, ils devinèrent quelques marches d’un escalier qui s’enfonçait dans le sol, tandis qu’une forte odeur de caveau les prit à la gorge. L’expédition ne pouvait aller plus loin : il fallait soulever l’énorme carreau pour permettre le passage, et surtout surmonter l’angoisse créée par cette odeur macabre. L’un des jeunes se souvint des recommandations de sa grand-mère, femme instruite, qui connaissait de nombreux récits concernant le pays. Elle ne cessait de mettre en garde son petit-fils des risques encourus dans le souterrain où, d’après elle, il y aurait de nombreuses ramifications. C’était une sorte de labyrinthe, disait-elle, avec des trous où l’on jetait des prisonniers : c’était les oubliettes du château. Elle pensait aussi qu’il y avait peut-être dans ce dédale des coffres emplis de papiers importants, abandonnés au cours de la fuite du seigneur.


    Car l’histoire dit qu’à la Révolution, le seigneur des lieux s’enfuit par ce souterrain, au fond du vallon de Pascaressa, vers l’emplacement de l’ancienne gare, où l’attendait son fidèle serviteur avec des chevaux sellés. Non loin de là, au quartier des Claus, existait une bâtisse seigneuriale, appelée « château des Sclos », dont la pièce basse voûtée fait penser à une grande écurie. Aux murs, des anneaux scellés dans la pierre à intervalles réguliers, devaient servir à attacher les chevaux du comte, qui aimait se promener à cheval dans la région.

    Le fidèle serviteur confiant, avait fait boire les chevaux. Il avait aidé le comte à monter en selle et, avant de réaliser ce qui arrivait, il fut abattu par son maître qui ne voulait laisser aucune trace derrière lui, avant de disparaître dans la nature. Le cadavre du malheureux fut retrouvé peu après.

 Cet acte ignoble souleva la colère des villageois qui luttaient depuis des siècles contre leurs seigneurs aux valeurs féodales : ils voulaient régner, imposer leur droit comme au Moyen Age, disposer des gens à leur guise. Depuis la disparition de la féodalité, les tourrettans étaient assoiffés de liberté, amoureux de leur indépendance qu’ils avaient eu tant de mal à obtenir au cours des siècles, grâce à de nombreux procès entre la municipalité et le seigneur, devant le Parlement d’Aix-en-Provence.

    Que devint le seigneur ? Etait-il accompagné de sa femme, d’autres personnes de sa famille ? L’histoire ne le dit pas. On pense qu’il partit s’exiler à Londres, comme de nombreux nobles de cette époque. Peut-être voulut-il revenir un peu plus tard par Gênes et Savone ? On raconte qu’à son passage à Vintimille, il fut reconnu par l’un de ses sujets qui s’empressa de le tuer. Vengeance était faite, et puis c’était la Révolution.   (Selon H. Salès)  

 

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Restauration du château des Villeneuve.

    C’est vers les années 1965 que la municipalité de Tourrettes, avec son maire, Maximin Escalier, prit la décision d’acquérir le vieux château, menaçant ruines, afin de le restaurer et d’y installer les bureaux de la Mairie alors logés au deuxième étage de l’école communale.
    Le projet était ambitieux et courageux car, depuis la Révolution, de nombreux propriétaires s’étaient succédés dans les murs sans y apporter des consolidations. Dix familles se partageaient le rez-de-chaussée et les trois étages. La cour et l’escalier étaient en commun, le toit laissait passer la pluie, le plafond de la cage d’escalier s’effondrait. Un imposant échafaudage au troisième étage était permanent et rendait difficile l’accès aux appartements. Un vilain balcon défigurait la façade donnant sur la petite place. Tout était à faire, à commencer par se mettre d’accord avec les propriétaires…

    Etant donné la vétusté des lieux, la Direction Générale des Impôts établit l’évaluation immobilière et la répartition pour chacun qui fut acceptée par tous. Les dossiers sont datés de 1967. Il restait à faire les travaux. Une entreprise tourrettane s’en chargea, la bâtisse a retrouvé son charme d’antan. Elle a reconquit sa noblesse et sa dignité au cœur du village rénové depuis peu. Actuellement, le château mairie met son deuxième étage à la disposition des artistes pour de belles expositions. Le hall et le grand escalier ont longtemps servi de salle de spectacle originale pour des soirées musicales, avant la construction assez récente de la salle des fêtes. La salle voûtée du rez-de-chaussée est très demandée pour les vernissages.
 
    Quant au souterrain du château, terrain de jeu des enfants jugé dangereux, il fut décidé de  combler son accès avec les gravats  de la démolition. Au fond du hall, presque sous l’escalier, se trouvait une petite pièce dont l’ouverture grillagée donne sur l’arrière du château, dans la rue du Pas-Escas. Cette pièce fut murée par sécurité. Des décennies ont passé, ceux qui savaient ont disparu, on ne sait plus pourquoi la pièce fut murée. D’après certains, le souterrain partait de là. Il pourrait suivre le tracé de la rue du Soleil, juste sous le pavement, et sortir dans le vallon proche, au pied du rempart de la ville. La solution est simple et logique.

    On peut aussi penser que le sous-sol calcaire du village est un éperon rocheux où les cavités sont réunies par des couloirs creusés par l’eau en un système de réseau souterrain asséché. Cette idée expliquerait les ramifications et les puits perdus, redoutés par la grand-mère,  où étaient jetés les prisonniers encombrants. Ce dédale pourrait mener, de salle en salle, vers le fond du vallon dans lequel s’ouvrent plusieurs baumes.

    Longtemps les enfants du village ont joué dans ces abris, sans jamais découvrir la sortie du souterrain. Certains ont déclaré l’avoir trouvée, mais ils ont emporté leur secret dans la tombe. Le mystère reste entier, la nature est muette et cache l’ouverture dans ses épineux…



Hall et escalier du château des Villeneuve.

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Bibliographie