Search

Info

Config

  • français

    Version française du site

  • english

    English version

  • japan

    Quelques pages en japonais

  • rss

    Abonnement aux flux RSS du site

  • news

    Recevez gratuitement les news de Tourrettes dans votre boite mail

  • Changer la taille du texte

[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Château de Courmettes

Tourrettes en ses châteaux-3

    Le château de Courmettes
  1. Description
  2. Historique
  3. L’Association Amiral de Coligny
  4. Courmettes pendant la guerre
  5. De nos jours...

  6. Archives du Château de Courmettes
  7. Galerie photos

  8. Chapitre suivant: Le châteaux des Villeneuve

    Retour au sommaire principal



Description.


    Le domaine des Courmettes est situé à 800 mètres d’altitude, sur un épaulement de la montagne préalpine que longe le cours du Loup. C’est un lieu secret et charmant qui ne se découvre que quand on débouche sur le plateau après une rude montée en lacets depuis le pied de la montagne. Il est dominé par le Pic de Courmettes qui culmine à 1248 mètres. Il s’étend sur un vaste plateau de 700 hectares, à deux étages verdoyants grâce à la présence de sources. La partie la plus importante cache en son coeur un petit château campagnard du XVIII° siècle, auquel se sont ajoutées des constructions plus récentes. Autour de la maison châtelaine, de grands prés sont bordés d’arbres pluri centenaires.
    L’autre partie du plateau se trouve en surplomb au-dessus des gorges du Loup, limitée par un à-pic impressionnant. Là, des marnes retiennent l’eau des pluies dans des  mares, ce qui permet l’élevage des moutons. Juste avant l’arrivée sur le plateau, la route longe la ferme spécialisée dans la fabrication des fromages de brebis préparés par le berger poète Bruno. L’air bucolique des lieux porte à la poésie...

Sommaire

Historique.

    Des fouilles récentes ont révélé que l’homme habitait déjà ce lieu il y a plus de 50 000 ans. Le dolmen de Camptracier, près des mares, est appelé « le Tombeau de l’Ancêtre » par les tourrettans. La cella rectangulaire est formée de cinq dalles calcaires s’ouvrant sur un couloir à l’ouest. Le site est très abîmé; on y a découvert des éclats de silex et une pointe de flèche permettant de le dater du chalcolithique.
    Un autre site a complètement disparu depuis une vingtaine d’années; c’est le camp de l’Eouvière, enceinte en « arc de cercle sur à-pic », situé non loin d’une source. Pour surveiller  les incendies, un poste de guet y a été installé dernièrement. Au cours de ces travaux fut découverte une sépulture contenant encore un squelette et des fragments de vases en terre cuite utilisés pour stocker les récoltes, ce qui prouve l’ancienne activité agricole des lieux. Le tout est entouré de ruines d’habitats effondrés, preuve de l’existence d’un village à l’époque romaine, aux premiers temps de notre ère.    (Selon l’inventaire du patrimoine de Tourrettes).

    Des ossements d’animaux découverts par les paléontologues démontrent qu’il y avait des lynx, des ours des cavernes, des loups et des panthères à l’époque moustérienne, soit 100 000 à 35000 ans avant notre ère...

*****

    Les vestiges d’un ancien château de guerre se trouvent sur un promontoire en bordure du plateau dans sa partie ouest. Il est mieux connu sous le nom de « Clos de la Ville ». Un grand mur de barrage nord-est/ sud-ouest longe le sommet et le flanc nord-est sur une longueur de 275 mètres. Il est possible que ce château ait été construit sur un site plus ancien de type celto ligure... Au sommet, les ruines arasées dessinent sur le sol une bâtisse rectangulaire à laquelle est accolée une tour carrée, vestiges du bâtiment et du donjon seigneurial. Les murs liés au mortier trahissent une construction moyenâgeuse. Autour, des restes d’habitations couvrent le flanc est; on y trouva des fragments de céramiques, amphores sigillées, tegulae, des morceaux d’outils en silex, de meule dormante en grès et basalte, de fusaïole… Ces éléments montrent l’existence de la vie depuis la préhistoire, la protohistoire et l’époque médiévale en ce lieu.  

    Au début du XIII° siècle, le Comte de Provence s‘est rendu maître du bas pays de Vence. Pour contrer les châteaux de ses adversaires, il fait construire des fortifications le long de la ligne des Baous. Le château fort des Courmettes va bloquer celui de Courmes. Le Comte y possède le domaine majeur et les droits d’albergue de 15 sous, de cavalcade de 30 sous, de justice, de questes et de dépaissance : impôts de cette époque.     (Selon les enquêtes sur Droits et Revenus de Charles I° d’Anjou en Provence)
     On se souvient que le dénombrement des « castra », effectué de 1235 à 1244, fait état du « castrum de Cormeta » pour Courmettes. D’après l’étude de la démographie vençoise, basée sur le nombre de « feux de queste », Tourrettes possédait 50 feux correspondant à 250 habitants, tandis que Courmettes en avait 4, soit une vingtaine d’habitants. Soixante-dix ans plus tard, en 1315, Courmettes affichait 13 feux, soit trois fois plus, tandis que Tourrettes n’en avait que 58, soit une augmentation de quarante habitants seulement. Que s’était-il passé?
    On sait que le mauvais temps a entraîné des famines suivies de la peste noire qui ont ravagé le XIV° siècle. Les habitants ont-ils déserté les villes insalubres pour se refaire une santé à la campagne? Pourtant c’était l’époque où la Provence était sous le règne du bon roi de Naples, Robert d’Anjou, Comte de Provence surnommé « le Sage » et grand-père de la future reine Jeanne. Tourrettes n’était pas encore aux mains des Villeneuve, dont les seigneurs se partageaient le territoire tourrettan et se regroupaient en famille dans les différents châteaux forts de l’époque...
    En 1312, il est question de prieurs de Tourrettes,  Courmettes et Valettes en synode; en 1376, un certain vicaire de Tourrettes, de Courmettes et des Valettes est cité dans la liste des procurations.
    Mais au dénombrement de 1471, il n’y a plus personne à Courmettes. On peut penser que c’est la fin de ce premier château, abandonné pendant des siècles et tombé en ruines définitivement.

*****

    Au XIV° siècle, le premier seigneur de Courmettes est Bertrand de Grasse, comte du Bar, seigneur des Valettes, le Rouret, Canaux, Courmes, Courmettes, de plusieurs villages de l’Estéron, Callian, Seillans, Montauroux, la Colle, Puybresson, Ubraye, Roquefort, Magagnosc, Saint-Paul de Vence, Mouans, Bormes et Saint-Julien...Ces titres et privilèges sont confirmés par la reine Marie de Blois, mère de Louis II, Comte de Provence, par lettres patentes du 9 mai 1386. Plus tard, la reine Yolande, femme du comte Louis II et mère du roi René, confirmera ces titres par lettres patentes du 18 décembre 1421, renouvelés par le roi René en 1442.
 
    En 1455, le 19 mars, Tanneguy du Châtel, Grand Sénéchal de Provence, accorde à Bertrand du Bar des lettres de prorogation d’un mois de l’hommage qu’il devait rendre pour sa seigneurie de Courmettes.
    Après la mort de sa première femme Marguerite de Forcalquier, fille du seigneur de Céreste, Bertrand du Bar épouse Marguerite de Grimaldi, fille de Luc, seigneur d’Antibes et de Yolande de Grimaldi, dont il aura deux enfants. En troisièmes noces, il se mariera avec Sillonne des Ferres  qui
lui donnera six enfants. Parmi ceux-ci, son fils Isnard sera évêque de la ville de Grasse en 1451, puis abbé commanditaire de Lérins en 1463, et enfin enterré dans la cathédrale de Grasse.
    Charles, le fils de Bertrand, devient seigneur du Bar après la mort de ses deux frères aînés Montréal et Bertrand; il hérite des terres de son père dont Courmettes et les Valettes. Conseiller du roi René et Chambellan, il reçoit l’ordre, le 24 mars 1480, de réparer les fortifications d’Antibes et de Cannes, et de les mettre en état de défense contre les Catalans.
    Jacques, fils de Charles, hérite à son tour des terres de son père et prête hommage en 1499 puis en 1515; il meurt en 1520.
    Son fils Claude en 1520 et son petit-fils Claude le Réformé en 1540 héritent successivement des domaines du Bar, des Courmettes et des Valettes.
    En 1540, Jeanne, fille de Claude II, épouse Nicolas du Mas de Castellane, baron d’Allemagne en Provence et reçoit les Courmettes en dot. Son mari est tué au cours des guerres de religion; réformée, elle voit ses biens saisis par le roi de France. En 1590, elle abjure le protestantisme, ses biens lui sont rendus à condition de continuer à vivre en religion catholique et d’y élever ses enfants.
    A partir de ce moment-là, le domaine des Courmettes ne fait plus partie des biens des comtes de Grasse du Bar. Il est aux mains des Castellane. Pourtant il existe des actes de 1652 et 1683 relatifs au « fidéicommis » opposé au testament de Jacques de Grasse fait en 1519 et concernant les terres des Courmettes, les Valettes, la Malle, Canaux et le Rouret. Ce « fidéicommis » est un legs testamentaire fait au nom d’une personne chargée secrètement de le restituer à une autre. Les  affaires testamentaires sont toujours délicates...

*****

    En 1699, la visite pastorale de Monseigneur Bourchenu, évêque de Vence, indique la construction d’une église aux Courmettes...

    Cette même année, Jeanne Millot, dame de Courmettes, fille de Balthazar Millot de Serrat, seigneur de Courmettes, est mariée à Antibes au seigneur de Vence François Sextius de Villeneuve, héritier en 1698 de son père Alexandre, marquis de Vence qui attrape la peste à la bataille de Gravelines et doit quitter son service de capitaine au régiment d’Harcourt.  François Sextius est capitaine des gardes-côtes de Provence; il fait hommage en 1700 et meurt en duel à Toulon en 1708 contre le chevalier de Grimaldi-Cagnes.

*****

    Après la grande tourmente de la Révolution Française et l’abolition des privilèges,   la Convention décrète la saisie des biens des émigrés en 1792. Le 9 Messidor de l’An III, Rosalie Villeneuve, épouse Constantin, achète à la Nation une terre à Tourrettes pour 2 000 000, et une autre pour 4 000 000 sous les numéros 1 086 et 1 087. Cette Rosalie est la fille du seigneur de Tourrettes, mariée à Pierre Joseph Constantin de Nice, en 1777, le même jour que son frère, lors de ce double mariage seigneurial. Sur l’acte de propriété des Courmettes, est mentionnée la vente du domaine, en date du 25 Floréal de l’An XII, soit le 15 mai 1804. Le vendeur est bien Marie Roseline Elisabeth Charlotte Villeneuve, épouse Constantin et fille du seigneur de Tourrettes.   Sa belle-soeur Madeleine- Alexandrine Julie Villeneuve-Vence, épouse de Joseph Guichard Romée Villeneuve- Tourrettes est co-propriétaire et signe la vente également.
 
    L’acquéreur est Jacques Emmanuel Maurel de la ville de Vence.  Ce monsieur Maurel fera donation du domaine à son fils Joseph Marcellin Maurel, avocat et maire de Vence, donation enregistrée le 27 mai 1846. Entre temps, M. Maurel aura fait l’acquisition du Villars en rachetant les parts de nombreux propriétaires tourrettans.  En 1878, le 26 juin,  la veuve de Marcellin Maurel fait donation des Courmettes à Aubin François Antoine Emmanuel, « propriétaire rentier » de la ville de Grasse, avant de décéder en 1904.    
    
    C’est un très beau domaine agricole avec son château du  XVIII° siècle, ses bâtiments de ferme, ses bergeries, ses belles terres de jardin, de labour, de pâturages. En 1917, le pasteur Stuart Roussel a l’intention d’en faire un sanatorium d’héliothérapie pour soigner les malades atteints de tuberculose osseuse et les soldats de la guerre de 1914-18. L’ensoleillement méditerranéen du lieu, son altitude moyenne et sa situation peu éloignée de l’air marin lui donnent l’idée de copier les installations d’héliothérapie de Leysin en Suisse Romande. Il fonde l’Association du Pic de Courmettes et cherche des fonds pour l’achat du domaine et les travaux d’aménagement en sanatorium. Il réussit à convaincre un riche protestant américain, M. Mac Intyre qui participe au projet. Des dons très importants de protestants permettent d’achever les travaux. Le domaine comportant Courmettes, le Villars, Plan-Rougier et Pié-Martin est acheté le 31 août 1918 par l’Association.

Sommaire

L’Association  Amiral de Coligny.

    La Société civile du Pic de Courmettes est remplacée par l’Association protestante « Amiral de Coligny », présidée par M. Delille. Les transformations  sont importantes: à l’emplacement des greniers de la ferme et des étables, sont aménagées des terrasses de cure supportées par des arcades et entourant les dortoirs. Trois cents ouvriers de la région ont participé à ces travaux. C’est le docteur Gérard Monod qui prend la direction du sana en 1921.  Là se côtoient en bonne entente des malades de toutes nationalités : allemands, italiens, français.
    La route qui mène aux Courmettes monte difficilement en lacets, le sol empierré s’effondre régulièrement et rend impossible l’accès de la maison aux malades immobilisés. De sanatorium, le centre devient préventorium ; il accueille des enfants à la santé fragile qui sont montés à dos de mulet par le sentier rocailleux. Le docteur Monod  fait aménager un pavillon séparé pour une quinzaine de lits de jeunes enfants, un petit bâtiment d’école, des logements destinés au personnel.
    Les travaux pour le captage des sources, la construction des bassins et des canalisations entraînent des dépenses énormes. L’isolement du domaine oblige à améliorer le tracé de la route empierrée. Des prisonniers bulgares sont employés à la construction des murs de soutènement, de caniveaux, à l’amélioration des virages afin de permettre à la vieille Ford de transporter les malades.
    Le docteur Monod compte sur les ressources du domaine: le lait, la volaille, le potager, la porcherie... Mais les finances ne suivent pas. L’aérium  reçoit surtout des malades de l’assistance médicale gratuite, la sécurité sociale n’existe pas encore, le budget est déficitaire. En 1928, après l’enquête de l’Inspection Départementale d’Hygiène, le Ministre et le Préfet exigent la construction d’une véritable route et la transformation totale des locaux. L’Association ne peut faire face à de telles dépenses. En 1929, le conseil d’administration  demande au docteur Monod de quitter son poste, ce qu’il fait avec beaucoup de regret. Les malades sont évacués. Seul subsiste un petit service « d’enfants abandonnés chétifs » sous la direction de madame Monod. L’oeuvre cesse définitivement ses activités en 1934, il ne reste sur place qu’une gardienne et un fermier.
    Que va-t-il advenir du domaine? L’idée du conseil d’administration est de proposer les lieux  à un mouvement protestant de jeunesse. La Fédération Française des Eclaireuses y  fait son premier camp d’été en 1937. C’est un succès et le départ d’une nouvelle vie. Quelques travaux de réparation du toit, de l’électricité, des canalisations sont effectués. Puis de nombreuses cheftaines bénévoles viennent arracher les papiers peints sombres, gratter les sols anciens, passer les murs à la chaux...Pâquerette, l’ânesse, fait de nombreux voyages au ravin pour jeter les vieilles ferrailles.
 
La grande salle est décorée d’une frise représentant les aspects de la vie des Courmettes et « Mr le Curé » y montant sur un âne! Le jardin est entouré d’une clôture et fermé par un portail encadré de deux piliers de pierre. La Présidente du groupe aime les fleurs et tient à faire de la maison un endroit arrangé avec goût. Des travaux d’aménagement de sanitaires permettent d’accueillir une centaine d’enfants. D’ailleurs elle ne peut s’empêcher d’écrire:
    « En partant de Tourrettes sur Loup, il faut monter pendant une heure et demie à travers les chênes verts par un chemin rocailleux qui paraît mener au sommet pelé d’une petite montagne, et on découvre soudain un large plateau ondulé, de grands chênes, des prairies. Mais où donc est la maison? En avançant un peu plus, on découvre son toit de tuiles romaines entre les arbres en contrebas. La vue s’étend, magnifique, embrassant la côte découpée de Nice à Cannes, la mer à l’horizon, l’Estérel à l’ouest. C’est grandiose, inspirant. Et l’on est chez soi sur 650 hectares au flanc de la montagne méditerranéenne ».

    Les camps ont lieu surtout l’été, mais aussi aux vacances de Noël et de Pâques. Au camp de Pâques 1939, les enfants arrivent de Nice par le train jusqu’aux Valettes. Là les attendent Pâquerette, la brave ânesse, et une charrette tirée par des boeufs pour porter le matériel et les sacs.
La petite troupe s’engage sur le « chemin du Paradis », sachant qu’il faut gagner celui-ci à la sueur de son front, sous le soleil ardent du printemps. Au bout de plus d’une heure de souffrance, c’est l’arrivée féerique sur le plateau: le « Paradis de Courmettes ». Le camp s’installe dans la joie et laisse des souvenirs inoubliables de courses dans le brouillard à la recherche des jeunes  pour les corvées, de totémisations, où l’on baptise chacune de noms d’animaux et d’une qualification correspondant à une qualité ou un défaut dominant de leur personnalité.
    
    C’est après le camp d’été qu’éclate la guerre de 39-40. Courmettes va vivre une aventure...

Sommaire

Courmettes pendant la guerre.


    Chef Marguerite Walther, la Directrice, avait des projets sur Courmettes avec la construction d’une ferme-école, afin de tirer parti du domaine d’une façon éducative. Le site se prêtait à l’organisation d’un potager, la plantation d’arbres fruitiers;  la ferme pouvait recevoir des chevaux, des vaches, des porcs, des moutons, de la volaille...Avec la déclaration de guerre, tout tombe à l’eau.

    Les jeunes gens sont mobilisés, la tristesse s’installe. Deux cheftaines décident de passer l’hiver aux Courmettes afin de sauvegarder ce qui avait été entrepris. Avec l’Armistice, d’autres cheftaines se joignent à elles, cinquante vaches réfugiées de la frontière italiennes y sont attendues...Le travail des champs est assuré par des citadines qui sont vite épuisées par le rythme paysan. Mais la production de lait est importante dans cette période de restrictions. Le domaine se transforme en centre d’apprentissage agricole pour jeunes filles, la Ruche, agréé par le Ministère de l’Agriculture du gouvernement de Vichy. Y sont envoyées des jeunes filles qui n’ont pas forcément la vocation paysanne, mais qui doivent se cacher en espérant bien manger. Il y a aussi des cas sociaux qui posent problèmes, tant dans le peu d’enthousiasme au travail que dans les relations avec le muletier, le régisseur ou les ouvriers agricoles. L’expérience de la Ruche est stoppée en décembre 1941.
    Les Eclaireuses réfugiées ne font pas sans mal l’apprentissage de l’élevage. Elles découvrent à leurs dépens que les boeufs qui ont l’habitude de travailler à deux sous le joug ne veulent rien faire seuls. Il faut ainsi aller chercher le compagnon parti dans les prés avec les vaches, rentrer à l’étable, y attacher les vaches et faire sortir les varlets liés ensemble...Plus question de faire l’erreur de les séparer! Une autre fois, c’est le troupeau qui a déserté le pâturage pour se rendre au Caire, où une des vaches a mené le troupeau vers le taureau... Il arrive aussi que le taureau voisin arrive avec ses vaches pour se mêler au troupeau du domaine. Il ne reste plus qu’à faire le tri et chasser les intrus...
 
    Le printemps et l’été  1942 sont très chauds. Les jeunes filles travaillent dans les champs de 5 heures du matin à 10 heures, puis après 17 heures. Pour lutter contre la chaleur, elles s’arrosent les vêtements et le chapeau de paille, elles travaillent ainsi en dégoulinant jusqu’à la fin de la rangée où le tout est sec. Il n’y a plus qu’à recommencer en riant.

    Le ravitaillement se fait deux fois par semaine à Tourrettes par le chemin de Saint-Martin avec Pâquerette. Il est question d’acquérir une autre ânesse, Martine, qu’il faut aller chercher à Vence, à pied bien sûr! Hélène Léo est chargée de la ramener. Jusqu’à Tourrettes, tout va bien. Pour la remontée par Saint-Martin, Martine suit docilement Pâquerette, puis elle s’impatiente et elle essaie de la doubler dans le chemin étroit. Arrivée à ses fins, elle se met à courir dans la côte en entraînant Hélène qui ne lâche pas la corde. D’un mouvement brusque, l’ânesse se retourne et commence à redescendre aussi vite. Hélène a la présence d’esprit  d’enrouler la corde autour d’un arbre pour la forcer à s’arrêter. Martine repart à toute allure vers Courmettes si bien que la montée est faite en trois quarts d’heure au lieu d’une heure et demie!
    Pâquerette reste la préférée de tous, elle se mêle à la vie quotidienne du domaine. Un jour, au moment du thé, elle profite de l’inattention générale et mange tous les pains au chocolat fabriqués par les amies. Ne fait-elle pas partie de la famille?

*****

    Malgré les évènements, les jours s’écoulent heureux. Le travail consiste à rentrer les foins, le bois, cueillir les bractées de tilleul, la lavande, les légumes, arroser, désherber et biner le potager, garder les chèvres, les génisses, les vaches, aider à la cuisine, faire le service de la maison. Un moment de méditation le matin, le lever des couleurs, le travail fait avec enthousiasme, un bon repos l’après-midi, les travaux tranquilles le soir, une veillée de chants et de rires rythment la journée.
    Avec les muletiers, les chauffeurs de la jeep, les ouvriers agricoles, ce sont des jeunes gens de toute sorte qui travaillent sur le domaine. On y trouve des chômeurs, des adolescents qui refusent de partir pour le STO, des jeunes résistants, des prisonniers allemands après la guerre. Le muletier est un réfugié d’Allemagne. Au Villars, ferme qui dépend de Courmettes, des résistants se sont installés, camouflés en charbonniers. Ils viennent travailler aux Courmettes, on leur donne des légumes, ils fournissent le pain. Après les parachutages d’armes, ils partent vers le Vercors. Les allemands mettent le feu à la ferme du Villars à la suite de « traces suspectes ».  Déjà le plateau avait été arpenté par des chasseurs alpins avec leurs mulets, malgré l’isolement du site. Plus tard, au moment de l’armistice, de nombreux italiens passeront par Courmettes pour essayer de rejoindre l’Italie...
    Le 15 août 1944, les Alliés débarquent en Provence, ils bombardent Cannes et filent vers Grenoble. Des FFI qui rejoignent le maquis passent à Courmettes et emportent tout ce qui peut leur être utile: couvertures, provisions... Hélène leur demande de faire la liste de ce qu’ils empruntent.

    Un matin d’été, tandis que les jeunes filles prennent leur petit déjeuner sur la terrasse, elles voient apparaître au « Chêne des Adieux », au débouché du chemin de Tourrettes,  un groupe de soldats allemands.   Ceux-ci  ont  dû  être agréablement surpris à la vue du plateau dans la fraîcheur matinale, car ils se sont mis à tirer des coups de fusil en l’air. La panique est générale... C’est une section de vingt-cinq soldats qui vient passer deux jours aux Courmettes. Revolver au poing, mitrailleuses en place, ils perquisitionnent les bâtiments. Le soir venu, ils enferment les habitants dans la grande salle, à clé. Hélène pense brusquement à la liste des objets emportés par les FFI et signée du lieutenant. Elle prétexte un mal de tête et demande la permission de monter à sa chambre où elle récupère discrètement le papier et le fait disparaître. Les « hôtes » réclament du café, elle allume la cuisinière avec tous les papiers compromettants. Un des soldats fait comprendre qu’il est tchécoslovaque et qu’il a très peur des terroristes. Il n’y a que cinq allemands parmi eux, les autres sont des polonais raflés dans les bois en Allemagne. Ils ne trouveront rien qu’un ancien tampon du « sanatorium d’héliothérapie »!...
 
    Ils surveillent tous les travaux de la ferme, la traite du soir, la mise bas d’une vache...Le soir suivant, tout le monde est encore enfermé dans le salon. Des coups de feu sont tirés dans la nuit: c’est un polonais qui a tenté de s’enfuir, il est blessé. Le lendemain matin, l’officier demande à Hélène de l’aider à le soigner. Il décide d’emprunter Pâquerette pour redescendre le blessé. Hélène tient à récupérer l’ânesse et réussit à convaincre l’officier de se faire accompagner d’un garçon pour ramener l’animal. Vers 4 ou 5 heures, le garçon n’est toujours pas revenu. Inquiète, Hélène part à sa rencontre avec deux autres jeunes. Elle va jusqu’à Vence où elles retrouvent  « ses » allemands qui lui assurent que le garçon est bien reparti avec la bête. A Tourrettes, c’est l’heure du couvre-feu, on ne peut pas passer. Après quelques palabres, deux ou trois allemands acceptent de les protéger pendant la traversée du village, et ne les quittent qu’une fois engagés sur le chemin sous le couvert des arbres.
    C’est en chantant à tue-tête en français qu’ils vont faire le chemin du retour afin de ne pas servir de cible aux résistants éventuels. Ils arrivent à Courmettes à onze heures du soir. Pâquerette est là, son ânier aussi. Il a préféré passer par la ferme du Caire pour éviter la zone dangereuse...

    Quelques jours plus tard, ceux de Courmettes assistent à la Libération du village à partir du Villars. Mais les épreuves ne sont pas finies. Les suspicions vont bon train. On soupçonne Hélène d’avoir pactisé avec l’ennemi lors de son passage à Tourrettes, on la menace avec une mitraillette.
Hélène se sent seule et abandonnée. Tout finira par s’arranger…

    (Selon les archives de Courmettes)

*****

    Pour parvenir à ce site enchanteur, ce coin de paradis presque inaccessible, la route est bien le problème majeur. En 1921, l’état de la route qui mène à Courmettes est relaté par un rapport précisant « qu’on accède au sanatorium, de la route de Vence à Grasse (CG 36) – passage à niveau des Valettes, halte de la ligne Nice – Meyrargues des Chemins de Fer de Provence – par un chemin muletier, long de 4 kilomètres 500, qui s’élève en 32 lacets superposés, sur le flanc abrupt de la montagne, de 300 à 850 mètres d’altitude, suivant une pente qui atteint souvent 20%. »
    Le chemin est grossièrement empierré, il ne peut être utilisé par une automobile. Trois forts chevaux , attelés en flèche à une charrette de montagne, sont nécessaires pour monter avec peine une charge utile de 600 kilos, en deux heures et demie ; il n’y a pas le téléphone, mais sera le premier installé du village, avec le numéro 1 !
    En 1943, la chef Hélène Léo est victime d’une crise d’appendicite aiguë. Elle est transportée sur un brancard porté par quatre hommes jusqu’à l’ambulance qui l’attend aux Valettes, près de la halte du train. Nous pouvons imaginer le supplice de la malheureuse secouée sur l’affreux chemin pendant les quatre kilomètres de descente !
    En 1947, le domaine achète la première Jeep qui escalade la route ravinée par les pluies torrentielles. Avec l’aide du Fonds Forestier National (FFN) et une souscription privée, des travaux sont entrepris pour la stabilité du sol et l’agrandissement des virages que la jeep devait alors négocier en plusieurs fois.
    En 1950,  la route est accessible au tourisme jusqu’à la « plateforme », à mi-chemin. Là sont chargées les arrivantes avec leurs bagages, dans les deux jeeps pour le dernier tronçon sportif…C’est un immense progrès.
    La solution viendra plus tard, grâce à la lutte contre les incendies. L’idée lancée en 1973, projette de transformer la route actuelle en route pare-feu susceptible d’être goudronnée  afin d’en permettre l’accès aux pompiers… Elle sera faite en 1990, à la grande joie des occupants du domaine.

*****

    Cet isolement paradisiaque présente un autre handicap : le feu, précisément. En 1940, le feu ravage la pente qui domine les Valettes et monte vers Courmettes ; il détruit les jeunes chênes verts et laisse la trace noirâtre de son passage pendant de nombreuses années… A la moindre fumée, chacun se précipite avec des branchages feuillus verts pour « taper » sur la lisière de l’incendie. Il est important d’être nombreux et d’avoir la bonne technique : il s’agit de taper le feu en ramenant les braises vers le centre du foyer, d’un mouvement de poignet pour faire tournoyer la branche. Les hommes de Tourrettes sont accourus à la rescousse par l’odeur de brûlé ; ils sont très compétents en la matière : chasseurs ou bûcherons, ils ont l’habitude et sont efficaces. Une escouade de Vietnamiens vient en renfort ; ils sont armés de pelles, de pioches et envoyés par la Protection civile. Parfois, un petit contre-feu, allumé à l’avant d’une sente, permet de retarder l’avancée des flammes en les privant de broussailles.

    Chaque année, après la saison d’été qui a séché les herbes et parfois les arbres et arbustes, le feu dévore la pente et monte vers Courmettes d’un côté ou d’un autre. C’est une époque de grande surveillance, car il faut attaquer le sinistre à temps. Quand les pompiers luttent contre l’incendie, il faut leur apporter soutien et nourriture : du pain, du saucisson, à boire. Le camp s’agite dans tous les sens, chacun a son rôle jusqu’à la victoire qui récompense des efforts de la journée…

Sommaire

De nos jours

     De nos jours, le vaste domaine s’efforce de maintenir le milieu naturel d’une incroyable richesse, si près de la mer et protégé de toute urbanisation. Le site est exceptionnel par son altitude de 800 mètres, sa vue sur la Côte, ses vestiges du passé – menhirs, dolmen, voie romaine et bories – sa faune et sa flore remarquables, dont plus de cent espèces protégées. Il est devenu depuis quelques années une Réserve Naturelle Volontaire, encadrée scientifiquement par le Conservatoire d’études des écosystèmes de Provence, le CEEP, qui a fait un long recensement des richesses de la faune et de la flore.  Parmi les herbes du plateau se cache la « Magicienne dentelée », la plus grande sauterelle d’Europe, espèce protégée. Parmi les lys de Pomone se faufile la couleuvre à collier. Dans le ciel azuré planent l’aigle royal et le circaète, tandis que le pinson s’égaille dans les branches du charme houblon. Les cerfs se cachent près des mares, des fossiles couvrent le sol du Pic alpin de Courmettes … A son pied, au creux d’une dépression, les grands chênes millénaires étendent leurs branches aussi épaisses que des troncs. Sous leur énormes ramures druidiques, les randonneurs font une halte rafraîchissante et spirituelle : de leurs bras ils entourent ces arbres ancestraux en cherchant à y puiser l’énergie vitale extraordinaire qui leur a permis de traverser les siècles…
 
    L’association des Courmettes a pris à cœur la conservation de ces ressources et le rétablissement du milieu agricole longtemps abandonné. Il a proposé, pendant un temps, des chantiers Nature, des sorties écologiques, des séminaires de méditation et d’intériorisation, de retour à l’essentiel par l’épanouissement personnel, de chants et danses sacrés venus d’Orient ou de traditions séculaires européennes… Tout un choix de découvertes insolites comme pour mieux rêver…Mais la page est à nouveau tournée, dans l’attente d’un avenir différent…

En savoir plus sur la gestion actuelle du domaine

Sommaire

Chapitre suivant: Le châteaux des Villeneuve

Retour au sommaire principal

Bibliographie