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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-XVIII° siècle

Le XVIII° siècle

  1. L’invasion des Impériaux
  2. L’affaire Desguignés
  3. Etat des dépenses faites par la communauté à l’occasion de la guerre de 1707
  4. Les délibérations du Conseil Municipal
  5. La dîme dans le diocèse de Vence
  6. Procès du seigneur de Tourrettes avec la commune
  7. Extrait des registres du Parlement d’Aix
  8. Le double mariage seigneurial

  9. Chapitre suivant: Les voies de communications

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L’invasion des Impériaux.

 

    Dès le début, le XVIII° siècle est plongé dans un bain de sang. Le nouvel évêque et seigneur de Vence, Monseigneur Crillon, fait hommage au roi devant les seigneurs de la Cour des Comptes et des Finances de Provence : «  il a presté serment de fidélité à genoux, teste nue et mains jointes sur les saints Evangiles, pour raison de la terre et seigneurie de Vence, Bézaudun, le Broc, Malvans, Lhormée, la Bastide et le Canadel despendans de son évesché dont il a promis le dénombrement ».

     Déjà des querelles éclatent entre le marquis et l’évêque à propos de « l’affaire des poissons ».
    Il s’agit de préséance sur le marché entre les serviteurs des seigneurs. Le marquis tient à être servi le premier pour avoir la meilleure part. Il va jusqu’à armer ses gens «  de bastons et de pierres ». Parmi eux se trouve un certain César Mallet de Tourrettes, cousin de la Dame de Vence, Jeanne Millot, dite « Dame de Courmettes », mariée au seigneur de Vence, Sextius, en 1699. Quand Alexis Roux, cuisinier du prélat, s’avance pour se faire servir par le poissonnier, César, le tourrettan, l’interpelle et donne le signal de l’attaque. Devant les yeux ébahis de l’évêque à sa fenêtre, le malheureux cuisinier ensanglanté se réfugie dans l’église où le laquais de l’évêque, venu lui prêter main forte,  est abattu d’une pierre et de trois coups d’épée à la tête. Après ce meurtre, il faut nettoyer la cathédrale et la remettre en état de culte par des cérémonies d’exorcisme...

*****

   La guerre de Succession d’Espagne s’ouvre avec la nécessité de donner un successeur à Carlos II, dernier héritier mâle de Charles Quint. Par testament, Louis XIV place à Madrid et à Milan son petit-fils Philippe, duc d’Anjou. Bien qu’allié de la France, le duc de Savoie, versatile selon son habitude, s’allie à l’Autriche en 1703. L’évêque de Vence revendique la seigneurie de Gattières aux mains des Français à cette époque. Gattières, enclave savoyarde par choix,  appelle  au secours la ville de Nice, dont le gouverneur Charles Isnardi di Caraglio, dit « marquis de Carail »,  décide d’envoyer un corps d’armée pour défendre la localité.

     En janvier 1704 l’ennemi austro savoyard passe le Var à Saint-Laurent dont il s’empare, et attaque le Broc, Carros et Gattières avec 1600 piémontais. Le régiment de Damas qui défend Gattières se sauve, accourt à Vence et entraîne avec lui les sept compagnies françaises et de nombreux habitants. Saint-Jeannet est attaqué, volé et dépouillé « jusques à la chemise et solliers, mesme à des femmes ». Les piémontais de l’armée impériale pillent les maisons et les caves, battent les plus pauvres qui ne peuvent rien donner, violent filles et femmes. Leurs chefs réclament cent louis d’or en menaçant de brûler et ruiner le village. 
    Après avoir dévasté toute la région, ils arrivent à Vence qu’ils mettent à sac et s’arrêtent à Tourrettes. Les vigueries de Grasse et de Draguignan lèvent deux armées qui rejoignent le régiment de Damas pour délivrer Vence et sa région. Les Français sont vainqueurs, ils reprennent Nice où les remparts sont démolis et la citadelle rasée. A la demande de l’évêque Crillon, les communes font un inventaire des dépenses faites et des dommages subits: les églises pillées, les tabernacles brisés, les dégâts se montent à 511.390 livres pour toute la région, dont 2.669 pour Tourrettes.
    Aidé des Anglais, le duc de Savoie tente de reconquérir Nice.

    L’hiver 1707 est terrible, c’est le « petit âge glaciaire ». Un anticyclone de type sibérien, localisé sur la mer Baltique, fait choir la température à  -20° C. Le 6 janvier, tout gèle à la tombée de la nuit. Jusqu’en mars, la neige et la glace empêchent de sortir des maisons, les oliviers et les agrumes sont gelés, les légumes aussi. La pluie se met de la partie, le Var déborde, les ponts et les digues sont emportés; il n’y a plus ni travail ni vivres ni argent. Les troupes françaises cantonnées à Vence et à Tourrettes n’ont plus rien à manger, les chevaux non plus. Les municipalités se plaignent auprès de Monsieur d’Artagnan, intendant de Grasse qui obtient du roi le retrait des soldats. De plus, le roi fait un don considérable en blé tandis que les travaux sur le Var donnent de l’ouvrage aux hommes.

       En mars, les troupes suisses envahissent Vence et réclament logement et vivres. Soldats en loques, puants, hirsutes et décharnés, ils font peur aux communes qui préfèrent leur donner de l’argent pour les voir s’éloigner. La famine s’installe, les réserves sont mises en commun pour nourrir les pauvres qui meurent de faim. Les frontières de Provence sont toujours envahies, les réquisitions continuent.
     La paix d’Utrecht ramène le calme en 1713. A la demande du roi, tous les villages allument des feux de joie et chantent des Te Deum. Les gens sont décharnés, les villages amaigris: Vence n’a plus que 17 feux au lieu de 21.

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L’affaire Desguignés.

     C’est au milieu de tous ces troubles qu’éclate à Tourrettes l’affaire Desguignés,  secondaire  de la paroisse. Ce jeune prêtre vient de Vence où il est né dans une famille de notables puisque son père est notaire royal. Grâce à son oncle, docteur en théologie, il a choisi la voie ecclésiastique. Plein de fougue et d’une foi vive, il est érudit et a des idées avancées pour l’époque.
    Le village l’attend avec curiosité. Il fait d’abord bonne impression car il dit ses sermons en provençal comme l’avait fait monseigneur Godeau en son temps. Il sait à l’occasion faire quelques citations latines. Pour l’instant tout va bien.
    Mais peu à peu on vient à lui reprocher, par jalousie naturelle, de préférer la compagnie des notables, celle de la famille du seigneur récemment reconvertie. Il organise des rencontres chez l’habitant autour de thèmes soi-disant religieux. On ne sait pas ce qui se passe et ce qui se dit derrière les portes closes... on soupçonne la maîtresse d’école, Louise Gazagnaire, de faire chez elle des assemblées pas très « catholiques », avec fabrication de figurines comme pour la magie... on le voit avec la jeune Marguerite Aussel, assis l’un près de l’autre sur le pas de la porte... alors les langues vont bon train, et les idées tordues aussi... les gens font de mauvais jeux de mots qui sont repris comme venant de lui... on l’a vu, le soir, chez Marguerite Merlesse, manger des fruits et rire avec la jeune veuve...
    Pourtant il a une vie studieuse et consciencieuse, se couche tard, aide souvent le petit-fils du notaire dans son travail scolaire. On s’en plaint malgré tout à l’évêque qui cherche un motif de la réprimande. On trouve chez lui des livres jansénistes, à la doctrine sévère déjà utilisée par Calvin, et dont il se sert pour ses sermons: en somme il utilise la méthode protestante, dont on vient juste de se libérer, avec le système des assemblées, des prêches en langue vulgaire, des traductions de psaumes dans ce patois. Le procès peut commencer.
    Jean-Baptiste Desguignés est retiré de son poste de secondaire à Tourrettes, et condamné à une année d’enfermement au séminaire de Vence où il réapprend son rôle de prêtre. Dans cet établissement créé par Monseigneur Godeau en 1669, la journée commence à 5 heures à la belle saison, 5h.30 en hiver. Elle est partagée entre l’oraison, la méditation, le travail, l’étude et l’office. Une seule récréation est prévue entre 11 heures et midi où les jeunes clercs peuvent jouer aux boules ou aux échecs.
    A sa sortie, le pauvre prêtre sera éloigné de Tourrettes ; il a perdu  son zèle apostolique.

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Etat des dépenses faites par la communauté à l’occasion de la guerre de 1707.

     « Selon l’ordre de Monseigneur l’intendant, nous avons fait partir de ce lieu, le 8 juillet 1707, douze des meilleurs mulets pour servir aux voitures de l’armée, avec trois hommes pour la conduite d’iceux, un maréchal-ferrant pour le temps nécessaire de la campagne. De ces douze  mulets n’en sont rentrés que six, sur les six autres, trois sont morts et trois des meilleurs ont été retenus par des officiers selon le certificat du brigadier.
    Les particuliers qui ont fourni les mulets demandent à la communauté le payement du temps utilisé par ces mulets pendant la campagne, ceux qui ont perdu leurs bêtes demandent le payement du prix d’iceux avec le temps de la campagne qu’ils ont servi et les dommages et intérêts par eux soufferts.
    Le cinquième dudit  mois ont reçu l’ordre d’envoyer deux cens hommes à Saint Laurent, scavoir un lieutenant et trente soldats de milice et deux sergents auxquels leur a été fourni des bales et poudre pour vingt coups chacun, et les autres pour travailler aux retranchements qui se fixent audit Saint Laurent auxquels la communauté leur a payé les soldats à raison de dix sols par jour et les paysans à raison de dix sols pour le temps de quatre jours, qui se monte tant pour la munition que argent payé aux soldats et travailleurs.
    Les ennemis étant entrés dans la Provence le 13 juillet, le 16 juillet les maires et consuls furent sommés de se rendre à Saint Laurent pour convenir de la contribution. Il fut convenu que la communauté payerait 2000 livres dans les trois jours. Cette somme n’ayant pu être rassemblée, elle fut arriérée de 300 livres avec 2,5% que le trésorier général de son Altesse prit pour son droit. On obligea la communauté de lui faire 750 rations de pain de 30 onces qu’on obligea de faire porter à Canes. Lorsqu’ils en firent la conduite, ceux qui en faisaient la recepte n’en voulurent que 600, et gardèrent trois hommes en otage jusqu’à l’entier payement. La communauté se trouve pour ce sursis en dépense d’environ 3000 livres soit pour les voyages et autres frais.
    Après quoy, le gouverneur établi par son Altesse à Saint Paul fit ordre à la communauté de faire envoyer à Saint Paul tous les massons qui se trouvaient en ce lieu, plus dix hommes, dix femmes et quatre bêtes durant le temps de vingt-six jours que la communauté est obligée de payer, à scavoir le maçon à une livre par jour, les hommes à dix sols, les femmes à cinq sols et les bêtes à cinq sols sous la promesse de lui faire mettre en compte sur le restant de ladite contribution. Ce que leur ayant demandé, il se serait moqué d’eux et par  ainsi la communauté a fourni 456 livres.
    Outre et par-dessus cette dépance, le gouverneur leur a fait donner quatre charges d’avoine, six charges de vin, deux rups de lard, quatre paires de poulets, deux paires de pigeons que monte l’avoine à 10 livres la charge, de vin 9 livres la charge, de lard 5 livres le rup, les poulets et pigeons qui se monte à 110 livres sous la promesse qu’il faisait mettre en compte sur ladite contribution.
    La communauté a encore été obligée de l’ordre reçu de monsieur Laroche commandant au château Villeneuve de leur envoyer de vin et de viande pour la subsistance de la garnison en date du 31 juillet, ce que ladite communauté aurait fait et envoyé 4 charges de vin à 9 livres la charge et quatre moutons à 6 livres 10 sols.
     D’autre part la grêle a emporté tous les raisins et fruits et même la plupart des grains que les habitans sont presque à la faim et en dernier lieu les pauvres habitans ont demeuré plus d’un mois et demy sans aller travailler à la campagne qui est  cause que la plupart du terroir est resté sans cultiver et qu’on ne peut semer et perdu la plupart des grains qui étaient à recueillir à cause de la garde qu’on faisait tous les jours.
    En foy de quoy, avons dressé le présent état et remis à Monseigneur l’évêque de Vence. Lesdits consuls supplient sa grandeur de vouloir procurer à ladite communauté le remboursement des grandes dépances qu’elle a été obligée de faire à l’occasion de ce que dessus et prions Dieu pour sa santé  et prospérité. »  (Archives Départementales des Alpes Maritimes - 5E 51)

    La guerre fait peser un lourd tribut sur les  villages déjà pauvres, tribut que les chefs d’armée n’hésitent pas à alourdir de nouvelles exigences. Le peuple doit se garder, se défendre, travailler la terre, nourrir les siens et les soldats en garnison dans la contrée. A cela s’ajoute le mauvais temps qui ruine les récoltes. L’hiver a été pourri, l’été est dévastateur, les conditions de vie sont inhumaines pour les malheureux villageois… 

Les délibérations du Conseil municipal.

    Les Archives communales de Tourrettes nous racontent:
    « L’An mil sept cens vingt cinq et le quinzième jour du mois d’avril, jour du saint dimanche, après le saint sacrifice de la messe, le conseil général de ladite communauté dans la maison commune assemblé par authorité et présence de M° jacques Aussel lieutenant de juge à la requeste dessieurs charles Taladoire, andré Aubanel et augustin Bareste consuls et trésoriers modernes de la communauté, après avoir fait faire les criées publiques par louis Baudin, valet de ville à la manière accoutumée auxfins de convoquer tout chef de famille à assister audit conseil et donner leurs suffrages...” »

    Comme au siècle précédent, la réunion du conseil municipal se fait après la messe, donc un dimanche, en signe de purification, et après l’avoir annoncé par le garde champêtre aux carrefours et à la croisée des chemins selon la coutume. Les noms sont les mêmes que précédemment et sont ceux que nous retrouvons de nos jours. Donc, ce jour-là, le conseil fait ses comptes et parle de «  53 livres 3 sols 6 deniers à l’hospital de ce lieu pour les intherests annuels que la communauté leur doit »...
    Le 6 mai, le conseil délibère entre autre « sur la nécessité de faire réparer les chemins attendu que la plupart d’iceux sont en très mauvais estat... »
    Il arrive parfois que le Conseil devienne houleux, des mécontents manifestent avec éclat sur les décisions prises par les regardateurs. Le lieutenant de juge décide alors de condamner le perturbateur à une amende qui peut se monter à 30 sols, augmentés de 10 si l’affaire n’est pas acceptée rapidement.
    Quant aux deux frères Couvelly qui ont fait du tapage au milieu de la réunion, ils sont mis tout simplement à la porte...

l’instruction publique:

     Le dimanche 8 juillet, le conseil a présenté «  que c’est maintenant le temps d’accorder un régent pour les escolles de cedit lieu et parce que le sieur césar Geoffroy régent aprésent d’icelles advertit fait quelques mois lesdits sieurs consuls d’accorder quelque autre régent et qu’il ne se trouvait plus disposé atenir icelles, lesdits sieurs consuls voulant ledu de leur charge et auxfins que l’éducation soit donnée aux anfans de ce lieu, mettant en notice au présent conseil que ce jourdhuy il y a dans ce lieu le sieur Charrier de la ville d’Aix et qu’ayant appris que c’était un homme propre et capable pour tenir lesdites escolles, se seraient transportés dans la maison d’antoine Albanel, hoste où il est logé, et après avoir conféré avec lui pour raison desdites escolles, ils avaient remarqué que c’était un homme capable pource, après quoi luy ont demandé ce qu’il prétendait pour ses gages d’une année, pour quoi leur a réparty qu’on ne luy pouvait pas moins donner que de deux cens livres pour année, sur quoy les consuls n’ont dit mot auxfins de rapporter le tout au présent conseil pour délibérer sur ladite proposition... »    «  Ledit sieur Charrier fut accordé pour régent des escolles de ce lieu, pour une année qui prendra son commencement à la feste de la saint Michel prochaine et ce semblable et pareil jour finira l’année complette et révolue aux gages de deux cens livres qui lui seront payées, scavoir cens cinquante livres par la communauté suivant la déclaration du Roÿ et en trois quartiers, le premier desquels sera payé au commencement de l’année, le segond à la fin de février et le troisième par tout le mois de juin de ladite année, et les cinquante livres restantes pour l’entier payement des gages et dettes déclarées seront payées audit sieur Charrier par les particuliers qui envoyeront les enfans à l’escolle... et en deux quartiers, le premier desquels commencera aux festes de la noel de ladite année, et le segond à la feste de saint Jean .
    Il y aura quinze jours de vacance pendant ladite année  qui commencera à la croix du mois de septembre. Ledit sieur Charrier sera tenu et obligé d’apprendre aux enfans à lire, escrire et l’arimettique et le latin à ceux qui se trouveront disposés pour l’apprendre suivant la volonté des pères, le tout sans abbus ny préférence aucune, sous quelque cause et preteste que ce soit...»

    Déjà sous François 1° « on parlait d’escholles et de collèges espanduz par toutes les villes et les villages du Royaume ». Un édit de 1551, renouvelé en 1606 par Henri IV et en 1698 par Louis XIV, enjoint « les recteurs ou mestres d’escholle »  de se faire approuver,  avant d’exercer,  par l’autorité ecclésiastique qui tient l’enseignement dans sa main depuis des siècles. L’instruction est gratuite pour les indigents. Souvent à cette fonction de  magistré, le régent cumule celle de vicaire pour un religieux, de notaire ou de greffier pour un laïc, ou même de chirurgien. En cas de pénurie, il peut venir de très loin, ou aller très loin. Ainsi on trouve à Saint-Jeannet un sieur Claude Albanel du lieu de Tourrettes à la régence de l’école alors que son fils Antoine, maître chirurgien, sera son successeur dix-neuf ans plus tard. En cas de pléthore, le savoir ne suffit pas, on scrute la moralité du maître avant de faire son choix. En cas de litige, on procède à une élection, car le peuple a son mot à dire. Il préfère le laïc au religieux afin d’éviter « l’obligation de la dévotion ». Le maître n’est choisi que pour une année à partir du 14 septembre, fête de la Croix Glorieuse,  jusqu’à celle de la saint Jean d’été, au 23 juin. C’est la Révolution qui lui donnera son titre d’instituteur, mais il sera encore longtemps appelé « le maître ».

*****

     Le 2 septembre 1725, il est question par ordre du roy de faire tuer toutes les chèvres de la commune ou de s’en défaire dans les trois jours, les faire sortir du territoire. Les chèvres mangent tous les jeunes plants. Le roy veut donner une attention toute particulière, à la conservation du bois de noyer pour l’utiliser à son service. Ce bois est devenu fort rare depuis l’hiver 1709. Le marquis de Breteuil est chargé de lui envoyer un état des plants de noyer en Provence, en distinguant les jeunes arbres des vieux qui ont été attaqués par l’hiver de 1707.
    C’est une catastrophe car les chèvres sont la richesse des pauvres gens; elles donnent du lait, qui alimente les enfants, et avec lequel on fabrique le fromage. Leur cuir est utile, elles sont peu onéreuses à l’achat et peu gourmandes à la pâture. Mais elles abîment les arbres dont elles grignotent les jeunes pousses.

la ferme de la paneterie:

    Ce même jour, on traite des obligations pour les boulangers « de vendre du pain blanc et du rousset au prix de douze sols... sans faire aucun abbus ni préférence, ils donneront le pain cuit. Lesdits fermiers vendront l’huile et le vin aux mesures et selon les taux qui leur seront remis et donnés par lesdits regardateurs ».
    Les adjudications communales ont lieu chaque année sur la place publique par les consuls et en présence du lieutenant de juge, avec l’assistance du valet de ville. Elles se font aux enchères en trois fois, toujours le dimanche, à « intervalles de huitaine ».
    A la ferme de la vente du pain, la paneterie, puis la boulangerie après 1676, est annexée la débite du vin et de l’huile. Elle est basée sur la  rêve, véritable « droit d’entrée », et la gabelle considérée comme le « tribut »; elle est votée chaque année par le Conseil et fixée à 15 sols par charge de blé, 20 sols par charge de vin et 5 sols par rup d’huile. Cette concession entraîne pour ces fermiers le monopole de ces denrées. L’adjudication de la paneterie est de l’ordre de 116 écus en 1652, 100 livres en 1766, elle sera de 200 livres en 1789. Après la Révolution, la boulangerie deviendra accessible à tous après avoir payé la patente.
    Le poids du pain peut changer avec le prix du blé, c’est le prix du pain qui reste fixe.
    En 1791, la livre de pain blanc coûtera 2 sols 9 deniers, le prix de la livre de pain rousset, ou pain bis, sera de 2 sols 3 deniers. Le vin sera fixé à 5 sols tandis que la livre d’huile égalera les 8 sols et 6 deniers. 

    Le 24 septembre, le Conseil se réunit pour affermer la banque de la boulangerie. Il fait procéder aux enchères selon la coutume. Pierre Aussel, Honnoré Isnard et Antoine Taladoire font  l’offre  de 5 écus de 3 livres pièce. Ce même jour, une autre offre est faite par Honnoré Bellegarde du Bar aux mêmes conditions du procès verbal et sur la caution de Guillaume Mallet, et se montant à « nonante livres payables aux festes de la noel prochaine ». Le Conseil délibère sur les offres et craignant que cette dernière soit plus onéreuse que profitable au bien public, décide de rejeter celle de Bellegarde...
    Deux ans plus tard, le boulanger est condamné pour fausses mesures et faux poids. Il est décidé que « avant de sortir le pain du four, le fermier boulanger sera tenu de prévenir les regardateurs et s’ils trouvent que parmi la fournée il y a des pains courts, les regardateurs les couperont pour qu’ils ne puissent être vendus entiers, néanmoins ils pourront être vendus au poix ». 

    Le 30 septembre, il est encore question du régent des écoles. Monsieur Pons du Bar se présente et réclame soixante écus. Le Conseil lui répond qu’il ne lui sera donné que quarante écus pour l’année, ce que le nouveau maître accepte. Il est choisi à l’unanimité. 

    Le 27 novembre, le conseil délibère sur le fait que «  les fermiers des moulins à bled et à huile que la communauté a en banalité en ce lieu pour neuf années complètes et révolues pour le prix et somme de vingt trois mille livres, aux parties et conditions portées par l’acte de bail de leur ferme, n’ont encore rendu leurs comptes du montant d’icelles, et parce qu’il en est de l’interest de la communauté de scavoir les payements que lesdits fermiers peuvent avoir fait accompte de ladite somme de 23.000 livres... ».  Les moulins sont donc affermés pour un bail de neuf ans, mais il est parfois difficile de faire payer les locataires! 

la banque de la boucherie: 

    Ensuite c’est le tour de la banque de la boucherie qui est mise aux enchères pour une année commençant à la saint Michel, date repère, et finissant à cette même date l’an prochain. Les conditions sont les suivantes: le boucher établi est tenu et obligé de tenir chair de mouton, agneau, chevreau ou « vedelle de lait en leur temps et saison. Il en  fera la débite dans la boucherie publique de jour et non de nuit. Les foix, tripes et testes il sera obligé de les bailler au premier requérant sans abbus ny préférence et aux tripes le sang y sera compris... »
     Les boeufs sont soumis à la visite des regardateurs après abattage et avant la débite, sous peine de 24 sols d’amende. Ces regardateurs surveillent la qualité de la viande, les prix, les quantités.
    Défense est faite de retirer la graisse de la viande, sauf celle autour des entrailles, de faire faux poids ou taux faux, sous peine de représailles. Toutes ces règles sont compensées par le bénéfice du monopole.
     La boucherie est dite « clause »  quand elle est décernée par enchères à un adjudicataire seul habilité à débiter de la chair; elle est dite « à liberté »  quand tout souscripteur peut faire commerce de la viande. La “chair route” est la viande de brebis et de chèvre à 1 sol la livre, celle de mouton à 2 sols 3 deniers la livre, celle de menon et de védelle à 1 sol 9 deniers la livre.

 

    Le 14 février 1727 les habitants se plaignent au consul des bergers qui mènent paître leurs troupeaux dans les vignes et font des dégâts. Ils réclament que soient nommés des gardes des terres.
   Le 1° mars 1744, en pleine guerre de Succession d’Autriche, le maréchal de Mirepoix réclame dix hommes par village pour se rendre au “Gros de Caigne” sur le bord de la mer pour empêcher le débarquement des bâtiments étrangers.
    Malgré la paix d’Aix-la-Chapelle en 1748, l’ennemi réclame les contributions de guerre que la Provence refuse de payer. Tourrettes fournit quatre lits, des paillasses, des draps et des traversins à l’hôpital de Saint-Paul pour les autrichiens.
    Le 10 novembre 1751, le vicaire Giraud réclame la tour alors que la commune soutient qu’elle fut unie à la maison curiale pour l’agrandir. S’il la réclame, qu’il paie la taille sur 29 années dues...! Le 20 novembre, il faut faire réparer le toit de l’église et le chemin royal des Villettes allant à Coursegoules. De plus il faut faire un emprunt de 2.000 livres pour les tourrettans dans le besoin. L’emprunt accordé sera de 800 livres pour acheter du grain.
    Le 9 avril 1752, la population porte plainte sur les dommages causés par les chèvres et le menu bétail ainsi que pour des vols sur le terroir. Elle demande la présence d’un garde de jour comme de nuit sur l’ensemble du territoire pendant un an. S’installent alors dans tous les villages des campiers ou gardes-terres, nommés à l’année pour la surveillance du territoire. Ils sont choisis aux enchères. 

    Le ban,  peine dénoncée de jour se monte à 1 livre 4 sols, et le double de nuit. Le  campier partage l’amende avec le propriétaire volé, mais il n’intervient pas dans les conflits familiaux. 

    Le  saumalier  a la garde des bêtes de somme qu’il va chercher chaque matin au lever du soleil en s’annonçant à l’aide d’une clochette. La saumalerie se fait par adjudication annuelle le 23 avril, fête de la saint Georges, patron des cavaliers. Il mène les bêtes à dépaître aux lieux accoutumés et il est responsable des dégâts causés par le troupeau communal. Il en est de même pour la cabraïre, troupeau de chèvres adjugé par enchères du 1° mai à la Toussaint. 

    Il en va ainsi pour chaque corps de métier: pour « l’exaction de la taille », l’adjudicataire s’engage à faire le recouvrement des diverses impositions « à son risc, péril et fortune » sans recours à la communauté...La perception se fait en quatre quartiers, en juillet, octobre, janvier et avril. L’exacteur doit payer les deniers du roi et du pays au receveur de la viguerie, le vingtième royal audit receveur, les dépenses des milices des garde-côtes au trésorier de ces milices, la pension féodale à la dame de ce lieu et « la taille du défends ». Ensuite il lui faut rendre compte de son exaction. 

    La mandaterie du four banal est aussi soumise aux enchères. Le mandatier doit avertir les habitants de l’heure de pétrir leur pain, de l’amener au four, de porter le bois nécessaire à la cuisson et de venir chercher le pain cuit.

     Le pressoir municipal est confié à un fermier qui reçoit un sixième du vin pressé. Le mauvais état du pressoir finit par renvoyer chacun à presser chez soi.

     Le forgeron reçoit le local et les outils gratuitement, il ferre les mulets à 8 sols par pied, mais à un sol si les clous sont fournis par l’habitant...

     Le valet de ville, ou sergent de ville tient un rôle important dans la communauté. Il est chargé de convoquer les membres du Conseil Municipal aux délibérations et enchères «  à cry public, par sa voix et organe, par tous les lieux et carrefours dudit lieu accoustumés ». Jusqu’à la fin du XVII° siècle, ces annonces étaient faites aux prônes du dimanche et à son de cloche. Pour cela, il reçoit 12 livres par an en deux paiements. De plus il est habillé avec chapeau, habit-veste et culottes pour trois ans. Il porte cet uniforme dans les cérémonies auprès du Conseil.

     Les enterreurs des morts sont plus ou moins nombreux selon les époques. Autrefois la charge était attribuée au valet de ville, mais on trouva que c’était peu compatible avec sa dignité. On trouve donc plusieurs enterreurs des morts au XVIII° siècle. Ils reçoivent 32 livres de salaire par an plus trois cannes d’étoffe. Ils vérifient le décès du défunt en mordant l’ongle du petit doigt, ce qui les fait appeler les croque-morts. En effet, ce point sensible peut parfois réveiller les morts ! Pendant la guerre, leurs clients ne sont pas seulement les décédés mais aussi les blessés qu’ils sont chargés de transporter à l’hôpital le plus proche.
     Chaque village a ses sages-femmes au salaire très faible. Elles sont choisies pour leur adresse, elles doivent être secrètes et fidèles, avoir de bonnes moeurs. Elles savent baptiser car leur science est modeste et conduit souvent au cimetière...
    Quant au conducteur d’horloge, il a la charge de remonter les poids de l’horloge du beffroi qui existait déjà au siècle précédent puisque les archives mentionnent qu’en 1670 son salaire est  de 12 livres. 

la mangonnerie, gourgoulerie ou ménuzerie: 

    On y vend de tout un peu, c’est l’épicerie droguerie car en plus des épices et des fideux ou vermicelles, on y vend du sabon à 3 sols 5 la livre, du riz à 20 deniers la livre,  des clous à 10 sols le cent, de la corde à 4 sols la livre et de la ficelle à 3 sols 5, de la poudre à 1 sol l’once et des dragées à 3 sols 6 deniers la livre, de la saladure ou salaisons, du lard et de la graisse de cochon, des poissons salés, du papier, du fromage, du soufre et du plomb, du fil pour les claies à sécher les figues... Ce qui n’empêche pas les particuliers de vendre leurs propres fabrications.

 

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La dîme dans le diocèse de Vence.

     Les comptes de l’évêché vençois nous permettent de mieux connaître les impositions de ce siècle et leurs retombées sur le pays. A la veille de la Révolution, l’ancien diocèse vençois comprend vingt et une paroisses.

  • Vence est affouagée à 15 feux 1/2 pour 2.615 habitants et possède sa cathédrale.
  • Saint-Paul, avec 1.111 habitants et sa collégiale, La Colle et ses 1.325 habitants, et Roquefort avec ses 612 habitants, sont toutes trois également affouagées à 15 feux 1/2. Le feu n’est plus basé sur le nombre d’habitations familiales mais considéré en valeur conventionnelle de 50 à 55.000 livres en fonds de terre.
  • Cagnes est affouagée à 7 feux pour 1.410 habitants.
  • Tourrettes est affouagée à 3 feux 3/4 pour ses 1.137 habitants.
  • Coursegoules à 3 feux 2/5 pour 579 habitants.
  • Courmes à 2/3 de feu pour 214 habitants.

     Le diocèse de Vence est l’un des plus pauvres de France. La dîme est son principal revenu.   Elle porte au 1/14° sur les blés à l’aire, les autres grains et les légumes, au 1/20° sur le chanvre, le lin et le vin; au 1/20° sur les nadons, petits agneaux.

     A Tourrettes, la moitié de la dîme , soit 900 livres, est affermée à Claude Curel, négociant du lieu, par devant Maître Mars, notaire à Vence, et payable moitié à Noël, moitié à la Saint Jean- Baptiste. Le sieur Aiguillon, négociant de Tourrettes, est le fondé de procuration des fermiers généraux des Biens et Revenus de l’évêché de Vence, Messieurs Maurel et Béranger, vençois. M. Aiguillon est fermier de l’évêché.
     De plus, le clergé possède à Tourrettes des greniers communs au chapitre et au capiscol codécimateur.
     Aux Valettes, les maisons ne sont habitées qu’à la belle saison pour les travaux des champs. Les redevables de la dîme qui résident au Bar-sur-Loup, en dehors de la juridiction spirituelle et de la circonscription administrative, en profitent pour ne pas payer. De même à Courmes, le fermier refuse de payer...
     Le curé de Tourrettes, André Blanc, reçoit la portion congrue, pension payée annuellement. Son vicaire Jean Audibert reçoit 500 livres par an. En 1789, c’est Antoine Bellon qui est vicaire. 

Sommaire

Procès du seigneur de Tourrettes avec la commune.

     Les comptes de la commune nous renseignent sur la vie difficile des tourrettans dans le siècle lumineux du Roi Soleil. A toutes ces tracasseries habituelles s’ajoutent celles du seigneur de Tourrettes qui cherche à tirer parti au maximum de ses biens et de ceux de la commune. De nombreux procès l’opposeront aux villageois qui ne le porteront pas dans leur cœur : Joseph César I° sera haï des habitants tout comme son petit-fils Joseph César II qui sera assassiné à la Révolution.

    Réfutation des injustes tentatives du Sieur de Tourrettes pour rendre inutile le Règlement « pro modo jugerum » demandé par la requête de la communauté du 26 janvier 1740.

     La pauvre communauté est désolée par la consommation abusive que fait son seigneur non seulement des pâturages communs, mais encore de ceux que peuvent produire les terres cultes et défensables de ses habitans. Il sera procédé au partage et règlement « pro modo jugerum » des herbages et pâturages du terroir de Tourrettes et du Caire où ils ont droit de dépaître. Lesdits terroirs peuvent supporter de gros et menu bétail et en feront la répartition au prorata des cottes cadastrales des habitans, du seigneur et des possédans biens et assigneront au seigneur ce qui sera réglé pour la cotte des deux particuliers les plus allivrés suivant l’usage avec défenses tant aux particuliers qu’au seigneur d’introduire dans lesdits terroirs plus grand nombre de bétail que celui qui leur sera assigné, sous telle peine que la Cour arbitrera ; sauf à la communauté de disposer des places vuides s’il s’en trouve ; lequel rapport sera fait à frais communs à proportion du droit de dépaître.
     Le sieur de Tourrettes n’a pas contesté ce règlement mais a mis toute son application à le rendre inutile. Les herbages de ses terres nobles du Caire, de Coursegoules et de Courmes ou devenues telles par compensation qu’il ne faut pas confondre avec les herbages dont il s’agit dont il avait autrefois la propriété et qu’il a rendu communs avec la communauté et ses habitans par la transaction de 1520 moyennant la cense annuelle de 5 florins qui lui est payée annuellement par la communauté.
     Il faut ajouter que le sieur de Tourrettes ayant des pâtures à suffisance pour l’engrais de ses terres et fonds nobles, les herbages qui croissent dans ces mêmes fonds, ceux du deffens qu’il possède dans une partie du Caire et encore le droit de dépaître sur les terroirs de Coursegoules et de Courmes, il s’ensuit qu’il ne doit pas pour raison de ces fonds nobles entrer encore en partage des pâturages destinés à l’engrais des fonds roturiers.
     Il prononce des inhibitions et défenses tant auxdits particuliers qu’audit de Villeneuve d’introduire dans lesdits terroirs plus grande quantité de bétail que ce qui sera réglé par ledit rapport, « demeurant les places vacantes audit de Villeneuve ».
     Suivant cet expédient, il faut détraire sur les pâturages communs :
1) l’entretien du gros et menu bêtail du sieur de Villeneuve, nécessaire pour la culture et engrais de ses biens nobles ou admis en compensation.
2) il faut lui assigner à cause de la juridiction une portion équivalente à celle des deux habitans plus allivrés.
3) il doit faire entrer dans ces pâturages communs deux trenteniers de bêtail étranger.
4) il faut lui adjuger les places vacantes.
5) on doit avoir égard au fait que ses troupeaux dépaissent une partie de l’année aux terres voisines ; c’est-à-dire suppléer par les pâturages communs le vuide de la plus grande consommation qu’il en fairait si les troupeaux n’allaient dépaître une partie de l’année dans les terres voisines de Courmes ou Coursegoules.

 (Ecrit de Monsieur de Tourrettes en date du 17 juin 1740)
     L’objet de ce règlement est d’empêcher que les seigneurs ne puissent mettre une aussi grande quantité de bêtail dans le terroir, que les facultés et usages des habitans soient ou anéantis ou altérés. C’est afin qu’il y ait une juste proportion entre ceux des habitans qui ont moins de bêtail avec les seigneurs qui, plus riches, en ont un plus grand  nombre.
     Le sieur de Villeneuve a un nombre immense de troupeaux parce qu’il a les pâturages pour les entretenir non seulement dans ses terres  nobles qui sont de très grande étendue, y compris le deffens qu’il s’est fait céder d’une partie du Caire par la transaction de 1679, mais encore dans les terroirs de Courmes et de Coursegoules. Il se permet de faire dépaître à son gré dans les pâturages communs les troupeaux étrangers en disant qu’ils lui appartiennent. Il s’adjuge tous les droits  c’est un débordement absolu du règlement « pro modo jugerum » que demande la communauté.
     La communauté soutient que le sieur de Villeneuve ne peut prétendre aucune banalité des fours ni droit de fournage qu’il fait descendre du droit d’inféodation alors que la communauté considère que ce n’est qu’un droit de mère faculté.
     La communauté se soumet au droit de banalité, le seigneur de Tourrettes accepte de ne faire dépaître aucun bêtail étranger audit terroir de Tourrettes sauf les deux trenteniers du bêtail du berger et celui des megeries. Ces mêmes pâturages sont transportés à la communauté à titre de nouveau bail sous une redevance de cinq florins.

     Le sieur de Tourrettes tient actuellement dans sa terre plus de 72 trenteniers de menu bêtail, sçavoir 20 à la main, 12 par François Agar son rentier, 10 par Pierre Bareste, 8 par Antoine Sauvan,7 par Loüis Bareste, 9 par François Aussel et 6 par Honoré Isnard = 72 à quoi jouint la portion des deux plus allivrés et les deux trenteniers bêtail étranger qu’il veut introduire dans ces paturages, le nombre de son bêtail passera à 80 trenteniers. Le sieur de Tourrettes tient  en outre, 40 bêtes de labour. Il nie de posséder aucuns biens roturiers. La communauté est en procez avec lui devant la Cour des Comptes sur la compensation de ses biens roturiers, parce qu’elle n’a pu la faire comme il le prétendait.

     Le sieur de Tourrettes veut bien partager, mais les portions une fois faites, il veut tout avoir, tout doit lui appartenir : une partie comme seigneur pour ses terres nobles, une autre pour sa juridiction, une autre pour les places vacantes : en un mot il veut faire le partage du lion de la fable.
     Les dénonces ne sont qu’un échantillon de la preuve du ravage universel impunément causé sous les yeux et en la présence même des propriétaires dans leurs terres quoique semées, leurs vignes et leurs vergers.
    Le procez est actuellement à Grasse, il est peut-être jugé à l’heure actuelle, ce qui n’a pas pourtant fait cesser les dommages qui continuent tous les jours. Les habitans gémissent de ne pouvoir cultiver leurs terres faute de ne pouvoir nourrir leur bêtail et de se voir ravager le peu qui leur reste sans pouvoir l’empêcher même avec le secours de la Justice, comme si elle n’était  pas pour les faibles contre les forts.

 Fouque avocat
 Mottet procureur
Monsieur le conseiller Dupuy rapporteur.
 (ADAM 5 E 51) 

Extrait des registres du Parlement d’Aix.

    « Arrest du Parlement portant très-expresses inhibitions et défenses aux habitants de la ville de Vence et du lieu de Tourrettes de s’insulter, se provoquer, et  se livrer aucun combat particulier ou général, de s’assembler ni s’attrouper dans les rues, places, chemins et  autres endroits publics, à peine de punition corporelle ; injonction à tous Huissiers, Sergents et Cavaliers de Maréchaussée de faire de fréquentes visites dans lesdits lieux et leur terroir, d’arrêter ceux desdits habitants qui seront trouvés en contravention ; aux Officiers de Justice de veiller à la sureté et tranquillité des habitants, et aux Consuls de prêter main forte pour la capture des décrétés et des délinquants. »

     Cet arrêté du 10 juin 1782 nous montre que les bagarres étaient courantes entre les vençois et les tourrettans, que tout était prétexte aux rixes de clochers ou aux batailles rangées entre les esprits échauffés : histoires de famille, intérêts particuliers, propos politiques, tout était bon pour les échanges de coups et les échauffourées qui mettaient un peu de piment dans le quotidien !

 Le double mariage seigneurial de Tourrettes.

     Copie d’une lettre de Monsieur le Marquis et Seigneur de ce lieu à Messieurs les Maires et Consul de la Commune.

 « Messieurs,
     Je vous apprends que j’ay conclu le mariage de mon fils avec Mademoiselle de Vence et celui de ma fille aînée avec Monsieur le Comte de Constantin de la ville de Nice, les célébrations le 27 du courant.
     Je ne doute pas que vous ne partagiés ma joye et ma satisfaction et que vous m’en donniés des preuves publiques à l’occasion du premier mariage.
     Suivant l’usage je les recevrays comme une marque de l’attachement que vous me devés et de l’amitié que j’ay pour vous en général et en particulier et que vous trouverés un jour en la personne de mon fils. Rendés ma lettre comme à l’habitation et faites en part au conseil général. 

    Je suis très parfaitement Messieurs votre très affectionné serviteur.

signé :       Monseigneur de Tourrettes
A Tourrettes les Vences
le 1° Mai 1777.

 

 

Cachets royaux du XVIII° siècle

 

Proposition du Consul. 

    1°    Messieurs Maire Consul ainsi que les principaux habitants dudit lieu se rendrons au chateau et par devant le sieur Marquis de Tourrettes pour le complimenté sur les mariages de M. son fils et de Melle sa fille et de lui témoigner toute la part que la commune prend a sa joye en lui réiterant l’hommage de leur respect et de leur attachement avec celuy de leur reconnaissance. 

    2°    Qu’au sujet du mariage de son fils M. le Comte de Tourrettes et lors de son arrivée en ce lieu avec Madame son épouse  Mrs Maire consul administrateurs - principaux habitants - tous leur rendrons tous les honneurs qui son d’usage en pareille occasion tant à l’entrée du territoire que dans le lieu et leur renouvellent le compliment de la commune et l’assurance de leur fidélité et de la joye commune sur un mariage aussi bien assorty. 

    3°    Que pour le bon plaisir de Mr le Marquis de Tourrettes l’autorité des officiels et ordres de Mr Maire Consul il sera fourni deux compagnies de troupe d’environ soixante hommes chacune savoir la première des gens mariés et la seconde de la jeunesse de ce lieu commandée par billets qui leur seront expédiés par Mr Maire Consul et avec trois destinations.
    Les officiers de la première compagnie seront présentés par Mr Maire Consul à Mr le Marquis de Tourrettes.

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Chapitre suivant: Les voies de communications

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Bibliographie