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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-XVI° et XVII°s

Les XVI° et XVII° siècles

    Le XVI° siècle
  1. La Réforme et les Guerres de Religion
  2. Le XVII° siècle
  3. La Contre-Réforme
  4. Les Pénitents
  5. Pirates et esclavage
  6. Aspects économiques et sociaux
  7. Election du « nouvel estat de la communauté de Torrettes »

  8. Chapitre suivant: Le XVIII° siècle

    Retour au sommaire principal

 Le XVI° siècle.

    Quand s’ouvre le XVI° siècle, la Provence est affaiblie par les guerres d’Italie. Charles VIII, roi de France, veut faire valoir ses droits sur le royaume de Naples, héritage des comtes angevins de Provence. Par deux fois il passe les Alpes mais se fait refouler.
    Son successeur, Louis XII n’a pas d’héritier mâle. A sa mort, en 1515, sa fille aînée Claude  a épousé François d’Angoulême qui devient roi sous le nom de François I°. Celui-ci s’empresse de poursuivre la conquête de l’Italie, rêve de ses prédécesseurs. Cette même année, il marche vers la victoire de Marignan. La Provence paie très cher l’honneur de servir la gloire du roi de France.
    Attiré par la candidature au trône du Saint Empire Germanique, il est devancé par Charles I° d’Espagne qui devient l’empereur Charles Quint. Ce redoutable adversaire avait déjà hérité des royaumes d’Aragon et d’Autriche: maintenant,  il encercle dangereusement le royaume de France.
    François I° est un  souverain fier et beau. Le rapport de force entre ce roi  et Charles Quint, le nouvel empereur, va entretenir un état de guerre aux répercussions désastreuses. C’est un véritable combat de titans qui commence.

*****

    C’est alors que meurt à Antibes le seigneur Nicolas de Grimaldi, gouverneur de la frontière du Var. A ses obsèques grandioses, on peut voir Antoine de Villeneuve, seigneur de Tourrettes, conduire les gardes-côtes de la viguerie. Il est accompagné en grand appareil des consuls de Vence et des communes environnantes, avec quatre-vingts hommes tout équipés. Ils font grand effet et sont complimentés par le lieutenant du roi, au nom du fils mineur du défunt. Ces gardes-côtes ont d’ailleurs fort à faire: ils assurent la sécurité du littoral en repoussant les pirates qui infestent la mer au large d’Antibes. En outre, ils purgent le pays vençois des voleurs et des brigands.
    Une peste terrible ravage alors la région, frappant petits et grands: les seigneurs Jean et Raphaël des Malvans sont atteints dans leur château, en 1523.

*****

    La guerre éclate entre les deux monarques rivaux, elle met à feu et à sang la frontière provençale de l’Est. Les villes se fortifient en hâte, rasant leurs faubourgs pour libérer les murailles et recrutent leurs soldats. En 1524, René le Bâtard de Savoie, comte de Villars et de Tende, Grand Sénéchal et Gouverneur de Provence, s’occupe de la défense de la frontière. Il est entouré des seigneurs Jean et Honoré de Pontévès, seigneurs de Carcès et Flassans, Antoine de Villeneuve-
Gréolières, Jean de Villeneuve-Tourrettes, Pierre de Lascaris, Raphaël de Cormis et de nombreux autres seigneurs à la tête de leurs milices levées en hâte dans leurs fiefs. Tous luttent contre le connétable de Bourbon qui embrasse la politique espagnole et s’allie à Charles Quint.
    Le connétable envahit la Provence et marche sur Aix qu’il occupe et Marseille qu’il assiège. Mais la ville se défend, le connétable rebrousse chemin. Le retour se fait dans un tel désordre que les villes de Vence, Tourrettes et Le Bar sont averties de se garder d’une bande de soldats en déroute installés à Saint-Paul.

*****

    Tandis que la jeune reine Claude de France meurt à vingt-quatre ans après avoir donné sept enfants à son royal époux, le roi François I° ne peut éviter le désastre de Pavie en 1525. Il est fait prisonnier et emmené vers l’Espagne à bord d’une galère qui doit faire escale, à cause d’une forte tempête, aux îles de Lérins données à Charles Quint du fait de la trahison d’Augustin  Grimaldi, évêque de Grasse et abbé de Lérins... Les troupes françaises quittent le Milanais, Bayard est tué en protégeant leur retraite.

    La défaite de Pavie est une catastrophe nationale, chaque commune doit payer pour la rançon du roi. Au traité de Madrid, celui-ci s’engage à faire venir ses deux fils aînés, le dauphin François et Henri le cadet, futur Henri II, en otage à sa place, et à épouser Eléonore, une des soeurs de Charles Quint.
    Par ce mariage, il devient le beau-frère de son pire ennemi. François I° ne pense qu’à se venger. La réponse de son nouveau beau-frère est foudroyante : pensant devenir « poco a poco rey de Francia », Charles-Quint et ses troupes impériales envahissent la « Basse Provence » qui se défend en incendiant le pays, pour ne laisser que le désert devant l’envahisseur. Les habitants se sauvent dans les abris reculés. La marée impériale reflue vers la frontière alpine en un ressac infernal. La région est dévastée.

*****

    Devant l’ampleur de la catastrophe, Alexandre Farnèse, ancien évêque de Vence devenu le pape Paul III, tente une réconciliation entre les « frères ennemis ». Il propose la Paix de Nice. La joie est générale, l’espérance renaît dans les coeurs. Le pays s’active pour la visite du roi: les chemins sont réparés, les armes du roi peintes aux portes des villes, les cités se parent et s’embellissent...
    François I° s’installe au château de Villeneuve (Loubet) avec ses troupes de six mille fantassins et mille six cents hommes de cavalerie qu’il faut loger dans les communes des alentours.
    L’empereur préfère séjourner à Villefranche sur son navire impérial accompagné d’une flotte de vingt-huit galères, avec une escorte de nobles et de hauts prélats.
    La reine de France, Eléonore, sa soeur aînée, vient lui rendre visite avec les dames de sa cour. Elles arrivent à bord des galères françaises et accostent au port. Mais sous le poids du cortège empanaché, le ponton de bois s’effondre entraînant dans sa chute la reine, les nobles dames, l’empereur et le duc de Savoie. Voici donc tout ce beau monde pataugeant dans la mer et secouru par de jeunes et galants chevaliers avant de se sécher dans la bonne humeur au soleil de juin...

*****

    François I° décide de fortifier la frontière du Var, il entreprend les fortifications de Saint-Paul. Les faubourgs sont rasés, les gens relogés à La Colle-sur-Loup. En 1538, le roi vient en visite à Saint-Paul avec ses deux fils : Henri devenu le dauphin après la mort de son frère aîné François, deux ans auparavant (mort provoquée par un verre d’eau fraîche - ou empoisonnée - avalée après une partie de jeu de paume), et Charles d’Orléans, le plus jeune. Le passage du roi et des jeunes princes est l’occasion d’une grande fête, tout le monde veut voir passer ce souverain  majestueux, élégant et brave. Sont invités les représentants des communes voisines. La baillie de Saint-Paul est alors transformée en viguerie administrant Tourrettes et les communes du pays vençois, tandis que Vence est curieusement rattachée à la viguerie de Grasse...

    Pendant son séjour à Villeneuve, le roi est accompagné de sa famille: son épouse Eléonore, ses deux fils Henri et Charles, sa fille Marguerite, la jeune dauphine Catherine de Médicis, sans oublier la favorite Anne de Pisseleu, duchesse d’Etampes.

    François I° est gourmand, Charles Quint vorace. Chaque commune contribue à fournir à ces grands seigneurs de quoi préparer de somptueux dîners aux dépens des modestes tables: veaux, vaches, cochons, couvées... quelques menons achetés au seigneur de Tourrettes, des fruits, des légumes, des volailles, des cabris, du gibier sont fournis en quantité considérable, sans oublier du bon vin des coteaux vençois. Mais quel honneur et quel souvenir d’avoir reçu le roi à deux pas de chez soi!...

Sommaire


La Réforme et les guerres de religion.
     François I° va mourir bientôt. Les rois de France vont alors se succéder avec une rapidité étonnante: Henri II meurt à la suite d’un tournois, son fils François II devient roi sous l’influence du duc et du cardinal de Guise. Il ne règne qu’une année.
    Dès le début du XVI° siècle, la réforme luthérienne s’introduit en France. Déjà le Parlement de Paris « fait sonner les trompettes aux carrefours de la ville » pour interdire les livres de Luther. On brûle et torture, les exécutions en série se multiplient: quatre mille colons vaudois sont égorgés en Provence, les autres meurent de faim sans possibilité d’être secourus. Peu à peu la “fausse religion” envahit le Midi de la France. Les frères Malvans sont impliqués dans la Conjuration d’Amboise, complot formé par le prince de Condé et les huguenots contre François II et les Guise. Le baron de Vence, Claude de Villeneuve, a déjà embrassé la religion nouvelle, il entraîne avec lui une grande partie de sa famille. Il est protégé par son beau-père Grimaldi, gouverneur d’Antibes, et par le comte de Tende, catholique, mais marié à une princesse savoyarde protestante. D’autres seigneurs adhèrent à la Réforme: Paul de Malvans, Claude de Grasse-du-Bar et sa femme Jeanne de Brancas. A Vence, la situation est complexe entre la population essentiellement catholique, le baron réformé protégé par le comte de Tende, et l’évêque Grimaldi de Beuil proche des idées du protestantisme. Une Eglise réformée est recensée à Tourrettes dès 1561. Des troubles éclatent, les portes de la ville se ferment...

    Par le traité d’Amboise en 1563, Catherine de Médicis autorise le calvinisme dans les cités non soumises à la haute justice d’un seigneur catholique, à la condition de l’exercer hors les murs. Les calvinistes vençois se regroupent au quartier des Arcs où il existe encore une rue des Huguenots, à Vence.
    L’évêque sympathisant des réformés est dénoncé à Rome comme hérétique par les vençois inquiets. Il est chassé de son siège et nommé abbé à Saint-Pons de Nice où il deviendra grand aumônier du duc Emmanuel-Philibert de Savoie en 1573.

    La communauté de Vence reste très attachée aux rites catholiques, la lutte est ouverte contre leur seigneur. Celui-ci a quitté la ville, il dirige les troupes huguenotes ; des protestants sont cantonnés à Tourrettes et au Broc. Ceux qui sont retranchés à Saint-Laurent-la-Bastide, sur les baous, commettent vols et pillages. Les châteaux de la région sont désertés: Malvans, Courmes, Courmettes, Roquefort et Saint-Jeannet. Les seigneurs restés catholiques se réfugient dans les villes fortifiées: Vence, Tourrettes, Saint-Paul, Villeneuve (Loubet).

*****

    Tandis que Charles Quint passe le Var dans une dernière tentative, Vence est défendue par le capitaine de Lurçais, et Jacques de Villeneuve-Tourrettes commande une compagnie de fantassins à Grasse. Après que l’empereur ait abandonné la lutte, c’est le duc de Savoie qui tente sa chance à la frontière varoise, Jacques de Villeneuve-Tourrettes reprend sa place à Grasse, le comte de Tende défend le nord de la région.

    Un édit royal de 1553 exige le dénombrement des églises du diocèse: les chapelles du Malvan, les Valettes, Courmes, Courmettes, les Crottons et Saint-Martin-de-la-Pelote y sont nommées entre autres.
    Monseigneur Louis de Grimaldi de Beuil, évêque de Vence revient du Concile de Trente en 1563, il vend les fiefs et bénéfices appartenant à son siège. Le seigneur de Tourrettes, Honoré II, lui achète Saint-Martin-de-la-Pelote, tandis que le Canadel de La Colle est vendu au seigneur de Villeneuve-Thorenc.

    A la demande de son oncle le marquis de Trans-en-Provence, Claude de Grasse-du-Bar se rallie au roi Charles IX en 1569. Sa fille huguenote Jeanne de Grasse reçoit en dot le domaine des Courmettes. En 1587 elle abjurera la religion réformée et fera baptiser ses enfants dans la religion catholique. Courmettes restera aux mains des catholiques pendant plus de trois siècles.

*****

    Le conflit religieux se durcit, deux clans se forment:
        - les Carcistes, catholiques intransigeants, sont sous les ordres de Jean de Pontévès, comte de Carcès et Grand Sénéchal de Provence. Ils sont encore appelés Marabouts et dirigés par le comte de Vins. Quelques seigneurs dont ceux de Tourrettes-Vence et de Saint-Jeannet les accompagnent.
        - les Razats, protestants, sont assimilés aux pillards qui « rasent la région ». Ils sont sous les ordres du baron d’Allemagne, d’Oraison et des Arcs, et sous le commandement de M. de Lesdiguières. On les appelle aussi parpaillots car partisans du Président Parpaille d’Avignon.

*****

    Les esprits sont échauffés. Une sombre histoire éclate entre Vence et Tourrettes en 1577. Des gens du baron Claude de Vence, protestants, sont tués par les vençois catholiques. Ceux-ci se liguent en Guisards qui comprennent toute la garde de la ville. Le seigneur Claude de Vence qui, quoique protestant, a gardé la sympathie de nombreux seigneurs catholiques, est défendu par le seigneur de Carcès, chef des catholiques. Les troupes dirigées par les deux capitaines Pierre, et Jacques de Villeneuve, dit « l’écuyer de Tourrettes », reçoivent l’ordre d’arrêter tous les rebelles guisards.
    Leur chef, Hugues Julian, doit se rendre à la foire de Digne, il est arrêté à Tourrettes par Jacques de Villeneuve. Les Guisards se rassemblent au nombre de cinquante-sept arquebusiers et arbalétiers pour se porter à l’assaut de Tourrettes. Se rendant compte de leur nombre insuffisant face aux troupes tourrettanes, ils décident de se poster sur la route de Coursegoules où doit passer le prisonnier en déclarant: «  nous le ramènerons ou nous mourrons ». Mais le complot est découvert, le prisonnier est mené à Gréolières d’où il s’évade en soudoyant le geôlier. De retour à Vence, Julian est acclamé par la population. Monsieur de Carcès entre dans une telle colère qu’il condamne les chefs des Guisards à avoir le poing coupé et d’autres rebelles à dix ans de galères.

    Les Guisards s’attaquent avec fureur aux biens du seigneur de Tourrettes qu’ils mettent à sac, brûlent les bergeries et les récoltes, tuent un berger. Le seigneur s’en plaint aux consuls de Vence. Les rebelles sont arrêtés, passent au tribunal en chemise, pieds nus et la corde au cou, poings liés par devant, une torche allumée entre les mains. Certains sont condamnés à être pendus, d’autres envoyés aux galères...Le bourreau ne manque pas de travail à cette époque!
    En 1583, le Maréchal de Retz, Grand Prieur de France, fait fortifier la frontière du Var et intime l’ordre à Vence et à Tourrettes de loger les armées de Monsieur Legrand. Aux malheurs des conflits et de la peste s’ajoutent les dépenses de garnison des troupes frontalières. Les calamités se succèdent sans relâche.
    C’est la huitième guerre de religion en vingt ans.

    Après l’assassinat de Henri III et la conversion de Henri IV le Huguenot, le conflit s’apaise. Le pays vençois est exsangue. Peu à peu il se remet et rembourse les dettes contractées auprès des seigneurs de Tourrettes Jacques et Annibal, fils du capitaine Jacques. L’abjuration du nouveau roi met tout le monde d’accord. Plusieurs mariages mixtes se font : des Villeneuve-Tourrettes-Vence calvinistes s’unissent aux Villeneuve-Thorenc catholiques.

    Les seigneurs de Vence réintègrent l’Eglise catholique tandis que ceux de Tourrettes tiennent à leur nouvelle confession. Déjà le seigneur Claude de Tourrettes a permis aux tourretins de bâtir en dehors des murs: une école, une mairie et la tour de l’Horloge. En 1587, ceux-ci négocient pour la pêche, la chasse, le moulin à « bled », les quatre moulins à huile, le paroir à drap et les eaux publiques.

    En 1589 meurt à Blois Catherine de Médicis, Henri IV est roi de France. En Provence, la guerre civile fait rage. A Vence, plusieurs familles se réfugient dans les collines, à Coursegoules et à Saint-Barnabé. Le baron de Vence, calviniste, est gouverneur de Grasse; il donne la ville aux protestants et protège ceux de Vence. La ville de Grasse est prise par les Ligueurs fanatiques, le gouverneur baron s’enfuit avec les chefs, catholiques ou non, fidèles au roi. A Vence, il est décidé de raser Saint-Laurent-la-Bastide, fief du baron huguenot et important refuge des calvinistes. Les troupes royales, installées à Saint-Jeannet, coûtent cher aux villes de la région.

    L’inquiétude et l’insécurité règnent, les sentinelles veillent aux portes des villes. L’inquisition protestante s’inspire de la catholique et même la dépasse: assassinat des enfants, torture raffinée des hommes à qui l’on retire les boyaux à vif puis sont rôtis sur des grilles ardentes ou enterrés vivants, la tête en dehors qu’on écrase à coups de talon...
    En 1589 le baron de Vins assiège la ville de Grasse avec ses troupes catholiques, il est tué devant ses murs. Scipion de Villeneuve-Vence succède à son père Claude en 1592. Il est pire que lui. Il assiège la ville de Vence durant cinq jours ; les assiégés mettent en fuite les protestants et leur seigneur. La fête du Siège de Vence est restée célèbre jusqu’à nos jours.
    L’année suivante, Scipion de Vence se convertit au catholicisme avec sa famille. Vence tombe en ruines, est envahie par des bandes de pillards et des pauvres de la région. En 1597 se déclare une épidémie de peste...

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Le XVII° siècle.


La Contre-Réforme.

    La Réforme, véritable révolution religieuse, laisse la Provence dévastée. La région se redresse grâce aux baillis et aux grands évêques qui rétablissent l’administration, apaisent les esprits et relancent le développement économique, ralenti par les guerres de religion. L’Edit de Nantes apporte une paix relative. Le nouvel évêque de Vence, Pierre VII du Vair, entreprend la visite de son diocèse et réclame les propriétés de la mense épiscopale que Monseigneur Louis II Grimaldi de Beuil, évêque de Vence, avait vendues en 1560. Claude de Villeneuve-Tourrettes doit rendre Saint-Martin-de-la-Pelote en 1606, et le Canadel, abbaye de La Colle-sur-Loup, est restitué par le seigneur de Villeneuve-Thorenc.
    Mgr du Vair interdit la confession protestante dans la ville de Vence, ville d’évêché. L’exercice de ce culte est toutefois autorisé dans les bourgs et les villages proches. Tourrettes devient «le haut lieu du protestantisme vençois ».

    La Contre-réforme est menée avec beaucoup d’éclat par les évêques Pierre VII du Vair (1601-1636) et Antoine Godeau (1652-1672). Les seigneurs abjurent et servent d’exemples à suivre.

    «  Le 24 avril 1603, Annibal de Villeneuve, écuyer et fils du sieur de Torrettes, ainsi que demoiselle Marguerite de Villeneuve, fille de feu Jacques, écuyer dudit lieu, abjurent la  falce religion. La demoiselle a huit ans ».
    Mais cette contre-attaque n’empêche pas les religionnaires d’être encore nombreux à Tourrettes. Ils y ont même leurs prêches. Un ministre réformé, Jean Bernard, loge au village chez Aubanel. Il est soutenu par Octave de Villeneuve, seigneur de Saint-Jeannet, et Joseph de Villeneuve Clermont, sieur de la Colette, son neveu, tous deux parents du seigneur de Tourrettes.

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Les Pénitents.

    Les guerres, les famines, les pillages poussent les communautés à organiser un service social que prennent en charge les Pénitents. Ils sont utilisés par la Contre-réforme pour lutter contre   « l’hérésie » luthérienne. Les Pénitents sont des laïcs regroupés en confréries, dans un but de dévotion, de pénitence et de charité. Selon la couleur de leur robe, la cappa, ils sont plus ou moins spécialisés dans leur action charitable. Aux uns revient le devoir de visiter les malades ou d’enterrer les morts. Aux autres est dévolue la tâche d’assister les condamnés  jusqu’au lieu de leur supplice: ainsi les Pénitents Noirs ont le privilège de sauver chaque année, au jour de la décollation de saint Jean-Baptiste, le 29 août, un condamné à mort ou aux travaux forcés.
    Les premiers Pénitents sont les Blancs. Ils sont sept fois plus nombreux que les autres en pays niçois. L’esprit pénitent est issu du Moyen Age. A l’exemple des frères mendiants que sont les franciscains, les dominicains, les augustins et les carmes, c’est à Gênes qu’apparaissent les flagellants, ordre de laïcs qui font pénitence par auto flagellation. Cependant on réalise que ce n’est pas la souffrance qui est salvatrice mais l’amour donné par la souffrance. La flagellation devenue inutile est remplacée par les oeuvres caritatives.
    Les confréries de Pénitents sont des associations organisées en société idéale: tout le monde peut en faire partie et a droit de vote; l’anonymat est protégé par la cagoule qui permet la plus grande égalité.

Toutefois le bureau qui dirige la confrérie est appelé « banque », il est constitué d’officiers que sont les prieurs ou recteurs, assistés d’un sous prieur, ou sous recteur, d’un marguillier, sorte de secrétaire, d’un trésorier, d’un maître de cérémonie... tous élus parmi les notables du lieu. Ils se réunissent dans une chapelle à l’écart de l’église et indépendante du clergé paroissial. A Tourrettes, la chapelle Saint-Jean est celle des Pénitents Blancs.

    Leurs statuts sont stricts et souvent pointilleux. Ils règlent le fonctionnement de la confrérie,  la forme de son action, le rôle de chacun, le choix des fêtes, le cérémonial à respecter... Les Pénitents incitent à la pratique et au développement de la prière, à la pénitence et à la charité sous toutes ses formes: depuis l’assistance aux malades, à l’enterrement des indigents et l’ensevelissement des morts surtout pendant les épidémies. Ils accueillent le voyageur égaré ou le pèlerin démuni, mais ne doivent l’héberger qu’un temps limité pour éviter les abus. Ils entretiennent les hôpitaux et les asiles. Dans les périodes de disettes et de sécheresse, ils gèrent un « mont granatique » ou « mont frumentaire » en prêtant les grains nécessaires aux semailles, aux paysans victimes de mauvaises récoltes. Le remboursement se fait l’année suivante avec un intérêt dérisoire.

    Le rôle important des pénitents leur donne une place prépondérante dans les processions et les fêtes, ce qui entraîne des jalousies et des querelles de préséance. La Révolution Française mettra un terme à leur action en supprimant toute ferveur religieuse et dévotion considérée comme rébellion contre le pouvoir républicain.

*****

    Après l’assassinat du roi Henri IV en 1610, Marie de Médicis devient régente de son fils Louis XIII pendant quatre ans. La mère et le fils s’emploient à ruiner le protestantisme. Le cardinal de Richelieu achèvera de le ruiner. De nombreuses chapelles sont construites à Vence: celle de Saint-Bernardin et Sainte-Agathe destinée aux Pénitents Blancs, celle de Saint-Pancrace aux Pénitents Noirs, la chapelle de l’Ara est vouée à Notre-Dame des Sept Douleurs et de la Pitié. Les nobles et notables de la ville mettent leur honneur à s’engager à la tête des Pénitents et à tenir sur les fonts baptismaux les enfants des familles pauvres. Le temps est à la miséricorde. De nombreux fils de familles nobles ou bourgeoises vont entrer dans les Ordres. Par ses réformes, Monseigneur du Vair incite les vocations religieuses. Toute les grandes familles de la région vont fournir des chanoines, des prêtres et des religieux: les Barcillon de Saint-Paul, les Villeneuve de Vence, de Tourrettes et de Thorenc. Scipion de Villeneuve-Thorenc, chanoine de Vence, deviendra évêque de Grasse de 1632 à 1636. Frédéric de Villeneuve-Tourrettes, fils d’Annibal, seigneur de Tourrettes, sera prieur de Cipières, tandis que sa jeune soeur Delphine entrera chez les Dames de la Visitation à Grasse. Son oncle Pierre, frère cadet d’Annibal, est déjà prévôt de l’Eglise d’Aix.

    Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, s’allie avec Louis XIII par son mariage avec Christine, la soeur du roi de France. La frontière du Var est en paix. Pas pour longtemps.

    Fidèle à sa mission de prêtre et d’évêque, Monseigneur du Vair multiplie des actes de dévouement, de charité et de paix tout au long de son épiscopat. Par deux fois il refuse des évêchés  luxueux ; il tient à sa ville de Vence dont il avoue: « ma femme est pauvre, je ne l’abandonnerai pas pour épouser une plus riche ».

    Le 9 septembre 1634, Vence fête avec éclat son saint patron Lambert. Cent cinquante pèlerins partent à pied de Bauduen, près d’Aups dans le Var, pour réclamer des reliques de ce saint originaire de leur pays. Ils arrivent en trois jours en faisant des étapes à Draguignan, Grasse par le chemin de Cabris et Vence par le Bar et Tourrettes. Ce jour même, le cortège arrive au village de Tourrettes en fin de matinée, y déjeune et part pour Vence à deux lieues de là. Le vieil évêque, Mgr du Vair, leur remet quelques ossements sacrés au cours d’un office célébré dans la cathédrale. Avec bannières et chants, une grande procession raccompagne les pèlerins. En tête, les Pénitents Blancs de Sainte-Croix, puis les Noirs de la Miséricorde, ceux de Saint-Jean, de Saint-Pancrace, enfin suivent les prêtres et les notables de la région. A la chapelle Sainte-Croix, l’évêque bénit l’assemblée et la procession continue vers Grasse, puis vers Bauduen qu’elle atteint le 14 septembre dans la liesse.
    On peut imaginer la joie des tourrettans au passage du cortège à l’aller comme au retour... Peu après meurt le vieil évêque fidèle.

*****

    Depuis peu, la guerre de Trente Ans fait rage. Richelieu met son ambition à abaisser la Maison d’Autriche-Espagne. La flotte espagnole s’empare une fois de plus des îles de Lérins: le tocsin retentit dans tous les villages, de nombreux seigneurs prennent les armes et accourent pour sauver les forts de Cannes et de la Croisette. Chaque commune doit fournir deux hommes par feu pour défendre la Tourraque d’Antibes. La guerre fait des ravages, la peste aussi. En 1637, les îles sont reprises grâce à l’ardeur des seigneurs. Monaco se donne à la France, Nice aux espagnols au traité de Péronne en 1641.

    L’évêché de Vence est vacant. Louis XIII voudrait réunir Grasse et Vence en un seul siège épiscopal, étant donné la proximité des deux villes et l’insuffisance de leurs revenus respectifs. Il confie celui de Vence à Antoine Godeau, l’évêque académicien, et supprime celui de Grasse.
    Antoine Godeau est connu sous le nom de « nain de Julie » car, petit et fort laid, il a su trouver grâce auprès de Mademoiselle de Scudéry aussi laide que son protégé, mais dont l’esprit et la poésie enchantent  les salons littéraires parisiens. Il l’appelle « sa dixième muse », il est nommé « le bijou des grâces »,  dans l’entourage de la Carte du Tendre.
    Dans son évêché, c’est un homme de prières et de charité, d’une activité incroyable: il  renforce les ordres religieux à Grasse, surtout celui des Visitandines qui accueillera de nombreuses filles des seigneurs et des notables du lieu. Il affaiblit le calvinisme en s’attaquant aux protestants d’Antibes et de Tourrettes où Jean Bernard a toujours son prêche. Par son édit du 24 décembre 1642, Louis XIII interdit prêches et « converticules » sous peine d’amende. De nombreuses abjurations ont lieu, les Aubanel de Tourrettes reviennent à l’Eglise catholique.
    Dès son arrivée à Vence, Godeau plaît au peuple car il parle en provençal dans ses sermons. Il avoue préférer « plutôt bien parler le provençal que ressusciter trois morts par jour ». L’assistance peut enfin comprendre ce que dit l’évêque qui institue aussi le catéchisme en provençal, langue dite vulgaire.

   Depuis longtemps déjà, Louis XIII et Anne d’Autriche désirent un héritier. Au cours de leurs voyages dans le royaume de France, ils prient la Vierge, dans tous les lieux de pèlerinages rencontrés, de leur accorder  un fils. A la naissance du Dauphin, nombreuses sont les chapelles mises sous la protection de la Vierge, en remerciement. Dans toutes les villes, le Rosaire est remis à l’honneur. A Tourrettes, l’église s’agrandit des deux chapelles latérales qui lui donnent la forme d’une croix latine, l’une dédiée au Rosaire, l’autre à saint Joseph, patron de « la bonne mort », dont le culte est répandu à cette époque. Etienne Aubanel fonde au village la confrérie de Notre-Dame du Rosaire en 1650.
 

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Pirates et esclavage.

    L’invasion des sarrasins du Haut Moyen Age a laissé une pratique longtemps conservée en Basse Provence: il s’agit de l’esclavage. Pendant deux ou trois siècles, il reste encore des esclaves maures dans la région. Déjà le grand Romée de Villeneuve exigeait en 1250 que « tous les sarrasins et les sarrasines de Villeneuve (Loubet) soient vendus ». Le maître possède alors un droit absolu de propriété lui permettant de vendre ou de transmettre ses esclaves. Il est possible d’affranchir un esclave et de lui donner le nom de son ancien maître, comme au temps des romains. C’est le cas du seigneur Jean de Grimaldi qui, dans son testament de 1454, affranchit Guillaume Jean. Ces esclaves sont un bien respectable qu’il faut protéger. Les écarts sont passibles d’amendes. Ainsi en 1412 « Pierre Martini de Nice a payé une amende de dix florins pour avoir enlevé une esclave mariée et l’avoir retenue plusieurs jours malgré son mari ». En 1428 « noble Guillaume Litti, fils de demoiselle de Castellane, seigneur de Dos-Frayres et autres lieux, doit payer une amende de cent sous coronats pour avoir eu des relations avec une esclave de Barthélémy  de Maffe ». Pendant ce temps, à Grasse, le marché aux esclaves fournit chaque année des ouvriers pour l’agriculture.

    Depuis fort longtemps, les turcs et les pirates infestent le littoral et prennent en esclavage des hommes, des femmes et des enfants. Ces barbaresques pillent la côte et emmènent ces prisonniers qu’ils vendent sur le marché d’Alger. Les ordres religieux de la Merci et les Trinitaires se spécialisent dans le rachat de ces captifs, au prix de nombreux démêlés et parfois même de leur vie.
    L’Ordre de la Merci, fondé en Espagne dès le XIII° siècle par le roi Jaime I°, est un Ordre militaire à l’origine. Il devient purement clérical à la fin du XIV° sous le pape Clément VII et sera supprimé à la Révolution. A côté de ces Mercédaires se développe, dans la région vençoise, l’Ordre des Trinitaires qui portent le scapulaire blanc et la croix pattée « de gueule et d’azur » sur la poitrine, ce qui les fait confondre avec les Templiers. Au XVI° siècle, ces deux Ordres ont le privilège de racheter Cervantès, le père de Don Quichotte, blessé à la bataille de Lépante et fait prisonnier lors de l’abordage  de sa galère espagnole par les pirates au large des Saintes-Maries-de-la-Mer et maintenu cinq années en esclavage; la rançon s’élève à cinq cents écus d’or espagnols. Les pères de la Merci sont chargés de récolter l’argent nécessaire à la libération des captifs.
    Au début du XVII° siècle, Claude de Villeneuve-Tourrettes, petit-fils du seigneur Honoré de Tourrettes, chevalier de Malte, est fait prisonnier par les barbaresques et libéré de la sorte. Louis XIV fait même appel à la générosité de Monseigneur Godeau pour payer le rachat d’un otage important resté entre les mains des pirates et qui subit les pires supplices. L’évêque donne la somme de trois cents livres.          

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Aspects économiques et sociaux.
    Depuis la fin du XVI° siècle, la tendance générale est à la dispersion de l’habitat en Basse Provence. Pourtant Tourrettes, comme Saint-Jeannet, est un gros bourg. La visite pastorale du 15 août 1667, à Notre Dame des Valettes, montre l’existence d’un habitat temporaire d’été en ce lieu. Il y a une croissance démographique avec développement des terres cultivables et de l’élevage. Les récoltes de blé sont croissantes, la production vinicole est en amélioration. Quelques activités industrielles s’accroissent : tanneries, parfumeries, moulins à huile et à blé, poteries, travail de la laine, du chanvre, du lin. Il existe un commerce actif sur de courtes distances, car le transport se fait à bât sur des sentiers muletiers.

    Les gens de Tourrettes sont spécialisés dans la vente du fil à l’étranger, «  hors du royaume et aux Espagnes ». Pour acheter leur marchandise, ils empruntent aux notables qu’ils rembourseront à leur retour. Mais pendant leur absence, leur famille tombe parfois dans le besoin : ainsi la femme de Rambert doit emprunter à un apothicaire pour se soigner. Les journaliers se louent au travail et forment un prolétariat rural, les  mesnagers  cultivent leurs terres et vivent correctement, les marchands et les bourgeois forment la classe aisée. Lors de ses visites pastorales, l’évêque est accueilli par le représentant seigneurial, les autorités municipales et les « plus apparens ». Il reçoit alors les doléances des fidèles concernant l’état de l’église et des chapelles, les négligences du curé… Ils réclament l’agrandissement de l’église devenue trop petite, ce qui nécessite qu’une partie du peuple reste dehors sous les intempéries, sans pouvoir écouter le prône. Les consuls veulent que ces travaux soient exécutés aux frais des décimateurs, ceux qui perçoivent la dîme, car «  la communauté a fait bâtir les deux chapelles et fait le retable et pavement d’icelles à ses propres frais et dépens y ayant employé à cet effet plus de 1500 livres » (ADAM  G 1240 – 24 avril 1668).

    Les sonneries des cloches sont mal faites, les messes ont des horaires fantaisistes et peu pratiques : elles sont trop rapprochées, les personnes qui gardent les maisons n’ont pas le temps de se relayer. L’évêque fixe les heures de la messe dominicale à 7 h. 30 l’hiver et 6 heures l’été. Elle est suivie par la grand messe à 9 h. l’hiver et 8 h. 30  l’été. Il recommande de laisser une demie heure entre la première et la deuxième sonnerie et de commencer la célébration après la fin de cette dernière sonnerie. La messe du jour est réclamée dès le point du jour, afin de ne pas priver les travailleurs des bienfaits de l’office. Vêpres et complies sont obligatoires le dimanche et jours de fête ou le samedi et surtout pendant le carême. On veut des processions et de l’éclairage dans l’église, de la pompe dans les célébrations, car elles sont un spectacle nécessaire au sens du merveilleux, que le prêtre ne doit pas saccager…

    Les consuls interdisent au vicaire et à son remonteur d’horloge de passer par la maison claustrale. Tourrettes a donc déjà son horloge communale.

    Les plaintes sont nombreuses sur le casuel qui comporte deux sortes de revenus : les droits curiaux  ou taxes obligatoires prises sur les sacrements (mariages, enterrements…) et les offrandes données librement par les fidèles. La taxe du mariage, fixée à 5 sols en 1655 représente le salaire d’une journée pour une femme ou celui d’une demie journée d’un travail difficile pour un homme. Tandis que le village réclame un troisième desservant, les Valettes veulent un service régulier toute l’année et pas seulement en été. Les desservants ne viennent souvent de Nice que pour officier un an ou deux dans les villages. Tourrettes accuse son vicaire de s’occuper d’actions scandaleuses, indignes de la qualité d’un prêtre, telles que «  s’associer en la ferme des moulins à bled, aller en personne au molin, prendre son droit, recouvrir sa maison, accomoder publiquement ses tonneaaux à la place et beaucoup d’autres choses indiscrètes…

    L’évêque profite de sa visite pour faire les confirmations, établir les Monts de Piété, les hôpitaux et les confréries, instituer une doctrine pure et orthodoxe, maintenir les bonnes mœurs, exhorter le peuple à la religion… Il peut passer deux ou trois jours au village, dans la maison claustrale ou chez les nobles ou les bourgeois. Il saisit l’occasion d’interdire les jeux de hasard. Le dimanche est un jour sacré : la messe est obligatoire et le repos nécessaire. Les offices ne doivent pas être perturbés par l’activité des cabarets, des jeux de paume, des marchés et des danses publiques. Les danses de rigodon sont déclarées obscènes car elles suggèrent trop l’attrait de l’amour… 

    D’ailleurs, le cabaretier est l’anti-curé du village puisqu’il dispute au curé la clientèle et favorise tous les jeux profanes… (Selon A. Albertini)

    Tandis que l’évêque s’occupe sans compter ni son temps ni son argent du grand séminaire, de l’hospice, des confréries des pénitents et des pauvres de la ville, des orgues de la cathédrale et de la commune, il meurt épuisé en 1672. La nombreuse famille des Villeneuve vit aux crochets du seigneur de Vence, branche maîtresse locale. Les Villeneuve-Tourrettes vivent souvent à Passe-Prest de Saint-Paul et au Canadel de la Colle, dont ils ont hérité des Villeneuve-Thorenc par le mariage d’Annibal, fils de Claude de Tourrettes, avec Françoise, fille du seigneur de Thorenc.

    La région est calme et active, avec moulins à bled et à huile, paroirs à drap et à toile de lin, parfumeries et tanneries. Des marchés et des foires attirent les foules plusieurs fois par an. Les communes possèdent fours et moulins, terrains, pâtures et forêts.

     Le Conseil de la commune a la garde des clés de la ville, de l’intendance des vivres, de la répartition des taxes et de la taille. Les consuls siègent comme des nobles, ce qui agace les seigneurs de Villeneuve qui cherchent toutes les occasions pour leur faire des procès. Le Parlement d’Aix donne raison aux consuls. De nouveaux règlements sont établis:

  • le Conseil est formé de dix membres.
  • les élections se font à la date habituelle du 26 décembre pour Vence, fête de la Saint Etienne, patron de la foi jurée. La religion a beaucoup d’importance pour ces laïcs.
  • pour être élu il faut avoir vingt ans au moins.
  • il faut savoir lire, écrire et compter, ce qui exclut les paysans.
  • le juge seigneurial peut assister au conseil, mais il n’a qu’une voix consultative...

    A Tourrettes, le Conseil décide la construction d’un moulin à sang, en 1680. L’eau du Cassan ne suffit plus pour écraser les olives. Il est décidé de construire un moulin à huile au-dessus des moulins, dont la meule est mue par des mulets et non plus par l’eau du vallon.

*****

    Victor Amédée II de Savoie a épousé la nièce de Louis XIV, Anne-Marie d’Orléans.Tant que le duc de Savoie est l’allié de la France, la Provence est calme. Quelques passages de troupes ont lieu de temps en temps, certaines hivernent dans la région vençoise. Mais en 1690, le duc de Savoie s’allie à l’Angleterre, ennemie de la France. Louis XIV lui déclare la guerre. Antibes vient d’être fortifiée par Vauban, Vence répare ses murailles et ferme ses portes, on monte la garde de jour comme de nuit. Les chemins royaux sont remis en  état pour le passage des troupes du roi. Le marquis de Vence, Alexandre, est gouverneur d’Antibes sous le commandement du comte de Grignan, lieutenant général au Gouvernement de Provence. En 1669 ce dernier a épousé Marguerite Françoise de Sévigné, fille de la Marquise.
    Entre 1690 et 1691, soixante huit régiments traversent Vence en l’espace de cinq mois!
Nice est assiégée par les troupes françaises, la réserve de poudre du château explose sous le feu des batteries. Le 30 mars 1691, vers dix heures du soir « une terrible explosion qu’on entendit de trente lieues de distance renversa les tours, les murailles, l’arsenal, lança dans les airs cinq cens hommes de la garnison, en mutila quattre cens et envoya rouler les canons du rempart jusque dans la mer ».
Le duc de Savoie se rend à Versailles pour négocier avec son « oncle » Louis XIV le traité de Turin qui rend Nice à la Savoie en 1696.

*****

    En 1692, les régiments d’Alsace et de Picardie prennent leurs quartiers à Vence sous le commandement du chevalier Barcillon, seigneur de Roquefort, tandis que Tourrettes loge quatre compagnies d’infanterie de monseigneur de Lingalleri, lieutenant général des troupes royales. A cette occasion, les tourrettans reçoivent des ordres de logement...

Les Archives de Tourrettes nous racontent:

    « En l’an mil six cens nonante deux, Monseigneur de Lingalleri, lieutenant général commandant les troupes de Sa Majesté en ce pays doit loger en ce lieu quattre compagnies d’infanterie.
    Les consuls réuniront les ordres et fairont les billets pour loger les quattre compagnies aux meilleurs ménages qu’ils jugeront pouvoir mieux loger.
    Les particuliers qui logeront et qui n’auront pas d’argent pour acheter de la viande pour les soldats, le consul a donné ordre au boucher de donner sans argent deux livres de viande pour chaque soldat.
    Les particuliers qui logent fourniront du pain.
    La commune donne ordre au consul d’acheter du foin et de l’avoine nécessaire à la fourniture des chevaux et autres bestiaux”
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Aux ennuis de la guerre s’ajoutent ceux de la communauté villageoise.
    Aux premiers jours de l’année 1693, le « rondet du moulin à bled » est en mauvais état, il faut dépêcher un homme à Valbonne pour convier le charpentier Barthélémy Lions à la réparation.
De plus, la récolte de bled est mauvaise: « les consuls ont fait savoir au conseil que les particuliers les ont requis de leur faire trouver du bled pour les nourrir eux et leurs familles, attendu qu’ils ne trouvent personne qui veuille leur bailler du bled à crédy ni les secourir dans leurs misères en état de périr eux et leurs familles, ou de désabiter du lieu, requérant le conseil de prendre les résolutions nécessaires »…
    La plainte des tourrettans est entendue puisque le Conseil, à l’approche des fêtes de Pâques, et avec l’accord de monseigneur l’Intendant, décide de secourir les habitants en leur donnant vingt charges de grains. Ceux qui pourront payer le feront au prix du temps, les autres règleront tout au long de l’année.
    Le 15 juin de cette même année, « il a été envoyé ce jour un porteur par messieurs les consuls de Saint-Pol, avec un ordre de Monseigneur le Comte de Grignan par lequel est ordonné de faire mettre en estat deux hommes par feu et les tenir prests à marcher et qu’ils soient armés avec leur fusil. Le conseil a délibéré de faire le choix de quattre jeunes hommes les plus capables qui seront dans ce lieu et les moins utiles... »
    Quelques mois plus tard, monseigneur l’Intendant réclame des mules pour l’armée du roy qui est au siège de Coni. Mais les mules du village ont déjà été réquisitionnées pour porter les munitions du côté de Pignerol pour l’armée de Sa Majesté.
    A la fin de cette année,  le conseil de la ville fait savoir qu’un bataillon de galères venant de Nice doit être logé une nuit au village. Comme de nombreux habitants n’ont ni pain ni viande à donner aux soldats qu’ils hébergeront, la communauté fournira le pain, le vin et la viande aux particuliers. Ceux qui nourriront de leurs propres deniers seront remboursés.

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« Election du nouvel estat de la communauté de Torrettes »

    « L’An mil six cens nonante huict et le premier jour du mois de janvier à Torrettes les Vence et dans la maison commune, par authorité et présance de Mr. Honnoré Chabert, lieutenant du juge dudit lieu et à la requeste de ...Aussel, paul Garaud consuls et françois Aubanel trézoriers modernes de la communauté dudit lieu, le conseil général et icelle a ésté assemblé ou sont ésté présans et adsistans en leurs personnes, outre les sieurs lieutenant de juge et consul  antoine Curel, ... Isnard, louis Brézes, Ms. césar Gazagnaire, césar Aussel, honnoré Aussel, guillaume Bareste, michel Merle, pierre Aubanel, pierre Taladoire, andré Curel, césar Agard, charles Garente, andré Mallet, cipion Albanel, pierre Curel,antoine Geoffroy, françois Agard, jacques Grignon, michel Talladoire, jean Spitalier, étienne Geoffred, jacques Gazagnaire, jean Isnard fils de Gaspard, jean Agard, françois Curel, françois Bareste, françois Geoffroy, charles Condans, jacques Aussel, honnoré Isnard, pierre Mallet, Coutellon, jean Agard de feu jean, tous particuliers manans habitans et possedans biens audit lieu et son terroir.
    A laquelle assemblée les consuls ont faict scavoir que suivant le reglement de la communauté ils ont faict cellebrer la messe du Saint Esprit et faict convoquer le presant conseil par voye et crié publique par tous les lieux et carrefours dudit Torrettes ala maniere acostume pour chaque chef de famille vienne adsister et proceder a l’election de deus consuls et en proposer ainsi qu’il est de costume et part ce que le conseil se trouve complet du nombre de personnes portées par le reglement et que l’heure de midy est arrivée, lesdits consuls et conseil ont requit ledit sieur lieutenant de juge de proceder a ladite election et creation de deus consuls et un trezorier ainsi conformemant au reglemant.
    En suite de laquelle requisition tous les adesrans audit conseil ont este escrits dans de petits billets separés par noms et surnoms et lesdits billets mis dans un chapeau tenu par ledit sieur authorisant et après avoir esté brouillés par tous les gens de l’assemblée quy ont voulu les brouiller et faire nommer un petit enfant agé de six à sept ans et faict tirer a ledit petit enfant trois des billets l’un apres l’autre pour être les nominateurs du nouveau estat... et de mesme huitte autres par le même petit enfant tire dix sept billets l’un apres l’autre pour lire les aprobateurs de la nomination consulaire quy sera faicte par les nominateurs ...
    Et de mesme suite avons faict sortir apres avoir tiré les dix sept billets pour les aprobateurs tout le restant de ladite assemblée. C’est en la presante salle ledit jacques Gazagnaire de la chambre a plan pied premier nominateur quy a nommé pour premier consul  françois Geoffroy.
Ledit charles Garente second nominateur a nommé pour premier consul charles Constant.
Ledit jean Agard troisième nominateur a nommé pour premier consul lambert Mallet lesquels ont esté aprouvés par lesdits aprobateurs retenus pour premiers consuls. Et de suite avons faict ecrire le nom desquels en trois billets separés et mis iceux dans un chapeau, et faict brouiller iceux et faict sortir de l’assemblée ledit françois Geoffroy pendant le temps qu’on tirait les billets, avons faict  tirer un d’iceux par ledit petit enfant. C’est icelui rempli du nom de lambert Mallet et retenu pour premier consul.
     Ledit jacques Gazagnaire premier nominateur a esté requis de sortir de ladite chambre pour faire la nomination des second consuls a nommé pour second consul françois Geoffroy lequel avons faict sortir de l’assemblée.
    Ledit charles Garente a nommé pour second consul michel Merle lequel avons aussy faict sortir de ladite assemblée… »

 
        On peut constater que l’élection municipale, qui a lieu chaque année à la date du 1° janvier, à Tourrettes, fait appel à la démocratie, puisque tous les chefs de famille tourrettans y sont conviés. Ensuite c’est le rôle du hasard qui choisit les élus locaux. C’est pourquoi il est fort utile que tous ces messieurs assistent d’abord à la messe dite du Saint-Esprit, afin de se mettre en bonne relation avec le ciel, et peut-être faire partie des « heureux élus »... La Providence s’exprime par la main innocente d’un enfant de six ans qui est chargé de tirer au sort des noms inscrits sur des bouts de papier au fond d’un chapeau... Sagesse des humbles, c’est la fatalité qui a parlé, il n’y a rien à dire!  


cachet de 1697

 


Carte par Guillaume Delisle - 1715

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Bibliographie