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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Les Villeneuve

La saga des Villeneuve

  1. La Provence catalane
  2. Les seigneurs de Villeneuve
  3. Les chevaliers de Malte
  4. La saga des Villeneuve (suite et fin)

  5. Chapitre suivant: Les XVI° et XVII° siècles

    Retour au sommaire principal

La Provence catalane.



    L’histoire du village de Tourrettes s’explique par l’histoire de la Provence. La dynastie des Villeneuve débute avec celle des Comtes de Barcelone. A la fin du XI° siècle, le dernier roi d’Arles, Bertrand, comte de Provence, n’a pas d’héritier mâle. A sa mort, sa nièce Douce hérite de la couronne comtale; elle épouse le comte de Barcelone et lui offre cette couronne  dans la corbeille de noces. Nous sommes en 1112. La maison de Barcelone va unifier et pacifier la Provence.
    La famille Villanova, venue de Catalogne, accompagne le comte de Barcelone devenu Comte de Provence. Giraud I° de Villeneuve reçoit l’inféodation des châteaux de Trans, les Arcs, la Motte et Esclans.

    Romée de Villeneuve apparaît à la cour du Comte, en 1223, sur le chemin de pèlerinage, d’où son nom de Roumieu, le pèlerin. Il a reçu les ordres mineurs et est pourvu d’un canonicat en la cathédrale de Fréjus, ce qui est équivalant au titre de chanoine. Il est le deuxième fils de Giraud; son frère Arnaud est le grand-père de Roselyne, la sainte provençale au miracle des roses: sommée par son père d’ouvrir son tablier où elle cache du pain pour les pauvres, elle obéit et voit avec stupeur des roses s’échapper à la place de la nourriture...

    Le Comte Raimond Bérenger V accueille le  roumieu, reçoit de lui de judicieux conseils; il en fait le chef de sa maison comtale et l’intendant de ses finances. Romée sera l’auteur des mariages royaux des quatre filles du Comte qui deviendront « les quatre reines ».

  • Marguerite de Provence avec Louis IX, roi de France, dit Saint Louis,
  • Eléonore avec Henri III d’Angleterre,
  • Sancia avec Richard de Cornouailles, roi de Rome,
  • Béatrix avec Charles I° d’Anjou, frère du roi de France et lui-même roi de Naples, qui héritera de la couronne provençale et sera à l’origine de la dynastie angevine de Provence.


     Romée fait fortune. En 1224 il est juge mage, en 1234 grand bailli et connétable de Provence. Du Comte, il reçoit de nombreux fiefs dont Vence en 1229 avec le titre de baron, en remerciement de ses bons services, et attise des jalousies. A son avènement, Charles d’Anjou le soupçonne d’indélicatesse dans les comptes de son prédécesseur et saisit ses biens. Paul et Pierre, les enfants de Romée ne doivent leurs terres vençoises qu’au rachat des fiefs paternels par leur grand-mère Aycarde de Villeneuve.

Sommaire


 


Les seigneurs de Villeneuve.



    Au XIV° siècle, la dynastie des Villeneuve, seigneurs de Tourrettes, débute avec Guichard, appelé le Bâtard. Il est le petit-fils du seigneur de Vence, Bertrand.
    Son père Paul de Villeneuve est le troisième fils du baron de Vence, Bertrand  de Villeneuve, dit d’Aiguines, et de dame Béatrix d’Esclapon.
    A cette époque, le fils aîné du seigneur succède à son père tandis que ses frères entrent dans l’armée du roi où ils peuvent se démarquer par de hauts faits, ou bien choisissent les ordres ecclésiastiques avec l’espoir de charges élevées.
 
    Paul de Villeneuve-Vence est destiné aux ordres religieux. Il devient chanoine sacristain du chapitre de Vence vers 1336. Le chanoine sacristain est encore appelé trésaurier, car il s’occupe du « trésor » de l’église: les vêtements sacerdotaux, les vases sacrés et les objets de culte que sont les ciboires, calices, patènes, ostensoirs, encensoirs... Il est chargé des luminaires, de l’entretien de la lampe perpétuelle, il fournit le baume et l’huile pour le Saint Chrême utilisé aux baptêmes et aux Extrêmes-onctions, les cordons pour l’église, les cierges et les deux brandons du temps pascal. Pour cela il reçoit les deux tiers des legs spirituels faits à l’Eglise. Contrairement à ce qui sera considéré plus tard comme une matière de peu de valeur - on dira faire des économies de bouts de chandelle - tout ce qui concerne la bougie est onéreux au Moyen Age car la cire coûte cher, très cher.
     De plus, Paul a une prébende à Tourrettes où il fonde la chapelle Saint- Pierre et Saint-Paul.

    Il existe alors des chanoines non prêtres qui se déchargent de la prière sur des religieux qu’ils rétribuent. Ces laïcs sont souvent des cadets de familles seigneuriales tentés par les gros revenus de la prébende. Le Concile de Trente, en 1563, exigera que ces chanoines soient prêtres, au moins pour la moitié.

    Après la disparition de son frère aîné Truand, seigneur de Vence, et de son neveu Romée mort sans enfant, Paul doit quitter le chapitre et recueille la succession de la maison de Vence, en 1338, selon le voeu de Romée. Il épouse la fille du baron d’Ollioules, Sybille de Vintimille, dont il n’a pas d’enfant. En 1353, il est viguier de Marseille et meurt en 1361. Pourtant il laisse un fils naturel, Guichard le Bâtard, qui enterrera son père dans la chapelle Saint-Pierre et Saint-Paul à Tourrettes.

                        *****

    Au XIV° siècle, la Provence est dirigée par la reine Jeanne I°, petite-fille du roi Robert de Naples, dit le Sage. A la mort de son grand-père en 1343, Jeanne devient reine de Naples, de Sicile et de Jérusalem, duchesse de Calabre et des Pouilles, comtesse de Provence, de Forcalquier et de Piémont. Elle a 17 ans.
        
    La cour comtale ne siège plus à Aix-en-Provence mais à Naples. La reine Jeanne, tant aimée des Provençaux, a peu vécu en Provence. Mais sa jeunesse, sa beauté, son charme lui donnent une renommée qui traversera les siècles. Aux Niçois qui l’accueillent dans leur ville, elle dit dans un sourire: «  Je n’ai besoin que vos cœurs ». La reine est aimée des uns, détestée des autres; elle sera toute sa vie en lutte contre ceux qui veulent lui ravir le pouvoir; toute sa vie elle cherchera de l’argent pour défendre ses terres et sa couronne; elle connaîtra la richesse et la trahison, la générosité et la haine. Reine de douleur et de tragédie, elle aura des mariages malheureux, perdra ses trois enfants en bas âge et finira étranglée dans les Apennins par son cousin héritier, Charles de Duras, en 1382.

    «  Reine idéale, familière et mythique, la Reine Jeanne appartient à ces figures historiques...
auxquelles se rattachent dans la mémoire populaire les légendes héroïques, les traditions de race, les monuments mystérieux... La belle Jeanne est pour nous, Provençaux... un mirage d’amours rétrospectives, un regret de jeunesse, de nationalité, de poésie enfuies ».
    En bon provençal, Frédéric Mistral, grand amoureux de cette reine, nous dit encore que cette comtesse laissa dans notre province «  l’éblouissement d’un météore »,  ce  qui  la  rend  presque surnaturelle. On ne compte plus en Provence les châteaux, les monuments et les ponts qui portent le nom de cette reine provençale bien-aimée.

                        *****
    En Provence Orientale, la reine Jeanne est entourée des seigneurs locaux, les Villeneuve de Vence, Giraud et Paul, Guichard le Bâtard fils du chanoine Paul (tous arrière-petits-fils du grand Romée de Villeneuve), les Lascaris de Tende, les Barcillon de Saint-Paul, René II Grimaldi de Monaco, Rostan de Courmes, Honoré de Malvans, Giraud et Blacas de Carros et le seigneur  Bertrand de Grasse du Bar. Tout ce beau monde fait des expéditions royales une guerre chevaleresque, pleine de courtoisie: une vraie guerre en dentelles. La reine Jeanne désire récompenser tous ces beaux Messieurs et vaillants chevaliers.
    Toujours à court d’argent, elle s’empresse de céder à Grimaldi, en 1363, les villes de Vence, Tourrettes, Gattières et Bouyon. Dans le même temps et sur son ordre, son grand sénéchal Foulques d’Agoult a déjà vendu aux seigneurs de Vence la juridiction mère de la cité. La reine doit annuler l’acte fait avec René Grimaldi qui ne fut seigneur de Vence et de Tourrettes que le temps d’une saison. La famille Grimaldi a commencé à fonder  un petit empire qui s’étend de Grimaud, point de départ de sa seigneurie, jusqu’à Menton. L’agrandir aux baous de Vence ne lui fait pas peur. C’est ainsi que Tourrettes a failli appartenir à la principauté de Monaco!...

                        *****
    En 1378, éclate le Grand Schisme. Il va scinder l’Eglise entre le pape de Rome et celui d’Avignon. Tandis que l’évêché de Nice obéit au pape romain, celui de Vence choisit le parti d’Avignon. La reine fait le même choix, ce qui va lui coûter sa couronne de Naples qu’elle ne pourra plus jamais récupérer. Plusieurs rois de France iront en Italie reconquérir le royaume napolitain, mais en vain.  
    Le gouverneur de Nice envoie ses troupes pour reprendre les fiefs de l’ancien évêque vençois qui avait pris la cause du pape, s’était enfui de Vence et y avait été remplacé par « l’évêque blanc », Jean Abrahardi, ainsi appelé car dominicain en robe blanche. Giraud de Vence se poste à Gréolières et à Coursegoules, son fils Paul est au château des Gaudes, tandis que Guichard protège Tourrettes. L’ennemi passe le Var au gué de Gattières, évite Vence bien gardée et se dirige vers Tourrettes que le Bâtard défend comme un lion. Les niçois doivent battre en retraite. Pour le remercier, la reine Jeanne donne à Guichard le fief de Tourrettes-lès-Vence avec le titre de gouverneur de la frontière du Var, en octobre 1378.
    La succession de la reine Jeanne va entraîner de nouveaux désordres. Sur les conseils du pape, Jeanne a choisi pour héritier le duc d’Anjou, Louis, frère du roi de France Charles V. Nice prend parti pour la maison de Duras et préfère se donner au comte de Savoie, Amédée V, le Comte Rouge, qui cherche depuis longtemps une ouverture de son comté sur la Méditerranée. L’Acte de Dédition est signé en 1388 au monastère Saint-Pons à Nice.
    
    Le jeune comte de Provence, Louis I° d’Anjou, est tué à Naples, sa femme la reine Marie de Blois obtient la tutelle de son fils mineur Louis II. Les seigneurs de la région vençoise défendent la nouvelle reine et l’accueillent avec enthousiasme. La reine Marie s’empresse de confirmer par lettres patentes, à Guichard en 1388, « toutes libertés, jouissances et immunités ainsi que la possession pleine et entière de Tourrettes lès Vence ».
    En tant que gouverneur de la frontière, Guichard défend Vence, fait restaurer en 1390 les remparts, les tours, les barbacanes de la ville, il fait sérieusement garder les portes « par des hommes et non par des enfants, des rondes sont faites de jour comme de nuit. L’histoire ne dit pas s’il en fit de même pour son nouveau domaine tourrettan... Il reçoit du roi, le comte Louis II, fils de la reine Marie, d’autres biens à Tourrettes...
 
    Le 15 Août 1390, il est présent aux délibérations des Etats de Provence à Aix, en qualité de « seigneur de Torretes », « tant pour lui que pour les nobles de Malvans et leurs hommes ». Il y siège en compagnie de Marc et Lucas Grimaldi, seigneurs de Cagnes et d’Antoine Barcillon pour la communauté de l’Isle. Guichard est un homme actif, il prend part en 1400 à l’expédition dirigée contre les pirates génois qui se sont emparés du monastère fortifié de Saint-Honorat de Lérins.
 Toutes les communes de la région se mettent à sonner le tocsin. Les seigneurs, sous le commandement du comte du Bar, arrivent trop tard; ils font appel aux galères de Toulon  pour mettre le siège devant les îles mais la forteresse est imprenable. Après dix jours de négociations, un accord est établi: les génois partent avec les reliquaires et vases sacrés comme butin de guerre. On retrouve Guichard gouverneur de Saint-Paul en 1429 quand il teste en faveur de son fils.
    Il épouse Aynésie de Demandolx qui lui donne sept enfants: deux filles, Jacobette et Perrinette et cinq garçons, Antoine et Paul qui lui succèderont, Esparron, Hélion et Jacques dont l’un des descendants sera religieux à l’abbaye de Lérins.

    [En effet, vers 1510, on trouve un Jacques de Villeneuve-Tourrettes-Vence, moine  de Lérins. Il est au nombre de ceux qui s’opposent à la réforme du monastère décidée par l’évêque de Grasse, Augustin de Grimaldi. Les insoumis écrivent alors une contestation au roi de France Louis XII qui leur répond le 27 Juillet 1510 en interdisant à l’évêque de faire venir les religieux de Cluny à Lérins. Mais peu après, le monarque change d’avis et les bénédictins de Cluny arrivent à Saint-Honorat.
    Jacques de Villeneuve décide, avec quelques compagnons, de s’établir chez le seigneur de
Tourrettes en fondant une succursale du couvent en 1511. En Avril 1532, on le retrouve à une assemblée capitulaire, tenue à Tourrettes lès Vence, en qualité de sacristain.]

                        *****
    A la mort de Guichard, son fils aîné Antoine lui succède et fait hommage pour Tourrettes en 1433.
    Il habite à Vence, près du Peyra où se trouve le portail de la Tour et fait construire son château de Tourrettes, lui donnant une belle façade aux fenêtres largement ouvertes au soleil.
    Tous les nobles, fiers de leur rang, arborent alors leur blason. Les armoiries existent depuis le XII° siècle par nécessité militaire. En effet, les chevaliers harnachés des pieds à la tête sont méconnaissables. Les boucliers, les bannières, les heaumes sont décorés de signes distinctifs. Ce sont souvent des figures animales ou chimériques, lion, aigle, dragon..., qu’adoptent les familles de la noblesse. Plus tard, l’usage s’élargira aux autres classes sociales, les femmes nobles, les évêques, les bourgeois, les corporations ou même les abbayes auront les leurs.
    Mais seul l’aîné de la branche aînée d’une famille peut porter les armes pleines. Les cadets et branches dérivées doivent les briser, c’est-à-dire les modifier un peu pour les rendre différentes. Les bâtards doivent les briser d’une barre. Le blason  de la grande famille des Villeneuve est « à lances frettées ou rompues d’or ». On y ajoute ensuite de petits écussons d’argent.
    Les armes des seigneurs de Tourrettes rappellent le blason des Villeneuve: «  de gueules fretté de six lances d’or, entre semé d’écussons de même; sur le tout d’azur à la fleur de lis du deuxième ». Les cotices sont entrecroisées pour moitié dans le sens de la barre, de sénestre à la dextre, pour moitié dans le sens de la bande. Ces armes s’accompagnent de la devise « Mantenen se », issue du provençal, qui signifie : « se maintenir ».
    Les seigneurs se prévalent de leur ancienneté et s’opposent à la classe montante des bourgeois. Les fêtes de famille sont célébrées avec éclat: les baptêmes succèdent aux mariages, et sont suivis d’enterrements. Tout est prétexte à de grands festins au château vençois des Villeneuve où de splendides soupers sont pris sur les redevances  du  peuple. L’orgueil  et  les abus  de  ces  seigneurs entraînent des révoltes que suivent les communes voisines.
 
    Vence est en effervescence, les habitants se débattent pour retrouver leurs droits perdus, auprès du roi René, et veulent choisir leurs consuls selon l’ancienne tradition. Autour de François, l’aîné des seigneurs de Vence, se groupent son jeune frère Raymond de Gréolières et son cousin Antoine de Tourrettes. Ils veulent mettre en avant leurs droits seigneuriaux octroyés par le comte Raimond-Bérenger V à leur aïeul Romée de Villeneuve. Ils décident d’abattre l’insolence des manants de Vence! Le roi René est en Italie. Sa femme, la reine Isabelle, conseille aux consuls de Vence, en 1440, de « se défendre de jour comme de nuit et de garder les clés des tours et des portes qui sont actuellement en garde du seigneur ». Mais les seigneurs refusent de rendre les clés et s’en prennent aux impositions. Les vençois se liguent contre eux et portent l’affaire devant le Parlement d’Aix. La sentence est terrible, les seigneurs obtiennent gain de cause tandis que les consuls de Vence sont condamnés à faire amende honorable, à genoux, une torche allumée à la main, sous peine de 500 florins d’amende. Les habitants sont humiliés.
    Antoine I° de Villeneuve-Tourrettes meurt en 1440.
    En 1443, les tourretins, fatigués de la lourde tutelle de leur seigneur, se réunissent dans l’oliveraie devant l’église Saint-Grégoire-le-Grand ; ils s’empressent de faire leurs réclamations et chargent leurs consuls, avec le notaire Jean Suche, de demander au seigneur Honoré I°, fils du terrible Antoine, une nouvelle constitution; ils leur donnent tous pouvoirs pour  «  défendre et conserver leurs privilèges, statuts, capitules et conventions, pour protéger ladite université, pour ordonner les tailles, impositions et cavalcades »...Le nouveau seigneur transige avec ses sujets qui lui versent 1700 livres de pension annuelle.     

                        *****
    Antoine I° mort, son fils Honoré le suit de près dans la tombe.
    Paul, frère d’Antoine, succède à son neveu Honoré en 1444. Il épouse sa cousine Roseline de Villeneuve, fille du baron de Flayosc, mais elle meurt sans enfant. Il se remarie avec Catherine de Comti, de la noblesse du royaume de Naples, dont il a deux enfants: Antoine son successeur et Jean qui sera, par son mariage, l’initiateur de la lignée des Villeneuve de Châteauneuf¬-de-Grasse.
    
    [En effet, Jean, fils puîné de Paul de Villeneuve-Tourrettes épouse Yolande de Bertatis, soeur d’un coseigneur des Malvans, elle lui donne huit enfants. Leur fils aîné Honoré I épouse en 1526 Antoinette  Lascaris, fille de Pierre Lascaris, coseigneur de Châteauneuf-lès-Grasse. Elle hérite des biens de ses frères et soeurs morts sans postérité. Leur fils aîné Honoré II hérite de son oncle maternel, coseigneur de Châteauneuf, à condition de porter le nom et les armes des Lascaris avec la devise « Dei Gratia ». Il devient Honoré de Villeneuve Lascaris, seigneur de Châteauneuf.]

    En 1434, Paul de Villeneuve-Tourrettes remet en cause le problème des eaux du Malvan qui avaient été gracieusement offertes à la cité de Saint-Paul par la reine Jeanne, au siècle précédent.  Vence et Tourrettes en avaient été dépossédées et ne cessaient depuis lors d’essayer de les récupérer. Dans ce pays méditerranéen, les sources sont cadeau royal. Le procès est jugé par Bertrand de Grasse, seigneur du Bar, en 1437, mais sans succès.

    Les seigneurs de Villeneuve considèrent les habitants de Vence comme des serfs corvéables
à merci. Les vençois se mettent en colère et envoient leurs deux consuls élus se plaindre au bon roi René. Celui-ci confirme, en 1441, tous les privilèges de la cité. En 1450, les tourretins renouvellent sur la place, à leur seigneur Paul, les réclamations qu’ils avaient faites à son neveu Honoré.
    A son arrivée en 1444, le nouvel évêque de Vence, Antoine Salvagni, reçoit de l’abbé de Saint-Victor de Marseille l’abbaye Notre-Dame des Crottons. Il remet de l’ordre dans les affaires de son prédécesseur et réclame la restitution de la juridiction qu’avait l’Eglise de Vence sur Saint-Martin-de-la-Pelote, estimant que le seigneur de Tourrettes se l’était approprié.
 
    La reine Yolande, mère du roi René meurt de la peste. En 1462, le fléau  arrive à Vence. La Dame de Tourrettes, Marguerite de Villeneuve-Vence, l’évêque et les consuls vençois décident de créer des charges de médecins, chirurgiens et apothicaires dans les deux localités. Les villes se dotent d’un Hôtel-Dieu. L’épidémie dure plusieurs décades. On décide de fermer les portes de jour comme de nuit. Les cités se dépeuplent: Nice, Tourrettes, Villeneuve (-Loubet), Cagnes et Saint-Paul ne peuvent plus enterrer leurs morts. La Gaude est abandonnée, ses habitants vont à Saint-Jeannet.
    La peste sévit à Nice et à Grasse, il est décrété que quiconque passerait le Loup ne pourrait plus revenir. Le fleuve est devenu frontière. Le peuple se tourne vers le ciel et les saints pour être protégé. Chaque commune construit chapelles et oratoires aux quatre coins du pays. Tandis que Vence prie Saint Roch, spécialiste des épidémies, Tourrettes se met sous la protection de Saint Fauste dont on trouve encore le reliquaire dans l’église.

                       *****
    Antoine II de Villeneuve-Tourrettes succède à son père Paul en 1471. Il  épouse Madeleine d’Agoult d’Ollières qui lui donne un fils, Antoine et cinq filles: Douce, Jeanne, Catherine, Marguerite et Philippe (!).

    Son fils Antoine III fait hommage pour Tourrettes en 1507 après le décès de son père. Il doit payer les dots de ses cinq soeurs qui sont toutes mariées à des seigneurs locaux: Douce et Jeanne sont unies à des seigneurs des Malvans. En 1519, Antoine est viguier de Saint Paul lès Vence et commandant d’une compagnie de gardes-côtes. Il épouse Jeanne de Grasse, fille du seigneur du Mas et de Callian et de dame d’Escragnoles. Elle lui donne deux fils et deux filles: Honoré  successeur de son père, et Jacques, écuyer de Tourrettes qui sera à l’origine de la branche des seigneurs de Carros. Son fils Annibal, capitaine et écuyer de Tourrettes, en épousant Julie Giraud, fille du seigneur de Carros, en 1593, deviendra lui-même seigneur de Carros.
    Les deux filles d’Antoine, Polyxène et Andrivette, seront mariées l’une au seigneur de Sartoux, l’autre à un écuyer de Saint-Paul. Si, au Moyen Age, l’écuyer est le jeune homme qui aspire à la chevalerie et, pour ce faire, s’attache à un chevalier pour porter son écu ou bouclier, par la suite ce terme deviendra une qualification attribuée aux simples gentilshommes.

    A la mort d’Antoine III en 1537, son fils Honoré II lui succède. En 1569 il épouse Madeleine de Castellane, fille du seigneur de Montmeyan, dont il a huit enfants:
    Claude, l’aîné, succède à son père ; Honoré et Jacques meurent avant leurs parents ; François et Jean sont reçus Chevaliers de Malte entre 1562 et 1565 ; Pierre est le fondateur de la branche cadette établie à Grasse. Avec son frère Jacques, ils sont carcistes, ils luttent contre la Réforme aux côtés du comte de Carcès. Les deux filles Eléonore et Polyxène sont mariées à des seigneurs locaux.
 


Les chevaliers de Malte.



    Après la chute de Saint-Jean d’Acre en 1291, nous avons vu les Templiers, Chevaliers du Temple, revenir en Occident et tomber sous la convoitise du roi de France, Philippe IV le Bel.
    Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem avaient été installés dans la ville sainte lors des croisades, pour s’occuper des pèlerins et soigner les malades. Purement hospitalier, l’Ordre va devenir également militaire dès 1113. A l’exemple des Templiers, ils se soumettent aux voeux de pauvreté, obéissance et chasteté.

    Chassés des lieux saints à la fin du XIII° siècle, ils se réfugient d’abord à Chypre puis dans l’île de Rhodes qu’ils fortifient. Ils la défendent vaillamment contre les attaques des Infidèles: les Mamelouks du sultan d’Egypte en 1444, Mehmet II roi maure de Grenade en 1480, et Soliman le Magnifique, sultan turc en 1522. Ils sont alors appelés les Chevaliers de Rhodes. L’île est fortifiée par le dynamique prieur de l’Ordre qui n’est autre que Hélion de Villeneuve-Trans-en-Provence, frère de sainte Roselyne et cousin des Villeneuve Vence et Tourrettes.
    Trahis par un des leurs déçu dans ses ambitions, ces chevaliers de Rhodes sont chassés de l’île par une armée de cent mille hommes. En 1530, Charles-Quint les installe à Malte où ils prennent le nom de Chevaliers de Malte. Après le grand siège de Malte par les turcs en 1565, la construction de La Valette fait de l’île un bastion européen d’importance capitale, en Méditerranée.
    Nombreux seront les fils des familles nobles à s’engager dans cet Ordre où ils lutteront contre l’Islam jusqu’à la mort ou parfois à l’esclavage.

 


La saga des Villeneuve (suite et fin).


    Claude de Villeneuve-Tourrettes succède à son père vers 1575. Il a embrassé la religion réformée comme bon nombre de ses cousins. C’est à cette date qu’il épouse Marguerite de Renaud, « Dame de Callian », dont il a cinq enfants:

  • Annibal lui succède.
  • Pierre devient prévôt de l’Eglise d’Aix,
  • Charles et Claude sont Chevaliers de Malte en 1607,
  • Françoise est mariée à Balthazar de Rafélis, seigneur de Broves et Callian en 1615.

    
    En 1621, Claude meurt, Annibal reçoit la succession de son père: il est seigneur de Tourrettes et de Callian. En 1604, il a épousé Françoise de Villeneuve, fille de Claude seigneur de Thorenc. Ils ont huit enfants:

  • Suzanne est baptisée à Callian en 1605; elle épouse François de Durand, seigneur de Sartoux et avocat en 1631.
  • César, fils aîné, naît en 1607.
  • Frédéric est prieur à Cipières,
  • Alexandre et Claude sont reçus Chevaliers de Malte,
  • Françoise est baptisée à Callian en 1615 et mariée au seigneur d’Auribeau en 1639,
  • Delphine sera religieuse de la Visitation, et Madeleine sera marraine à Callian en 1630.


                        *****
    A la mort de son père, vers 1630, César de Villeneuve devient seigneur de Tourrettes et de Callian. En 1635 il cède une partie de ses terres de Callian à sa tante Françoise et en 1643 il en vend une autre partie à son cousin Antoine de Villeneuve des Arcs.
    En 1640 il épouse Françoise de Blacas, fille de Scipion de Blacas, seigneur d’Aups et de Vérignon, et de Louise de Castellane Montmeyan. Elle meurt à Tourrettes en 1695 après lui avoir donné huit enfants:

  •  Scipion   héritier de son père,
  •  Louis et Isabeau nés en 1643 et 1648 meurent jeunes,
  •  Suzanne est baptisée à Tourrettes en 1644 et mariée à Madelon de Ferrier, seigneur d’Auribeau et Saint-Julien.
  •  Louis né en 1646, Jean né en 1650 et Charles né en 1652 sont tous trois Chevaliers de Malte. Jean sera Commandeur de Durbans en Quercy, Charles le sera  de Bordeaux.
  •  Louise est mariée en 1664 à Joseph Raimond, seigneur d’Eoulx. Elle sera la grand-mère de Marie-Anne de Raimond qui épousera plus tard le petit-fils de son frère aîné Scipion.


                        *****
    En 1680, le Comte de Vence, Alexandre de Villeneuve, prend le titre de « Marquis » en tant que défenseur des marches frontières de France. Déjà sous les derniers empereurs romains, les frontières étaient confiées à des commandants militaires appelés «  comites limitanei », véritables comtes des marches. Ces chefs prennent alors le nom de « marchis » d’après l’italien marchese, puis se rendent maîtres et possesseurs héréditaires de leurs territoires qui deviennent des marquisats. Certains de ces domaines seront érigés en marquisats par lettres patentes du roi, comme celui de Bar-sur-Loup par Louis XIV ;  mais Vence ne sera jamais un marquisat. Ces lettres royales,  scellées du sceau de l’Etat, étaient adressées aux Parlements de Province pour application légale.

    Aussitôt, les seigneurs de Cagnes et de Tourrettes s’empressent d’en faire autant afin de ne pas déchoir... Joseph César de Villeneuve est le premier seigneur de Tourrettes à se faire appeler « Marquis », dès le début du XVIII° siècle.

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Bibliographie