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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Moyen Âge

Le Haut Moyen Âge

  1. La féodalité
  2. La société féodale
  3. Autour de l’An Mil
  4. Apparition des “castra”
  5. La vie au Moyen Âge
  6. Le jardin médiéval et les vertus des plantes
  7. Les outils agricoles

  8. Chapitre suivant: L’époque médiévale

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 La Féodalité.

    Depuis le VIII° siècle, l’Europe est divisée par les luttes politiques, menacée par les invasions barbares, infestée par les épidémies et minée par les famines. Les monarques luttent entre eux pour le pouvoir et négligent les grands travaux indispensables à la bonne marche du pays, tels que les constructions et l’entretien des routes, des ponts, des aqueducs. Les seigneurs tyrannisent leurs sujets, les conduisant à la misère. L’Eglise aide les plus pauvres comme elle le peut.

    La société romaine était basée sur le droit, la loi; la société médiévale s’organise autour de la possession de la terre. Charlemagne envoie, dans les différentes provinces, des messagers, les « missi dominici », chargés de faire régner l’autorité centrale. Ces hommes jurent fidélité à l’empereur et se voient confier les attributions de gouverneur sur la justice, les impôts et la défense.

    Le seigneur le plus puissant morcelle ses terres et les confie à des hommes qui lui doivent le service d’ost, service provisoire dans l’armée seigneuriale. Le suzerain reçoit l’hommage de ces hommes liges qui sont liés à lui par un serment jusqu’à leur mort. Ces vassaux ont eux-mêmes des sous vassaux ou « vavasseurs »  qui peuvent avoir leurs propres vassaux ou « vasselets » qui leur jurent fidélité à leur tour.

    Le seigneur ne possède qu’une partie du fief qui constitue son domaine, le reste est réparti entre les habitants du village. Il rend la justice, lève les impôts et recrute des hommes pour la défense  du territoire.  En cas de  guerre,  il  doit  soutenir  son  suzerain  avec ses  propres  forces militaires et défendre les serfs. Dans chaque domaine il fait entretenir une partie de ses terres par le système des corvées,  travaux obligatoires  certains jours de la semaine. L’autre  partie du  domaine est fragmentée en tenures,  petites fermes confiées aux paysans.  En outre les serfs doivent fournir une partie de leur récolte: c’est une économie d’exploitation. Plus les humbles travaillent, plus ils produisent et plus ils donnent au seigneur. Il ne leur reste que le strict nécessaire. En échange,  le seigneur les protège en temps de guerre ou d’invasion. Mais plus le seigneur reçoit, plus il dépense en fêtes, en objets rares, en terres ou pour faire la guerre.
     En même temps  se développe  l’agriculture: les charrues sont améliorées grâce à un soc en fer, l’assolement triennal permet le repos de la terre par la rotation des cultures, des moulins à eau sont construits peu à peu. C’est le début du fer à cheval qui protège les sabots et de l’étrier qui stabilise les cavaliers.

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La société féodale.



    «  La raison des moutons est de fournir le lait et la laine; celle des boeufs est de travailler la terre; celle des chiens, de défendre des loups les moutons et les boeufs. Si chaque espèce de ces animaux remplit son office, Dieu les protège... » Cette affirmation d’Eadmer de Cantorbéry du XI° siècle nous incite à conclure: ainsi en est-il de chaque homme. Les clercs et les moines sont faits pour prier pour les autres, les paysans pour travailler la terre et nourrir les autres, les guerriers pour défendre tout le monde.
    Dans la société féodale, chacun est lié à la personne la plus proche de lui dans la hiérarchie:
le serf au vassal local, celui-ci à son seigneur et ainsi de suite jusqu’au roi.
 
    Le chevalier est un vassal qui s’engage à assister son seigneur par le service d’ost. Il possède un cheval en bonne santé, des armes qu’il doit fournir, et guerroie pendant que les autres travaillent. Il est souvent issu de familles de propriétaires ou de petits seigneurs. Peu à peu, la chevalerie s’organise en institution avec ses rites et son propre idéal. L’Eglise tente de lui donner un noble but pour transformer les énergies guerrières et l’esprit d’aventure au profit de la défense du bien et du droit pour la gloire de Dieu.
    Le chevalier est formé dès l’enfance. Jugé digne et de noble lignée, il entre au service d’un seigneur pour lui servir de page. Il n’est qu’un petit serviteur auquel sont réservées les humbles tâches. Il sert le seigneur à table, l’aide à se vêtir et à s’armer. Il apprend le maniement des armes, les usages et les devoirs du chevalier; il apprend aussi à monter à cheval.
    Vers quinze ans, il devient écuyer: il porte l’écu et le casque de son seigneur pendant les marches, le suit à la bataille pour le protéger. On se souvient de Pépin le Bref disant à son père à la bataille de Poitiers: « Père, gardez-vous à droite, Père, gardez-vous à gauche »…
    Plus tard, s’il a fait ses preuves, il est armé chevalier au cours d’une cérémonie solennelle. Après une nuit passée en prières, il écoute à genoux le seigneur lui retracer les devoirs du chevalier, puis celui-ci lui donne sur l’épaule un coup du plat de l’épée, le chausse de ses éperons d’or et le ceint du glaive. Le jeune homme est devenu chevalier.


Autour de l’An Mil.



    Après le départ des Sarrasins et trois siècles d’anarchie, la Provence retrouve la paix dès la fin du X° siècle et au début du XI°. La région est dévastée, les villes démolies...

    Guillaume, comte de Provence, s’attache à relever les ruines et à porter aide aux seigneurs locaux et aux évêques. Il réorganise toute l’administration publique, délimite plusieurs comtés en nommant à leur tête les vaillants seigneurs qui ont combattu à ses côtés. Toutes les archives ont été brûlées par les Sarrasins. Il fait rétablir le cadastre d’après les limites des propriétés seigneuriales, ecclésiastiques ou particulières.

    Les églises et abbayes sont reconstruites. Les moines, gardiens des lettres sacrées et profanes, s’activent à relancer une religion plus fervente, une morale plus pure et un plus grand savoir intellectuel. Les monastères sont créés ou restaurés. L’abbaye Saint-Victor de Marseille se développe en recevant des donations de toute la Provence. La ville de Vence lui fait don du prieuré Notre-Dame des Crottons qui deviendra Notre-Dame des Fleurs, au quartier du Malvan. Les abbayes de Lérins et de Saint-Pons de Nice redonnent à l’Eglise un idéal de paix en interdisant la violence contre les pauvres désarmés et les lieux saints. La trêve de Dieu interdit tout acte de guerre du mercredi soir au lundi matin. Les églises s’efforcent de trouver un saint patron renommé pour acquérir plus de lustre et s’attirer plus de faveurs diocésaines. Celle de Tourrettes choisit Saint Grégoire le Grand, pape au VI° siècle et grand réformateur de l’Eglise. Le goût des reliques se développe avec celui des pèlerinages    C’est alors que le pape Urbain II fait proclamer la première croisade, en 1095, pour la délivrance du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

    Nombreux seront les seigneurs qui partiront au loin guerroyer contre les Infidèles, comme une certaine revanche prise sur les Sarrasins. En deux siècles, il y aura huit croisades qui seront menées avec plus ou moins de réussite par les rois de France: Louis VII, Philippe-Auguste, Louis VIII et Louis IX qui y perdra la vie et deviendra saint.
 


Apparition des « castra ».



        En Provence et dans tout le Midi de la France, vers l’An Mil, l’habitat est dispersé. Les seigneurs règnent sans partage sur leurs terres. Pour lutter contre l’insécurité générale, ils organisent un processus d’ incastellamento qui regroupe les habitations sur un site perché et fortifié. Cet enchâtellement leur permet d’assurer leur autorité sur les hommes. Le castrum est à la fois forteresse seigneuriale et bourg fortifié construit autour du château fort. Le seigneur regroupe la population rurale pour mieux la protéger. Les  gastes  sont des terres en friche ou retournées à l’état sauvage, les  dépens des zones bien délimitées où les droits d’usage sont réglementés. Dans la journée, les paysans rejoignent les campagnes pour le travail agricole ou pastoral. Le soir, ils regagnent la protection des hautes murailles, fermées la nuit par une lourde porte. Les villages abandonnés sont colonisés par des familles venues de la proche Ligurie.

    Dès cette époque, le territoire de Tourrettes est cité dans des documents, ses limites se situent entre le vallon du Claret à l’orient et le Loup au couchant. Un premier château existe dès le XII° siècle.

    Dans le pays vençois, le dénombrement des “castra”, de 1235 à 1244, montre que les nombreux villages actuels qui s’échelonnent le long des baous sont déjà nés: ce sont Gateriis pour Gattières, Sancti Johannis pour Saint-Jeannet, Carocio pour Carros, Oliva pour l’Olive du Broc, Sancti Laurencii pour Saint-Laurent-la-Bastide de Vence, Torretis pour Tourrettes, Valletis pour les Valettes de Tourrettes, Corma pour Courmes, Cormeta pour Courmettes...

 

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La vie au Moyen Age.



    Tandis que les nobles se chargent de la sécurité et de l’administration, le peuple s’occupe de
la terre et l’artisanat, le clergé se consacre à la prière et à l’éducation des enfants.

    Chaque village a ses jardins, ses granges, ses réserves. Les villes relient entre eux les villages voisins à deux lieues à la ronde, soit environ huit kilomètres. La proximité est définie par la  distance parcourue aller-retour entre le lever et le coucher du soleil. Chaque terroir a son parler, ses fêtes, ses traditions. Les routes sont empruntées par toutes sortes de gens: criminels ou voleurs pourchassés, vagabonds, marchants ambulants, fonctionnaires royaux ou seigneuriaux, journaliers, religieux ou pèlerins... Ces voyageurs propagent les nouvelles. Les seigneurs sont chargés de la sécurité des chemins,  ils doivent indemniser les victimes des brigands sur leur territoire.

    A Tourrettes, la porte de la tour de l’ancien château, actuelle mairie,  est à 9 mètres au-dessus du sol. Cette ouverture en plein cintre est  haut perchée par sécurité. L’accès se faisait par une échelle de meunier ou un escalier rétractable, comme une sorte d’escalier-levis. Le donjon rectangulaire sera remanié plusieurs fois par la suite.
    
    Un château féodal, au X° siècle, est constitué d’un donjon autour duquel s’ordonnent des bâtiments servant de réserves et d’écuries, entourés de fortifications de pierres et de bois. Dans le donjon, une grande salle est fermée de petites fenêtres occultées en hiver par des tentures ou des parchemins tendus sur châssis de bois. Les chambres sont petites et ne servent qu’à dormir. Peu de meubles, quelques tables, escabeaux, coffres et paillasses…

    La chasse est la grande distraction des seigneurs quand ils ne sont pas à la guerre. Ils parcourent toute la journée maquis, champs et forêts. Les « dames » ont des servantes qui font les travaux ménagers, préparent les repas; elles-mêmes filent et tissent la laine et le lin.
 
    Autour du château, les paysans sont dispersés  dans la campagne. Ils n’ont pas le droit de chasser ni de porter les armes, mais ils font du braconnage au risque d’être punis. Ils travaillent aux  champs, c’est sur eux que repose la vie économique du fief. Ces serfs sont assujettis aux corvées et au chevage, impôt annuel payé au seigneur.


    Au village, les maisons se serrent derrière un fossé, une muraille ou une palissade. Les rues sont étroites, jonchées de détritus quotidiens que fouillent chiens et pourceaux. Pour les fêtes, elles sont nettoyées, recouvertes d’herbe et de fleurs tandis que les façades s’ornent de draps décorés ou de tapisseries.

    Les maisons sont en hauteur. En bas, une écurie, où sont parqués chevaux, mulets, volailles, lapins ou cochons, une cave ou une boutique. Au premier étage, la pièce à vivre sert de cuisine et de salle à manger. Au-dessus, une grange ou de petites chambres. Les fenêtres sont fermées avec du papier huilé ou de la toile graissée, les volets pleins sont extérieurs au rez-de-chaussée, mais intérieurs à l’étage. La cuisine a un écoulement d’évier vers la rue, on prend l’eau à la fontaine. De grandes cheminées avec un banc de pierre près de l’âtre  réchauffent les pièces. Chaque maison possède une cuve pour la lessive et le bain, des jarres pour les réserves d’huile et de grains, des tonneaux pour le vin, un charnier aéré pour le lard et un pétrin.
    Dans les rues, les odeurs des écuries se mêlent à celles de la soupe au chou et au lard  ou au fumet de la viande épicée à l’ail et à la moutarde. Le régime carné provoque des maladies de peau des gens de cette époque,  que le jeûne du Carême permet de soigner...

 

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Le jardin médiéval et les vertus des plantes.


    Chaque village est isolé, par leur difficulté d’accès, le mauvais état des routes et les distances qui les séparent de la ville. D’où la nécessité de vivre en autarcie. Chaque communauté a ses jardins, proches des habitations.  Dans cette région au sol tourmenté, des lopins de terre sont arrachés à la pente  grâce aux murets qui les soutiennent, ce sont de véritables jardins suspendus qui sont accrochés au bord des ravins. A Tourrettes, les potagers s’étendent le long de la voie royale, à l’entrée du village, au quartier de la Peyrière, plus tard nommé la Bourgade. Ces étroits jardins sont répartis entre plusieurs familles et sont alimentés par un système de canaux captant l’eau du ravin proche du Cassan.
    De l’autre côté du village, au couchant, le quartier des Horts regroupe des terrains plus larges et moins pentus où la culture est plus aisée.

     La viande est chère, le vilain se nourrit de pain de seigle, d’orge ou d’épeautre trempé dans un bouillon d’herbes cuites en pot ;  on y ajoute parfois une poignée de légumes secs.  Dans le potager médiéval ou  ménagier, on cultive les herbes, les racines et les légumes, sans oublier les aromates et condiments qui parfument les potées.

    Choux, blettes, cardons et salades diverses entrent non seulement dans la composition du  potherbe mais détiennent des propriétés qui permettent de soigner les tracas quotidiens. Le chou, nourriture de base, appelé « légume des chrétiens » par les Arabes, permet de dissiper l’ivresse. Son jus mêlé au vin blanc tiédi  soulage les douleurs d’oreille et les surdités. La blette, connue depuis les temps préhistoriques, de saveur fade, est mangée assaisonnée « d’huile, de vinaigre et de saumure ». Le chénopode, épinard sauvage aux feuilles en patte d’oie, « amollit le ventre et tue les vers ».
 
L’oseille de saveur aigre « excite l’appétit ». La moutarde blanche ou noire est déjà connue depuis la Préhistoire ; ses feuilles entrent dans la composition des soupes. La plante en poudre sert pour les cataplasmes qui, appliqués sur l’épaule, « réveille le malade dans l’apoplexie et la paralysie ». Ses graines « brisent la pierre du rein, soulage la fièvre quarte et soigne la mélancolie hypocondriaque ». Les salades ont aussi leurs valeurs : la laitue est connue depuis l’Antiquité, elle a des propriétés calmantes et légèrement narcotiques, utiles en cas de toux. La chicorée des chemins est « apéritive, détersive, propre pour les obstructions et pour purifier le sang ». Le cresson, appelé « nez tordu » a une saveur piquante qui monte au nez comme la moutarde. A toutes ces herbes, il faut ajouter la petite pimprenelle ou « pipinella » qui mêle son goût poivré à la salade ; elle guérit les blessures et est en outre antihémorragique.  La mauve, « propre à amollir », est utile pour les maux de tête, la somnolence et les maladies des reins. Quant à la bourrache, elle « bonifie le sang et relâche le ventre ». Sa fleur est cordiale et sudorifique.

    Les plantes à racine qui entrent dans l’alimentation quotidienne ont aussi leurs propriétés thérapeutiques. Chou rave et navet, à la racine « venteuse », sont cuits dans l’eau séparément, avant d’être mêlés au bouillon d’herbes, ils sont excitants et aphrodisiaques. Raifort et radis aux « racines fortes », sont mangés avec les viandes pour en faciliter la digestion. Bouillis, ils guérissent la toux chronique. La carotte est diurétique, aphrodisiaque et « réjouit le cœur ». Le poireau soigne les brûlures, les hémorroïdes, les piqûres d’insectes et les morsures de serpent. Oignon, échalote et ail permettent la conservation des plats dans lesquels ils entrent. Quant à la bardane ou Herbe aux teigneux, aux têtes « accrocheuses », ses racines charnues cuites ont un goût d’ « artichaud ». La plante est utilisée contre les  scrofules et écrouelles, ganglions du cou, contre la lèpre et la gale.

    Les graines contenues dans les fruits des légumineuses ou ces fruits eux-mêmes sont consommés dans les potages, les brouets, ou les bouillons de céréales. La « mongette » ou fayot de Charlemagne est mangée cuite, en grains ou en cosse comme des haricots verts, en salade avec saumure et vinaigre, elle facilite la digestion. Le pois chiche, aliment des pauvres, fortifie. La fève se conserve très bien, elle neutralise l’odeur de l’ail dans la bouche. Sa gousse en décoction est utile contre « la gravelle, la pierre, la néphrétique ». Quant à la lentille qui fera la réputation de Tourrettes, son nom vient de lens qui signifie doux en latin. Autrefois, on pensait que ceux qui vivaient de lentilles avaient l’humeur plus douce et plus tempérée que les autres. Peut-être que les tourrettans qui s’en nourrissaient avaient-ils besoin de lentilles pour calmer leur forte personnalité ?... La lentille est connue depuis les temps préhistoriques, sa décoction « lâche le ventre » ; en lavement elle excite la sueur.

    Les épices et condiments sont utilisés comme assaisonnement culinaire mais également comme médicaments pharmaceutiques. Les « quatre semences chaudes majeures » sont le cumin, le carvi, la coriandre et le fenouil. Sainte Hildegarde, abbesse bénédictine teutonne du XII° siècle, les préconise contre le mal de mer et les maux de cœur. Les pigeons sont attirés dans les pigeonniers par les graines de cumin. La coriandre « chasse les vents » et facilite la digestion. Le  fenoüil  par sa racine « purifie le sang », ses feuilles sont utilisées contre le mal des yeux, ses fruits donnent bonne bouche. L’aneth est utile dans les saignements de nez, les maladies de poitrine, les douleurs de la rate et, selon Hildegarde, « calme les ardeurs et les plaisirs de la chair ». Toutes ces plantes sont apéritives, digestives et carminatives. Le persil a la particularité de casser le verre qui le contient, par son sel. En outre il « chasse les vents, atténue la pierre du rein et de la vessie et adoucit les hémorroïdes ». L’ache, apéritive et carminative, facilite la respiration ; elle sera à l’origine du céleri rave et du céleri branche au XVII° siècle. La livèche au goût de céleri soigne les blessures ; Hildegarde la propose contre la toux, les douleurs abdominales, l’hydropisie et les maladies des glandes. Ciboulette et ciboule sont employées dans les civets ; le romarin ou « rosée de la mer », fortifie le cerveau, soulage l’épilepsie. L’hysope, « herbe de bonne odeur », est recommandée contre l’enrouement, les maux de tête et « la lèpre due à la débauche »…
 
    Les cucurbitacées ont un statut à part : ce sont des plantes grimpantes à fleurs. Concombre, melon et calebasse sont connus depuis la Haute-Egypte. Coloquinte amère et concombre d’âne dont les fruits, en forme de cornichons poilus, se détachent du pédoncule avec bruit en éclatant et répandant pulpe et graines alentour ; ils sont de violents purgatifs et utilisés contre la goutte. Il en est de même pour la bryone ou  « couleuvrée », plante mythique qui doit être cueillie avant le lever du jour, avec des incantations particulières. « Plante divine », « Reine des dieux », ou « Vigne du diable », elle est fort purgative. Sa racine énorme et charnue comme la mandragore en fait une plante magique. Elle est employée contre ulcères et fractures, fièvres et maladies pulmonaires.


    Plus éloignés du village se trouvent les  restanques à céréales. Des terrasses sont construites sur les coteaux à l’aide de murets en pierres sèches. Les pierres sont assemblées sans mortier ni liant, chacune est appréciée à l’œil, présentée, rectifiée, calée au mieux, sans trou et sans jeu, en respectant le sens de formation des roches sédimentaires. Ces pierres sont ramassées dans les champs lors de l’épierrage.
    Les terres, souvent éloignées de tout point d’eau, sont réservées à la culture des céréales qui servent à faire le pain ou les bouillies, plats de base de la population.
    L’épeautre est le blé le plus ancien, il a une enveloppe coriace qui nécessite le meulage et ne peut être mangé qu’en bouillies. Le froment, blé aux épis serrés, est débarrassé de ses glumelles par battage. Il sert à fabriquer le pain, de même que l’orge et le seigle. L’avoine a servi aux Carolingiens à faire le pain jusqu’au XIII° siècle ; détrôné par le froment, elle est ensuite destinée aux animaux.

    La vigne joue elle aussi un rôle important dans l’alimentation. Selon les Arabes, le vin et le pain sont la « nourriture des chrétiens ». Charlemagne fait étendre sa culture dans les monastères car le vin est « le meilleur régénérateur des esprits vitaux et de toutes les facultés corporelles ; il purge le cerveau, excite l’intellect, réjouit le cœur, vivifie les esprits, clarifie le sang, expulse du corps toutes les impuretés ». Son excès entraîne « d’horribles maladies : l’apoplexie, la paralysie, l’épilepsie, la léthargie, la folie, la surdité, la cécité… la mort subite ». Il entre aussi dans de nombreuses préparations médicinales : vin d’absinthe, de marrube…


    D’autres plantes sont cultivées pour leur utilité pratique. Ce sont les plantes textiles, les plantes tinctoriales et autres utilitaires nécessaires au travail quotidien.

    Le lin, à la semence douce au toucher, donne des  fibres avec lesquelles on tisse une toile très fine.  Ses graines fournissent une huile siccative à usage industriel. La graine elle-même contient un mucilage permettant de lutter contre la constipation.
    Le chanvre pousse dans des eaux croupissantes, les chènevières ou canebières; ses fibres solides permettent de fabriquer des cordages et de tisser des toiles solides dans lesquelles sont coupés les vêtements des gens pauvres. Ses graines ou chènevis sont toxiques pour l’homme mais soulagent les brûlures, les bourdonnements d’oreille et tuent les vers. Elles servent toutefois à la nourriture des petits oiseaux.
    La cardère à foulon, par ses têtes « crochues », sert à carder la laine. Les petits réservoirs d’eau à l’aisselle de ses feuilles la font nommer « cabaret des oiseaux ».
    
    Les plantes tinctoriales sont importantes pour teindre les textiles. Le mordançage permet de fixer la teinture pour la rendre indélébile.
 
    La gaude est un réséda ; la plante sèche permet d’obtenir une teinture jaune très solide.
Le genêt des teinturiers possède des pigments jaunes qui, avec du sulfate de cuivre donnent une couleur verte qui fut utilisée dans la tapisserie de Bayeux. Par sa racine séchée, l’orcanette méridionale procure une  teinture rouge qui entrait déjà dans les rouges à lèvres des belles de l’Antiquité. La garance, dont la racine donne un beau « rouge turc » très vif, servira  plus tard pour teinter les pantalons de l’infanterie française au XIX° siècle ; les Gaulois la mélangeaient au suc du pastel pour obtenir du violet. Isatis des Grecs, le pastel fournit la couleur bleue.
    La saponaire ou « herbe à savon », sert à dégraisser la laine des moutons préalablement traitée à la cendre de bois. Ses feuilles moussent et nettoient au contact de l’eau.

    Chaque village a son chemin des Vergers, où poussent les arbres fruitiers, lieux particulièrement bien exposés, à l’abri des vents dominants et des gelées précoces, non loin d’une source ou d’un vallon humide. Au Moyen Âge, les fruits ne sont pas très appréciés car souvent âpres et acides. Ils sont davantage utilisés à des fins médicinales.
 
    Les feuilles de pommier sont efficaces contre les maladies du foie, de la rate, de l’estomac et de l’intestin. Celles du pêcher le sont contre l’épilepsie et les vers ; son écorce sert contre la mauvaise haleine et l’érysipèle ; son amande contre les maux de tête. Comme pour les poires, les pêches crues sont considérées comme des poisons, il faut les cuire au vin pour les manger… et qu’elles deviennent des antidotes ! Les fruits très astringents du sorbier, du néflier et du cognassier sont surtout antidiarrhéiques ; ils ne sont mangés que devenus blets. Au XII° siècle, les apothicaires préparent des pâtes de coing avec une fine purée de pulpe cuite au miel avec des épices.

    Le noyer à l’ombre fraîche est généreux pour ses bienfaits : son écorce est vermifuge, ses feuilles soignent la goutte, la lèpre, et luttent contre le ténia ; son amande est utile contre les intoxications, les abcès du foie, les maladies de la peau. De plus, la noix par sa forme de cerveau serait bonne pour l’esprit ! Quant au laurier, symbole de gloire, de victoire, dédié à Apollon, il est une panacée du Moyen Âge : utilisé contre les migraines, la goutte, la fièvre, l’asthme, les obstructions de la rate ou du foie, il donnerait le don de double vue et éloignerait la foudre…Il ne faut pas oublier le figuier, (indispensable à tout jardin en cette contrée méditerranéenne, car son fruit, s’il « ne vaut  qu’une poignée de figues », est à la base de la nourriture paysanne), ni le tilleul à l’ombre rafraîchissante, aux fleurs calmantes et au bois qui n’est pas attaqué par les vrillettes, utilisé pour la fabrication d’objets d’usage courant et de sculptures.

    Dans la garrigue, sur les terres incultes, poussent les arbustes sauvages dont les fruits sont recueillis pour les confitures : ce sont les aubépines, dont la fleur est active contre la goutte, les cornouillers au bois dur dont on tire les manches d’outil, les épines-vinettes dont les baies fermentées entrent dans la composition des vins.


    Un domaine est réservé aux guérisseuses et aux sorcières : c’est celui des plantes magiques qui doivent être cueillies la nuit, « dans la solitude, le silence, le secret ». La présence ou non de la lune a une grande importance, selon les espèces. Lune ascendante, pleine lune, lune descendante ou nouvelle lune agissent sur les propriétés de la plante, selon que l’on veut augmenter ou diminuer les effets. L’aconit ou « casque de Jupiter » aux fleurs bleues, l’aconit tue-loup servant d’appâts pour tuer loups et renards, et la ciguë sont des toxiques connus depuis l’Antiquité. Le pavot dont les capsules sont narcotiques et somnifères, était utilisé par les nourrices gauloises dans les bouillies pour endormir les enfants !
    Les plantes maléfiques sont utilisées déjà par les sorcières, « uniques médecins du peuple pendant mille ans » écrira Michelet. L’usage de ces plantes affecte l’état conscient de ces « dames » en leur conférant des pouvoirs « surnaturels » qui leur permettent de prophétiser, de jeter des sorts et même de se transposer dans des lieux éloignés pour exercer leur pouvoir malin. Des décoctions appliquées derrière ou entre les cuisses leur provoqueraient des sensations de lévitation au moyen de balais enfourchés pour voler vers les assemblées nocturnes du sabbat… selon la croyance populaire.
    La verveine ou « herbe aux sorciers » est vulnéraire, détersive, astringente et consolidante. Elle est utilisée contre la jaunisse, les maux de gorge, les ulcères, le mal de reins et de vessie, les fièvres… La mandragore, à la racine fourchue en forme de corps humain, est particulièrement  magique : il ne faut pas la récolter à mains nues. Pourtant sa racine est narcotique, stupéfiante, résolutive et rafraîchissante. La belladone aussi entre dans de nombreux philtres des sorcières. Son nom de « belle dame » vient du fait que les coquettes  Romaines mettaient quelques gouttes de sève dans leurs yeux pour obtenir « un air rêveur ». Dans les orgies dionysiaques, le vin était additionné de jus de cette plante. Quant à la jusquiame ou « fève de cochon », c’est l’herbe noire du jardin des sorcières, par la couleur du centre  de ses fleurs et leurs nervures.
 
 Elle entre dans la composition des boissons magiques car elle a la réputation d’engendrer la folie. Elle donne en effet l’impression d’être suspendu en l’air sans toucher le sol. Elle est utilisée par les sorcières pour donner des hallucinations et de l’ivresse. Curieusement, l’utilisateur ne se souvient plus de rien. Elle servira d’anesthésique pour la chirurgie du XV° siècle.


    Il reste de nombreuses plantes simples utilisées pour la santé au Moyen Age. Ce sont les vermifuges ou plantes « antivermineuses », les purges d’usage courant pour retrouver l’équilibre entre les « quatre humeurs » selon la théorie d’Hippocrate, les herbes contre les fièvres comme la reine des prés d’où sera extrait le constituant de l’aspirine, les herbes expectorantes avec l’ « herbe aux chantres » qui « excite les crachats ».  Les plantes vulnéraires aux vertus astringentes stoppent les hémorragies et sont cicatrisantes, avec le fraisier des bois à l’odeur « agréable et réjouissante » ou l’aigremoine encore appelée « herbe de Sainte Madeleine » avec ses fruits à piquants, sans oublier le millepertuis ou « chasse diable », récolté à la Saint Jean. La podagraire ou « pied de bouc » par la forme de sa feuille est l’ « herbe aux goutteux » et la consoude ou « herbe aux charpentiers »,  soigne les coupures et plaies suppurantes. Jusqu’à la  bistorte ou « serpentaire », à la racine deux fois tordue comme un serpent, qui arrête les « vomissements, les cours du ventre et les hémorragies » et est utilisée contre les venins.

    Il y a aussi les plantes des femmes, utiles aux accoucheuses, dont l’armoise ou «herbe de la Saint Jean » est le grand remède de l’époque, car « elle excite le mois aux femmes, aide à l’accouchement et à faire sortir l’arrière-faix. Elle nettoie et fortifie la matrice. Elle abbat les vapeurs. On s’en sert intérieurement et extérieurement ». L’agripaume et sa feuille en patte de loup, la sabine et la rue sont également utilisées « pour conserver la santé ». Cette dernière, panacée particulière de sainte Hildegarde, est une plante magique à récolter selon un rite très précis après incantations, avant le lever du soleil, en saisissant la plante entre le pouce et le petit doigt de la main droite. Quant au tamier ou « herbe aux femmes battues », c’est une vigne noire aux fruits écarlates, que l’on râpe sur les blessures et contusions, les tumeurs et ecchymoses.

    Le jardin médiéval se complète avec les fleurs qui ne sont pas seulement belles mais aussi utiles à la santé : la rose purge, l’iris atténue les douleurs de la vessie, le lis est résolutif et la pivoine est utilisée contre l’épilepsie. Le bleuet soigne les yeux, la violette d’ « odeur douce et réjouissante et agréable à la vue » a des feuilles émollientes et résolutives, des fleurs pectorales et cordiales, des graines et un rhizome purgatifs.  
    Le jardin médiéval est une vraie pharmacopée, livre ouvert des simples pour se soigner au quotidien. La nature dans sa sagesse a prévu les plantes nécessaires à la santé des pauvres comme des riches. Elle est une grande médecine pour qui sait s’en servir...

    Le guérisseur connaît toutes ces plantes et les utilise régulièrement. De plus il a un don qui  consiste en une grande intuition et une connaissance instinctive du corps humain. A force de palper, il connaît les os, les articulations, les muscles et les nerfs, il connaît les glandes et leur fonctionnement, les gestes nécessaires pour calmer, sauver, redresser, masser. De plus, il a le don de « lever le feu » avec des prières et des impositions de mains. L’important est d’y croire, car les onguents et les remèdes ne guérissent pas tout. Il faut que le don soit soutenu par une foi vibrante, par la prière quotidienne. Ce don lui est donné gratuitement, il doit donc être délivré gratuitement. Le guérisseur n’est qu’un intermédiaire, ses mains sont les mains du ciel.
 
    Le don de guérir ainsi les brûlures sera utilisé longtemps, jusqu’au milieu du XX° siècle. Mon jeune fils a eu l’occasion d’en bénéficier à la suite d’un fort coup de soleil. Le guérisseur qui est souvent une guérisseuse, car ce don est généralement donné aux femmes, opère après le coucher du soleil.

    Après s’être recueilli un instant, la femme place une assiette remplie d’eau sur la tête du malade. Un verre renversé est placé au centre de l’assiette. Les prières et les incantations font le reste, l’eau monte dans le verre et entraîne avec elle le feu de la fièvre. C’est tout simple et incroyable pour qui n’a pas la foi…
 

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Les outils agricoles

 


1 Houe à deux dents, d'époque romaine
2 Pic
3-6 Houes à une lame (eissado)
7-8 Houe à deux dents ou bigot

 


9 Taio raco, pour couper le marc de raisin dans le pressoir (les Baux)
10 Faucille dentellée pour la moisson (voulame)

 


11 Bêche de bois garnie de feuilles de fer (Luchet)
12 Pelle-versoir à deux dents
13 Lichet à garance
14 Forces pour la tonte des brebis (Forfes)
15 Falx vineatica de Columelle
16 Poudadouire à taller la vigne

Extrait "La Provence et le Comtat Venaisin - Arts et Traditions Populaires"
Ouvrage de Fernand Benoit - Editeur Aubanel

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Bibliographie