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[Archives] - Livres

(Livre-Tourrettes-en-son-pays)-Période antique

La période antique - Les siècles obscurs

    La période antique
  1. Les Ligures
  2. Les Celto Ligures
  3. La paix romaine
  4. Les siècles obscurs
  5. Les Wisigoths
  6. Les Lombards
  7. Les Sarrasins

  8. Chapitre suivant:Le Haut Moyen Âge

    Retour au sommaire principal

 

La période antique.


Les Ligures.

    Quelques millénaires se sont s’écoulés avant que ne s’installent les Ligures, vers le X° siècle avant notre ère. Descendants des peuplades néolithiques, ils avaient été peu à peu repoussés de la côte méditerranéenne vers les hauteurs, par les invasions successives: ce sont eux les vrais provençaux d’origine.

    Habitués aux terrains arides et pierreux où ne poussent que des épineux, ils sont âpres à la tâche. Les femmes travaillent comme des hommes. La vie difficile et les privations leur font le corps maigre et sec. « Ils escaladent les montagnes comme des chèvres »  raconte le géographe grec Posidonios.

    Ces hommes petits, trapus, vigoureux, noirauds et lestes vont s’installer sur les endroits rocheux qui dominent le littoral. Sur le territoire de Tourrettes, ils ont laissé leurs traces sous forme de constructions primitives plus ou moins élaborées. De la vallée du Loup jusqu’à son affluent le Claret qui limite le terroir tourrettan, une série de « camps » sont construits sur des promontoires qui dominent le fleuve, au Cassan, au Lauron ou à Camassade.

    Sur l’éperon rocheux près du nouveau cimetière, un site a été  découvert. C’est le castellaras du Cimetière qu’étudia Monsieur Bretaudeau en 1981. Il domine le vallon du Cassan et se présente en éperon barré. L’enceinte est faite de blocs cyclopéens réutilisés par la suite. Une colonne cylindrique de pierre d’un diamètre de 80 cm. et de 110 cm. de hauteur est dans l’alignement.

    Ce castellaras fait peut-être face à un autre plus important sis à l’endroit du village actuel. Le choix du relief tabulaire et des rochers escarpés laisse croire à un camp retranché ligure. Les terrains proches, l’eau à proximité permettent la culture des céréales pour la fabrication de leur pain et même, déjà, celle des lentilles qui ont fait la renommée du village depuis la nuit des temps.

    Les Ligures chassent les chevaux et les bovins, les lapins et les cochons sauvages. Sur les hauteurs, ils élèvent des troupeaux de chèvres et de moutons qu’ils ont domestiqués. Sur les sommets du Pic de Courmettes et de la Colle de Naouri, à l’Eouvière en bordure du plateau des Courmettes, des murets ruinés en forme d’enclos sont parfois accompagnés de bories.

    Construites en éperons barrés sur les falaises des gorges du Loup, ces aires permettent la surveillance de l’approche ennemie. Sur les vastes épaulements du massif tourrettan, la vie est possible près des sources et des champs cultivés. Plusieurs camps s’échelonnent ainsi à un jet de pierre les uns des autres. Là, entre ciel et terre, ils peuvent surveiller le littoral où croisent les bateaux grecs entre leur ville phocéenne de Marseille et les différents comptoirs qu’ils ont créés le long de la côte pour leur commerce: Antipolis, Aetgina, Nikaïa, Monoïkos, qui deviendront plus tard Antibes, Cagnes, Nice ou Monaco.


Reconstitution des camps celto-ligures du village et du cimetière

Sommaire

Les Celto -Ligures.

    Entre les VIII° et V° siècles avant notre ère, les Celtes envahissent la Gaule. Ils viennent de très loin, des confins de l’Europe centrale. Ils progressent  lentement, non en conquérants mais en nomades, à la recherche d’un emplacement où se fixer. Ils arrivent en longues caravanes de cavaliers superbes et fiers qui traînent derrière eux leurs troupeaux, leurs chariots avec femmes et enfants. Pacifiques, ils s’installent au fur et à mesure de leur progression. Ce peuple prolifique, très organisé, s’intègre facilement aux autochtones dans les grandes plaines riches de l’Europe.
     Leur chemin est tracé dans le ciel de la nuit: ils se dirigent d’après la Voie Lactée qui leur montre la route du soleil couchant. A la boucle du Danube, ils se scindent en deux groupes, l’un se dirigeant vers le sud où les appelle le soleil, l’autre vers l’ouest à la recherche du bout du monde.
    La route du soleil traverse la plaine du Pô où plusieurs tribus s’installent. Vers l’an 500 avant notre ère, ils passent les Alpes. Quelques Celtes s’arrêtent dans notre contrée, tandis que les autres poursuivent leur chemin vers la Provence d’Arles. Ils font la paix avec les autochtones.

    Ces grands hommes blonds, aux yeux clairs, fascinent les Ligures petits et bruns aux yeux sombres. Ils amènent avec eux un certain savoir-faire issu d’une ancienne grande civilisation. Les Ligures les acceptent comme voisins, des mariages unissent les deux races si différentes.
    Les Celtes fortifient les camps ligures en murailles concentriques, en arcs de cercle adossés aux à-pic. A l’intérieur de ces enceintes, les habitations voisinent avec les bories. Les sites ainsi fortifiés sont admirablement placés aux endroits stratégiques, ils permettent de voir arriver de loin l’envahisseur.  A l’intérieur  de l’enceinte,  une réserve  d’eau  assure le quotidien,  tandis qu’à l’extérieur, des enclos sont construits en pierres sèches pour parquer les animaux.
 
    En plus de cette méthode de protection, les Celtes apportent une technique inconnue des Ligures: l’art de travailler le métal pour fabriquer des armes de défense et pour créer de merveilleux bijoux. Les femmes sont belles, elles portent avec fierté des torques décorés d’émail rouge, des bracelets qui tintent à leurs bras, des anneaux qu’elles accrochent à leurs oreilles ou des cercles qui maintiennent en place leur chevelure. Ces femmes  blondes rivalisent de beauté avec les femmes ligures brunes aux cheveux superbes.

    Alors la vie peut être calme et laborieuse, le ciel clément. Selon les saisons, il faut travailler la terre, semer ou récolter. Des troupeaux de vaches et de moutons leur procurent du lait, de la viande, de la laine. Des porcs à poil dur, laissés à l’état sauvage, ont une taille et une force particulières. (Leur queue est droite, la queue en tire-bouchon est apparue avec la civilisation). Les chiens protègent les troupeaux des loups qui font des ravages. Les Celtes aiment les chevaux; s’ils sont de valeureux guerriers, ils ne sont pas des barbares.

    Dans leur vie quotidienne, les Celtes mêlent sacré et profane. Ils vénèrent les lieux: collines, rochers, sources et rivières, forêts. Les bois sacrés sont leurs cathédrales où seuls officient les druides,  clergé initié.  Le Panthéon celte,  sollicité par leurs prières,  protége leur vie. Leurs offrandes peuvent parfois être sanglantes quand la bonne marche de l’Univers le nécessite. Les pierres dressées semblent avoir été des autels dédiés à un dieu protecteur de la tribu. Elles servent aussi de limite tribale. Dans le culte solaire, ces stèles sont parfois utilisées comme des gnomons astronomiques, véritables cadrans solaires grandeur nature.


    Au XX° siècle, une pierre dressée, de plus d’une tonne et datant de 180 millions d’années, fut sauvée de justesse lors des travaux effectués sur la piste qui mène de Courmettes à Coursegoules. Découverte à temps, elle est épargnée par le tracé d’un virage. Non loin de là, un humble dolmen à peine sorti de terre suggère un rite d’ensevelissement celte.
    Dominant les gorges du Loup, le dolmen de Camptracier est appelé plus communément “le tombeau de l’Ancêtre”: un couloir de deux mètres de long mène à une cella à ciel ouvert. Seules subsistent la dalle de chevet à l’Est et deux pierres plates le long du couloir.
    Au coeur du village de Tourrettes, une pierre de sacrifice sert de rampe à un escalier extérieur, elle est enfoncée dans le sol sur un tiers de sa hauteur. Non loin du Portail- Neuf, des cupules creusées dans le rocher près du Castel deï Gaï servaient peut-être à recueillir le sang des victimes sacrifiées...       

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La Paix Romaine.


    Quand les Romains arrivent dans la région, au I° siècle avant notre ère, ils empruntent la voie Héraclès construite par les Grecs pour rejoindre par la terre leurs comptoirs établis le long de la côte méditerranéenne.
    La victoire remportée sur les tribus locales est immortalisée par le trophée d’Auguste à La Turbie, dénommé la « Torre del jayant » par le troubadour Raymond Féraud en 1300. Ceci nous fait penser au « Castel deï Gaiants » de Tourrettes. Les Romains s’installent dans l’arrière-pays vençois, faisant de la ville de Ventium  un  centre agricole actif qui devient le grenier des armées de César. Ils font la paix  avec les aborigènes nérusiens, leur apportant les bienfaits de leur civilisation et leur protection contre les attaques des tribus voisines.
    Ces Romains travaillent avec ordre et méthode, incitent les celto-ligures à quitter leurs castellaras et oppida pour venir habiter des maisons dans la plaine, s’organisant autour de grands domaines agricoles appelés “villae” où l’on cultive blé, vigne et oliviers.
 
    Au camp du Cimetière, furent trouvés quelques objets de signature romaine: pesons de pierre ou de terre cuite utilisés avec des appareils de pesée, fusaïoles qui ornaient les fuseaux à filer, débris de vases, de poteries et tegulae. Ces vestiges prouvent l’activité commerciale des Romains. Les fusaïoles sont faites d’une boule de terre cuite ou de pierre, percée en son centre. Elles servaient de contrepoids aux fuseaux en bois ou en os qui n’ont pas résisté au temps. Ces boules donnaient au fuseau l’élan de son mouvement rotatif. Elles révèlent l’existence d’un artisanat textile correspondant au filage et au tissage de la laine fournie par l’élevage des moutons. Les pesons pyramidaux trouvés en ce lieu pouvaient aussi être utilisés pour le tissage sur cadre de bois.

    Les Romains construisent des voies carrossables au fur et à mesure de leur conquête. Sur le tracé de la voie Héraclès et des drailles préhistoriques, ils aménagent la « via Julia Augusta » qui relie la Ligurie au Rhône par la province intérieure. La Provence vit dans la « Pax Romana ».
    De Vence, dont ils ont fait une ville prospère, les Romains tracent la « via Ventiana » qui, par les premiers reliefs des baous, rejoint par Digne les grandes voies des Alpes. Cette route empierrée gagne le col de Vence et dessert les villages lointains de Coursegoules, Cipières, Gréolières... déjà connus depuis la Protohistoire.
    Vers l’Ouest, ils relient Vence à Grasse et trouvent, à l’emplacement du village actuel de Tourrettes, un épaulement de la montagne fortifié de place en place par des sites celto-ligures.
    Les Romains ont coutume de marquer les distances au moyen de bornes qu’ils placent le long des voies. Aux endroits stratégiques, ils gravent une pierre dressée qu’ils offrent à l’une de leurs divinités pour protéger le lieu.


Pierre dédiée à Mercure

     Les Romains ont coutume de marquer les distances au moyen de bornes qu’ils placent le long des voies. Aux endroits stratégiques, ils gravent une pierre dressée qu’ils offrent à l’une de leurs divinités pour protéger le lieu.

Derrière le maître-autel de l’église du village, nous trouvons aujourd’hui une pierre dédiée à Mercure, le dieu romain des voyageurs, des marchands ... et des voleurs. Assimilé à l’Hermès grec, le Mercure romain est avant tout le dieu du commerce. Mais les poètes en ont fait le dieu du mensonge et des larcins: à peine né, il aurait dérobé les boeufs et le carquois d’Apollon, le trident de Neptune, l’épée de Mars, la ceinture de Vénus...
    Dieu de l’éloquence, il est chargé par Jupiter de transmettre les messages divins aux hommes et surtout aux femmes. Il parcourt donc les routes, muni de son casque et de ses sandales ailées. Il en profite pour veiller sur les chemins et les carrefours où une erreur de direction peut être fatale au voyageur. Il punit ceux qui n’obéissent pas à la loi de l’hospitalité.
    Aussi est-il vénéré dans les campagnes et dans les villes. On trouve parfois son image sur les portes des maisons.

La pierre gravée de Tourrettes porte l’inscription suivante:

ce qui signifie:

 

Légion Mille.
Les légionnaires Coelius
Rufinus et
Coelius Nicep(horus)
ont érigé cet autel à Mercure
selon le voeu fait par leur père.

 Cette pierre votive dressée près de la voie romaine a peut-être été utilisée plus tard comme autel païen dans un temple, à l’emplacement de l’église actuelle.

    L’endroit est favorable à un camp de surveillance que les soldats romains peuvent aménager près des sites déjà construits. L’eau ne manque pas, les terrains plats permettent l’agriculture qui convient.  Les pentes sont transformées en restanques, terrasses retenues par des murs en pierres sèches, et peu à peu cultivées à grande échelle. Des oliviers originaires des pays méditerranéens, de Grèce et d’Italie, y sont plantés. A leur pied, des moutons paissent et fument la terre de leur migon. Selon les époques, on y fait pousser des légumes qui nourrissent les familles ou, plus tard, des fleurs : anémones, pensées, violettes qui feront la renommée de la région.
    Dans certains cabanons ont été retrouvés des objets romains, tels que des balances, des poids, des outils, des pièces de monnaie prouvant le travail effectué par ces  envahisseurs qui  ont apporté une richesse certaine au pays.

    Vence devenue cité romaine attire, par son climat et la pureté de ses eaux, par ses fleurs et son soleil, les épouses des chefs romains dont la belle Poppée, favorite de Néron et célèbre pour ses bains au lait d’ânesse et ses masques de beauté. La ville, vouée à la déesse Cybèle, la Grande Mère, l’honore par des fêtes, les Mégalies, où des danses sacrées se déroulent dans un bruit assourdissant de cymbales et de tambours. On sacrifie des  béliers  ou des taureaux dans le sang desquels se purifient les hommes. Le taurobole, sacrifice du taureau, et le criobole, sacrifice du bélier, sont des cérémonies d’expiation, des baptêmes de sang. Celui qui offre le sacrifice est placé nu dans une fosse recouverte d’une grille sur laquelle la victime est égorgée. Le sang chaud coule sur lui et le lave de ses fautes.

On peut rapprocher de ces rites une curieuse pierre, à peine dégrossie, scellée dans l’un des piliers de l’église, près du choeur. Cette tête, appelée “lion du désert”, semble avoir porté des cornes en bois, aujourd’hui disparues, fichées dans la pierre par des fentes. A peine travaillée, elle doit être antérieure à l’époque romaine où l’on savait réaliser des chefs-d’oeuvre de sculpture. Peut-être était-elle utilisée dans des rites celtiques, sanglants eux aussi? Les Celtes n’avaient pas le goût de la sculpture de la pierre ou du bois. Elle fait penser à ces fêtes expiatoires du criobole, issu comme le taurobole du mythe de Mithra. Cette divinité orientale venue de Perse, était l’ange de lumière, médiateur entre les hommes et le dieu unique Ahoura Mazda, représenté par le soleil, ennemi de la nuit et des démons. Le baptême par le sang menait à la purification et à la communion divine.

    Une autre pierre sculptée étrange est réemployée dans la façade d’une maison de la rue du Brec. C’est une tête celte au sourire énigmatique ; au village on l’appelle la tête de l’Enri, sans savoir si cela se rapporte au nom du propriétaire Henri ou si ce sont les lettres INRI portées sur la croix... Ces têtes «anthropomorphes », à peine ébauchées, avaient un rôle de gardien.

la tête de l’Enri

     On peut voir de telles têtes «  romanes » à Saint-Auban, célèbre pour sa clue de l’Esteron. Ces têtes étaient parfois placées à l’entrée des cimetières, elles servaient à chasser les démons. Au Moyen Age, elles furent parfois utilisées dans les cheminées pour soutenir la poutre transversale. Placées de chaque côté de l’âtre, l’une souriait, l’autre était sévère. Elles symbolisaient les deux aspects de la vie: la joie et la tristesse.

    L’empire romain commence à se fissurer avec les luttes pour le pouvoir à Rome: Jules César est assassiné par Brutus, Tibère étouffé par Caligula, lui-même tué par les prétoriens, Claude empoisonné par Agrippine... A Rome, tuer un tyran est courant et les empereurs se succèdent.

    C’est alors qu’apparaît le christianisme. Il détrône les dieux ligures, celtes, gallo-romains et romains qui avaient de grandes analogies et s’étaient amalgamés au cours des siècles, en douceur, comme les populations successives. Vénérée à Vence, Cybèle est détrônée par la Vierge tandis que Mars est remplacé par Saint Michel Archange. La nouvelle religion venue d’Orient est persécutée par de nombreux empereurs romains dont Néron et Valérien, pendant plusieurs siècles. Cette persécution prend fin avec l’empereur Constantin, chef de l’Empire Romain d’Orient. Par son baptême, il protége les chrétiens et implante le christianisme dans tout l’Occident.

    L’empire romain, trop vaste, marche vers son déclin qui sera total avec le déferlement des hordes barbares, à la fin du IV° siècle. La chute impériale est accélérée par cette nouvelle religion orientale qui, dans sa philosophie d’amour et d’égalité, transpose les cultes zoroastriens et mithriaques par de nouvelles conceptions. A cette époque, le moine Honorat va créer un ensemble de petits monastères groupés autour d’un centre établi aux îles de Lérins, dans la baie de Cannes.

    Les grandes invasions vont déferler sur la Gaule.

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Les Siècles Obscurs.


Les Wisigoths.

    Tandis que les Francs et les Alamans dévastent le nord de la Gaule, au III° siècle, les Wisigoths s’installent en Italie. En 410, leur roi Alaric  met Rome à sac ; il est tué peu après. Pour lui succéder, Euric  assassine son frère Théodoric. Il prend la tête des hordes wisigothes et envahit la Provence, au V° siècle. Les barbares pillent les villes et brûlent tout sur leur passage, massacrent hommes et prélats sans distinction. Nice n’est plus que ruines. L’ évêque Véran a sa cathèdre à Vence. Voyant venir le danger, il envoie la population vençoise se cacher sur les baous et décide de rencontrer Euric pour le supplier d’épargner ses ouailles.

    L’évêque part alors à pied, à travers collines et forêts, accompagné de son enfant de choeur et muni d’un baluchon dans lequel il a plié ses habits sacerdotaux. Les armées barbares campent aux bouches du Loup, où a lieu la rencontre.

    Vêtu de sa chape brodée de fils d’or et coiffé de sa mitre aux brillantes pierreries, Véran vient humblement proposer sa vie contre celle des vençois. Le chef cruel jette en ricanant son épée près de l’évêque, lui assurant que sa quête serait entendue si l’arme fleurissait le lendemain. Le saint homme, empli de foi et d’espérance, se met en prière durant toute la nuit. La légende dorée nous rapporte que le lendemain Euric trouva son épée éclairée par le soleil levant, elle servait de tuteur à un liseron qui avait poussé dans la nuit et l’habillait de son feuillage et de ses fleurs aux couleurs vives. Après ce miracle et bien d’autres encore, Véran fut reconnu comme saint tandis que le chef wisigoth poursuivit son chemin vers l’Espagne. Son fils Alaric II sera vaincu et tué par Clovis près de Poitiers en 507.

    Curieusement, ces barbares sont christianisés dès le IV° siècle, mais convertis à l’arianisme, doctrine condamnée par le concile de Nicée en 325. Pour eux, Jésus-Christ est une nature parfaite, semblable à Dieu mais pas Dieu.
     C’est en ce lieu de la confrontation que  Charlemagne, en route vers la Lombardie, fera construire plus tard l’église Notre-Dame qu’il dotera de grands biens : on l’appellera la Dorée ou encore la Dorade. Au XI° siècle, cette église est en ruines. Le moine Pons y érigera le monastère Saint –Véran, près de l’embouchure du Loup, en souvenir de cette rencontre. Pons le donnera en 1055 à l’abbaye de Lérins, où lui-même finira ses jours. (Selon A. Venturini)   

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Les Lombards.

    La vie reprend son cours, les villes sortent de leurs cendres, le pays semble pacifié. Mais à la fin du VI° siècle  l’invasion lombarde déferle sur la région. Alboin, chef des Lombards, convoitait la Provence depuis longtemps. En 578, les Lombards passent le col de Tende, rasent Cimiez, brûlent Nice, Monaco et l’Olivette dans la rade de Villefranche: Hospice, le saint homme de la presqu’île, est torturé. Vence est menacée, les vençois affolés reprennent le chemin des baous et se retirent dans les grottes et dans des constructions de pierres qui sont à l’origine de la forteresse de Saint-Laurent- la-Bastide, tandis que sont détruits le pont du Var et le monastère de Saint-Véran.
    Vence est ruinée, ses remparts rasés. Deutère, son évêque, fait reconstruire la ville en s’inspirant de l’architecture lombarde.
 
.    La domination ostrogothe, dirigée par le roi de Ravenne, Théodoric, est une véritable libération, une restauration de l’autorité impériale, car Théodoric agit pour le compte de l’empereur d’Orient, comme du temps des Romains. Cette paix va durer trente ans, elle sera  une période faste d’inspiration  byzantine.  A la mort de Théodoric, les Francs reprennent la Provence  au roi ostrogoth Théodat. Mais ces étrangers nordiques ne connaissent pas les traditions romaines enracinées dans notre région. La période franque sera une époque de trente années de désordres par suite des luttes fratricides de la dynastie mérovingienne.


la Tourraque

    Tandis que les Vençois se réfugient sur les baous,  les tourrettans se sauvent dans la montagne et s’installent dans les anciens sites fortifiés des plateaux de Courmettes et du Caire dont la Tourraque est un bel exemple. Dominant le plateau du Jas-Neuf, la Tourraque est un camp fortifié préromain, proche de la voie romaine menant de Vence à Gréolières et Coursegoules. Non loin de là fut découverte une nécropole gallo-romaine. La vue s’étend du Cap Martin à l’Estérel. Les vestiges des murs d’enceinte, au ras du sol, mais d’une épaisseur de plus d’un mètre, sont cyclopéens, ils sont faits d’un entassement de pierres énormes sans mortier. Le nom de Tourraque viendrait du latin “turris acquae”, le château d’eau. En effet, de nombreuses sources sortent du sol argileux en plusieurs endroits, de grands champs d’herbe verte recouvrent le plateau. L’enceinte cerne le sommet d’un mamelon dominé par la crête des monts. A l’intérieur, des murs, des fonds de cabane et une citerne attestent d’une habitation. Merveilleux refuge d’où l’on pouvait surveiller l’avancée des invasions barbares qui brûlaient tout sur leur passage.

 


Carte ancienne - vestiges romains et gallo-romains sur le plateau du Caire

     La paix revenue, la Provence est remise en état grâce aux évêques et aux moines qui ont préservé une culture raffinée,  autrefois apportée par les Romains.  Ils s’attaquent à la décadence économique et sociale. C’est ici qu’on voit le rôle important du monastère de Lérins, véritable pépinière d’évêques de Provence: ce sont Véran à Vence, Valérien à Cimiez, Fauste et Maxime à Riez, Honorat et Hilaire à Arles. Ces saints hommes vont laisser leur nom à des villages qui vont s’établir autour d’églises paroissiales: Saint-Véran dans les Alpes, Saint(e)-Maxime près de la mer, Saint-Hilaire à Grasse... Des chapelles sont ajoutées aux grands domaines, les “villae”, des églises le sont aux bourgades. Celles-ci sont édifiées près des remparts, “extra muros”. Elles constituent les premières paroisses rurales sur lesquelles les évêques tentent d’installer leur autorité.
    A Tourrettes, l’église paroissiale est construite à l’emplacement d’une église romane “hors les murs”.
    Vers le milieu du VI° siècle, les premiers monastères fondés par l’abbaye de Lérins sortent de terre. Ainsi naissent la Napoule et Cannes, Vallauris et Mougins, Saint-Martin-la-Pelote à Tourrettes.
    Peu après, en Afrique, naît le prophète Mahomet qui proclamera la Guerre Sainte et  déclenchera une nouvelle invasion dévastatrice, celle des Sarrasins.  

Les Sarrasins.

    Au VIII° siècle, les Musulmans envahissent l’Espagne et passent les Pyrénées. Ils sont arrêtés à Poitiers par Charles Martel mais se rabattent sur la Provence placée sous la tutelle de Mauronte, comte d’Avignon et de Marseille. Celui-ci ouvre son territoire aux envahisseurs dont il veut gagner les services.
    A Lérins, cinq cents moines sont massacrés avec Porcaire leur supérieur. Les villes d’Antibes et Nice sont rasées à nouveau. La population vençoise remonte sur les Baous et construit la forteresse de Saint-Laurent-la-Bastide. Refoulés par les défenseurs de Vence, les sarrasins se rabattent sur le village de Tourrettes qu’ils auraient occupé et fortifié.
    Les Maures ravagent la côte de Toulon à Nice, tuent tout ce qui résiste, ruinent églises, monastères et monuments. Ils s’installent le long des côtes, érigent des tours sarrasines dans l’Esterel. Ils procédent par guérillas et coups de main.

    Au IX° siècle, ils débarquent, de nuit, dans le golfe de Grimaud et massacrent les villageois endormis. Ils s’installent au Fraxinet qui deviendra plus tard la Garde Freinet. Ils fortifient le village et font des razzias sur toute la côte jusqu’à Gênes. Les gens quittent leurs maisons pour se réfugier vers l’intérieur du pays. Les arabes sont les maîtres des lieux, ils portent partout le fer et le feu, emmènent les gens en esclavage. Ils investissent les hauteurs qu’ils fortifient pour les rendre imprenables: ils construisent ainsi des places fortes tout le long des Baous, à Gourdon, Gattières, Carros, Le Broc, Tourrettes et le château des Gaudes.
   
    L’occupation sarrasine pèse lourd sur la Provence. Guillaume I°, comte de Provence, fait appel aux seigneurs de la région pour bouter l’ennemi hors du territoire provençal. Nombreux sont les seigneurs qui répondent à son appel. Tous ensemble donnent l’assaut à la place forte du Fraxinet où les musulmans sont écrasés en 972. Ceux qui résident dans les autres forteresses se sauvent. La Provence est nettoyée des sarrasins. Le comte Guillaume est appelé «  le Libérateur ».
    Tourrettes aurait été le dernier village libéré de ces envahisseurs, dans la région vençoise.

    Le comte remercie les vaillants seigneurs en leur distribuant des domaines qui les inféodent à leur suzerain. C’est la naissance de la féodalité: les seigneurs acquièrent l’hérédité de leurs fiefs, de leurs charges et dignités reçus pour “bons et loyaux services” mais deviennent attachés au comte à qui ils doivent rendre hommage.
 

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Bibliographie