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Joop van Kralingen - Sa vie, son oeuvre

Première tranche de vie  (1916-1949)
 Il est né le 18 novembre 1916 à la Haye aux Pays Bas, d'une mère originaire de Frise, province située dans le nord du pays, et d'un père( 1887-1962) sculpteur ornemaniste, travaillant le stuc, spécialisé dans l'ornement des façades, murs et plafonds. Joop est l'aîné d'une famille de onze enfants.
Après avoir suivi une formation de métallurgiste ainsi que d'ébéniste, il fera différents "petits boulots", portier d'hôtel, fleuriste, agent d'assurance, avant de devenir l'assistant d'un photographe réputé à La Haye.
Son désir de devenir artiste s'affirme de plus en plus. Il observe, se cultive, lit des livres d'art, dessine et fait du modelage.
En 1939, la vie va lui offrir sa première chance: un sculpteur demande à l'assistant de photographie qu'il est de prendre en photo une de ses sculptures...il s'enhardit, et montre ses dessins et ses modelages à l'artiste; celui-ci, immédiatement convaincu du talent de Joop, le présente au Directeur de l'Académie Royale de La Haye. Il  y  sera admis et travaillera la sculpture auprès de B.M.A.Ingen Housz. Très vite, sa forte personnalité lui fera suivre sa propre route d'artiste; il tombe sous la fascination de la sculpture romane qui restera pour lui, tout au long de sa vie une  grande source d'inspiration, notamment pour ses sculptures de femmes.
En 1945, il passe son examen, couronné par une exposition de groupe de 24 élèves, dont Herman Berseric (1921-2002). Sa formation est complétée par un stage d'un an dans l'atelier du sculpteur Albert Termate.
Joop, âgé de 30ans, s'installe dans son premier atelier à La Haye. La qualité de son art est telle qu'il est immédiatement reconnu dans le milieu artistique confirmé. Sa vie est faite de rencontres déterminantes, comme celle qu'il fait avec le grand architecte Herman Haan (1914-1996) et qui lui permet de découvrir l'art africain. Le masque restera, pour Joop, la forme d'expression favorite.
C'est l'achat important, par une  célèbre amie des arts, Annie van Beunigen- Eschauzier (1880- 1968) de  deux  premiers bronzes  créés par Joop, qui va marquer le début d'une nouvelle vie pour lui.
Nous sommes en 1949, Joop peut vivre à l'abri du souci matériel pendant un bon moment grâce à ses deux bronzes vendus... alors, il part à l'aventure...
L'aventure, pour lui, ce sera, quelques amis, une 2 CV, et ...la Côte d'Azur...

La parenthèse française

Il passe par Tourrettes sur Loup, tombe immédiatement amoureux de ce village, et décide d'y vivre quelques temps. Il trouve un logement  ainsi qu' un atelier.
Dans ces années là, entre 1930 et 1950, Tourrettes sur Loup, Vence, St Paul de Vence sont des "repaires " d'artistes... Chagall, Matisse, Arman, pour n'en citer que quelques-uns, sont séduits par la  divine lumière de cette région, les vieilles pierres, les villages perchés, la nature sauvage et diversifiée, la beauté permanente...Ils y vivent et y travaillent. Ils se mêlent aux poètes, aux écrivains, aux musiciens, aux comédiens, aux cinéastes. A cette époque, la Côte d'Azur, et l'arrière pays niçois, sont un terreau extraordinaire pour l'Art.
L'Auberge de la Colombe d'or, à St Paul, immortalise le lieu de rencontre favori de tous ces grands artistes; on s'y marie aussi, comme le couple mythique Yves Montand et Simone Signoret.
A Tourrettes-sur-Loup, Jacques Prévert, Marcel Carné, Trauner, Kosma préparent le célèbre film "Les enfants du paradis", d'autres  cinéastes y tournent aussi comme Christian- Jaque , Alfred Hitchcock ... Le musicien Francis Poulenc, découvre Tourrettes  grâce à son ami Jean Cocteau qui venait s'y promener; il  s'y installe en prenant  pension. Il y compose Le Dialogue des Carmélites et la Voix Humaine. Un autre ami, Richard Chanlaire, peintre sur tissu et décorateur, ayant travaillé  pour les plus grands couturiers de luxe, ouvre une boutique dans la Grand' Rue, invite des amis tisserands à le rejoindre. L'artisanat d'art prend ses marques...
 Le philosophe Lanza del  Vasto  sera aussi charmé par Tourrettes, et bon nombre d'écrivains y habiteront.
Avant eux, en 1918, Modigliani, déjà, était tombé amoureux du site  et y avait peint la fameuse "Dame en Jaune", madame Modot, qui tenait sur la place une petite droguerie.
Pas étonnant, alors, que notre Joop, se  soit plu, lui  aussi, dans ce village... Accueilli par les Tourrettans avec beaucoup de gentillesse, il a vécu, parmi eux et ses amis artistes des années très heureuses.


 
  Joop à Tourrettes-sur-Loup ( 1949-1957)

"Yop" ou "Yopple" comme on l'appelle se lie d'amitié avec Denise et Chantal , d'origine belge, dites Les Demoiselles de Hainaut.
Denise est très proche de lui, amie intime, source d'inspiration pour bon nombre de ses sculptures. Il veut l'épouser, mais obtient un refus de la part de la jeune fille...Il en sera  blessé et ne se liera à aucune autre femme. Les Demoiselles  quittèrent Tourrettes,  devinrent dessinatrices et  illustratrices de livres d'enfants mondialement  connues. Plus tard, elles achèteront toutes les deux une maison à Tourrettes.
Joop est l'ami d'un critique d'art et publiciste américain, David Stacton, qui réside régulièrement à Tourrettes. Les deux hommes, un soir de juin, sautent ensemble les feux de la St Jean, allumés sur la place du village, et se promettent une amitié éternelle. Stacton, retournera aux Etats Unis et publiera un article très élogieux sur Joop suivi d'un essai  personnel intitulé "A visit to the master" dans le Virginia Review of Art.

Voisin de David Stacton, le Baron van Heeckeren, ancien diplomate hollandais, joue, lui aussi, un rôle important dans la vie tourretanne  de Joop van Kralingen: le baron, ami des arts, organise régulièrement chez lui de grandes réceptions, et il n'est pas rare de trouver à sa table, les personnalités les plus en vogue dans le monde artistique du moment, tel Chagall.

Joop  séduit par son travail d'artiste, enthousiasme les galeristes, et on lui organise de belles expositions dans la région: Menton en 1951, Saint Paul  en 1953, Tourrettes sur Loup en 1955. Puis il voyage à travers la France et s'imprègne de l'Art Roman. La religion catholique l'interpelle, le curé de Tourrettes devient son ami. Il réalisera un chemin de croix, peint sur des petits panneaux de bois, encore visibles aujourd'hui dans l'Eglise St Grégoire. Il fait aussi quelques voyages en Italie où il apprend la technique des fresques italiennes. Il se met à rêver...et s'il peignait ses propres fresques? et s'il prenait les murs abîmés par le temps et l'humidité de la jolie Chapelle de la Sainte Marie Madeleine pour en faire une œuvre restaurée et décorée, empreinte de foi et d'inspiration?

 

En 1952, Monsieur  Geoffroy, le Maire, lui en donne l'autorisation. La population accueille cette idée avec enthousiasme et lance spontanément une souscription pour collecter les moyens financiers nécessaires.
Pendant une année entière, il est maçon, sculpteur, peintre. Puis, en septembre 1953,la chapelle est bénie par Mgr. Verdet, évêque diocésain de Nice, en présence de Mr Emile Hugues, député- maire de Vence, Mr Geoffroy, maire de Tourrettes et d'innombrables villageois. Avant cette bénédiction sur les lieux de la chapelle, une grand-messe avait  été célébrée dans l'église St Grégoire par Mgr Verdet, messe soutenue musicalement par le chœur grégorien de Lanza del  Vasto.

Galerie photos de La Chapelle de la Madeleine

Restauration de la Chapelle en 2011

En remerciement de cet évènement, Joop recevra des mains du curé, une statuette représentant Sainte Marie Madeleine.
Comme plusieurs de ses amis, Joop quitte Tourrettes  en 1957, et rentre aux Pays Bas.



 Retour aux Pays-Bas: une nouvelle vie  ( 1957-2001 )

  Il installe un bel atelier dans la ville de Leyde, dans l'ancienne cour Sainte Elisabeth. Pour s'assurer de revenus stables, il est professeur à la Vrije Academie à La Haye de 1957 à 1962. En 1961 et en 1962, il obtient ses premières grandes commandes municipales. Ainsi, il réalise des reliefs en bronze pour le pont de Gansoord  à Leyde, ainsi qu'une fontaine sur la Place du Phare à Noordwijk.
Il découvre les idées philosophiques de Jiddu Krishnarmurti. Joop trouve dans ce "chercheur de vérité", libre et détaché de tout héritage religieux ou idéologique, son guide spirituel.
Il voyage, et visite avec émerveillement  la Grèce et l'Egypte. L'Art antique influencera profondément son travail artistique, tant l'émotion ressentie a été, pour lui, intense.
Des artistes américains l'invitent à vivre chez eux pour parfaire son art et laisser libre cours à ses nouvelles sources d'inspiration; ce séjour d'un an  se conclura par une exposition réussie à Santa Barbara, en Californie.
De retour  aux Pays Bas, il s'installe dans un nouvel atelier au cœur du Centre de Loisirs de Leyde où il travaillera jusqu'en 1996. Il habite à la Haye.
Depuis 1968, il est membre de la dynamique association des artistes de Leyde; en 1976, il devient professeur de modelage et de sculpture; il y exercera pendant quinze ans son métier avec passion, et de nombreux élèves lui sont restés fidèles jusqu'au bout.
Les sculptures que Joop réalise pour des lieux publics lui ont ouvert la voix royale de la notoriété. Les commandes se multiplient, et  le talent de l'artiste est offert au regard de tous par l'installation de sculptures de pierre, de bronzes, dans des écoles, des parcs, des places au cœur des villes.
Durant ces mêmes années de développement et de reconnaissance, il se passionne pour l'art de la mosaïque. C'est avec la mosaïque qu'il peut exercer ses talents de coloriste.
De nombreuses expositions  lui sont offertes durant cette longue période. Expositions de groupe ( Amsterdam, Leyde, Bergen...) mais aussi expositions exclusives, organisées par de grands conservateurs de musée, comme celle de  1996, au Musée national de Maassluis et une rétrospective de son œuvre au Musée de Lakenhal.   
En 1991, à l'occasion de son 75ième anniversaire, ses élèves le célèbrent en montant une exposition à Leyde, complétée par un liber amoricum. En 2001, on lui rend hommage à travers une dernière exposition. Il décède le 7 mai 2001. Son cercueil est recouvert d'un tissu  foisonnant de couleurs qu'il a réalisé lui-même et sur lequel on trouve les initiales de son philosophe bien aimé...
Outre la maîtrise et le talent que l'on reconnait à Joop van Kralingen, ce "Tourrettan hollandais" aura été avant tout un homme aimant la vie et son prochain, en quête d'amour et de vérité.
 Ainsi, les mots prononcés par un de ses élèves à la dernière exposition qui lui a été consacrée, résument le mieux cette personnalité attachante:" Il faut beaucoup pour émouvoir des gens pendant toute une vie, jusqu'à les remplir parfois de tendresse pour ce qui émerge du plus profond de toi-même.
Toi, tu as réussi cela."
 

Exposition de ses oeuvres à l'Espace Muséal du Château-Mairie en 2011